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Une nouvelle menace de l'État islamique cible le Canada

22/09/2014 11:19 EDT | Actualisé 22/11/2014 05:12 EST

OTTAWA - Le gouvernement de Stephen Harper a refusé de donner des détails précis sur la façon dont il s'impliquera dans la lutte contre la menace montante de l'extrémisme islamique au Canada et ailleurs dans le monde, même à la lumière d'une nouvelle menace dirigée directement contre le pays.

Dans un enregistrement audio distribué sur les médias sociaux, Abou Mouhammad Al-Adnani, du groupe État islamique (ÉI), demande aux partisans de l'organisation de tuer les ressortissants des pays qui participent aux opérations dans le nord de l'Irak, incluant le Canada, qu'il s'agisse de militaires ou de civils.

Le Canada a annoncé l'envoi de 69 membres des forces spéciales qui conseilleront les soldats irakiens qui combattent les djihadistes. C'est probablement cette participation qui a poussé le chef de l'ÉI à inclure le Canada dans ses menaces, selon des observateurs. Le premier ministre Stephen Harper affirme toutefois que l'ÉI est sous la surveillance des agences canadiennes depuis un long moment.

Lundi, bien que le gouvernement ait déjà révélé qu'il croyait que plus de 130 Canadiens étaient impliqués dans le terrorisme à l'étranger, le ministre de l'Immigration, Chris Alexander, a refusé de dire combien de passeports ont été révoqués pour prévenir les terroristes potentiels de voyager, pour des raisons de protection de la vie privée.

Le gouvernement a aussi refusé de dévoiler les spécificités d'une mission militaire à laquelle il se joint dans le nord de l'Irak. La mission doit durer 30 jours, mais on ignore si elle est déjà entamée.

Le premier ministre a laissé entendre que le Canada évalue ce qu'il peut faire d'autre pour surveiller et lutter contre les organisations et les individus qui représentent une menace pour les Canadiens.

L'an dernier, la Chambre des communes a adopté une loi interdisant de quitter le Canada pour s'adonner à des activités terroristes. Lundi, le Conseil de sécurité des Nations unies a demandé à tous ses membres d'adopter une loi semblable.

Mais lorsqu'interrogé à savoir spécifiquement ce que le Canada faisait de plus, M. Harper a semblé hésitant.

«Comme vous savez, nous avons des lois renforcées au pays pour traiter ce genre de menaces», a-t-il dit en conférence de presse, lundi à Ottawa.

«Nous sommes en train d'évaluer ces lois et d'autres moyens que nous avons pour surveiller et agir contre les gens et individus qui peuvent entreprendre des activités potentiellement menaçantes pour le Canada.»

L'enregistrement de près de 42 minutes de l'ÉI a été diffusé tard dimanche. Al-Adnani prévient que la coalition ne réussira pas à vaincre les djihadistes. Il demande aux musulmans de partout dans le monde de tuer les ressortissants des pays qui participent à l'attaque.

«Ô, fidèle, ne laisse pas cette bataille te filer entre les doigts, où que tu sois. Tu dois frapper les soldats et les patrons des tyrans. Frappe les policiers et les services de renseignement, a dit Al-Adnani. Si tu peux tuer un infidèle américain ou européen — surtout un méprisant et dégoûtant Français — ou un Australien, ou un Canadien, ou tout autre infidèle des infidèles qui font la guerre, y compris les citoyens des pays qui ont rejoint la coalition contre l'État islamique, alors fie-toi à Allah, et tue-le de toute façon possible.»

Une retranscription distribuée sur les réseaux sociaux dimanche soir semble aussi accuser des pays comme le Canada et l'Australie de se mêler de ce qui ne les regarde pas.

«Quelle menace représentez-vous pour un pays lointain comme l'Australie pour qu'il envoie ses légions contre vous? Qu'est-ce que le Canada a à voir avec vous?»

Le communiqué du groupe a été diffusé en arabe par sa branche médiatique, Al-Furqan, et mis en ligne sur des sites utilisés par l'organisation. L'Associated Press rapporte que cet enregistrement ressemble à d'autres précédemment attribués à Al-Adnani.

La portée internationale de l'ÉI, grâce aux réseaux sociaux, est ce qui rend sa menace particulièrement effrayante, a expliqué un ancien agent du renseignement canadien, Michel Juneau-Katsuya, qui dirige maintenant une compagnie de cybersécurité à Ottawa.

«Ils ont été capables de recruter des jeunes sans avoir à leur parler en personne, a-t-il dit. S'ils ont été capables de les joindre par Internet, je ne serais pas surpris qu'ils convainquent certains d'entre eux de simplement nous attaquer ici, plutôt que de se rendre au Moyen-Orient.»

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