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Poursuite contre Iron Ore: les Innus saluent la décision de la Cour supérieure

22/09/2014 05:12 EDT | Actualisé 22/11/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Des communautés innues crient victoire à la suite de la décision de la Cour supérieure du Québec d'autoriser une poursuite contre la minière Iron Ore of Canada (IOC) dont l'actionnaire principal est le groupe anglo-australien Rio Tinto.

Les Innus nord-côtiers de Uashat, Mani-Utenam et Matimekush-Lac John, dans le nord du Québec, réclament 900 millions $ en dommages à la société minière pour la spoliation de leurs terres ancestrales au fil des décennies.

Vendredi dernier, le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure a rejeté la requête en irrecevabilité de la minière qui prétendait que la poursuite devait plutôt viser les gouvernements, étant donné l'absence de titre aborigène clair.

La décision du tribunal est une victoire pour toutes les Premières Nations confrontées à des promoteurs privés, a fait valoir lundi le directeur du bureau de la protection des droits et du territoire de la communauté de Uashat Mani-Utenam, Jean-Claude Therrien Pinette.

Le jugement, a-t-il expliqué, confirme que les sociétés privées comme IOC ne peuvent pas ignorer les droits des autochtones et s'esquiver derrière les gouvernements.

«Un promoteur ne peut plus venir sur les territoires innus de Uashat, Mani-Utenam et Matimekush-Lac John avec de simples autorisations gouvernementales et penser ne pas avoir à s'asseoir et à discuter avec nous. Si tu veux faire de la business sur nos territoires, il va y avoir un partage de la richesse», a déclaré M. Therrien Pinette.

Les communautés innues ont une longue liste de griefs à l'endroit d'IOC. Elles lui reprochent d'avoir exploité les ressources sans se soucier des occupants du territoire, d'avoir fait preuve de discrimination contre les employés innus, d'avoir expulsé des familles pour construire des mines et d'avoir engrangé des milliards de dollars de profits en détruisant et en contaminant les terres ancestrales.

«Qu'ils paient leur loyer!», a lancé M. Therrien Pinette, pour qui Iron Ore a fait vivre le «calvaire» aux Innus depuis les années 1950.

«Après 60 ans, cette compagnie n'a rien laissé aux Innus à part un territoire dévasté. Il y a eu de la discrimination institutionnelle dans cette entreprise: des travailleurs innus ont été congédiés pour éviter leur syndicalisation, il y a eu une ségrégation de la part de la compagnie sur le train entre Sept-Îles et Schefferville avec des wagons de blancs et des wagons innus, les gens qui occupaient le territoire ont été expropriés de force, des gens ont été traités comme des chiens, leurs campements ont été brûlés», a-t-il évoqué.

Avec cette victoire devant la cour, les Innus ont les coudées franches pour poursuivre la procédure judiciaire engagée contre IOC. Les Innus menacent aussi de s'opposer par voie des tribunaux à la nouvelle mine «Wabush 3» que souhaite construire l'entreprise à Labrador City si elle persiste à «violer» leurs droits constitutionnels.

À l'exception d'IOC, plusieurs entreprises actives dans la région ont conclu des ententes avec les Innus dont ArcelorMittal, Cliffs Natural Resources, Tata Steel, Labrador Iron Mines et New Millenium. Le blocage chez IOC origine d'une certaine culture d'entreprise, selon M. Therrien Pinette.

«Ils ont une approche très archaïque, il y a une culture d'entreprise qui se déresponsabilise complètement face aux Premières Nations», a-t-il dit.

Il n'a pas été possible en fin de journée lundi de joindre un représentant d'IOC pour recueillir ses commentaires.

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