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Les partis fédéraux saluent le résultat du référendum écossais

19/09/2014 10:16 EDT | Actualisé 19/11/2014 05:12 EST

OTTAWA - Londres l'a échappé belle et le Canada se «réjouit» que l'Écosse demeure dans son giron. Mais si les stratèges de la campagne du Non avaient mieux suivi les conseils de Stéphane Dion, la course n'aurait peut-être pas été aussi serrée, a soutenu vendredi le principal intéressé.

La décision du peuple écossais de demeurer au sein du Royaume-Uni a été saluée vendredi par les trois principales formations politiques fédérales.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, a déclaré qu'Ottawa «se réjouit de cette décision», dans un communiqué transmis en matinée.

«Le peuple écossais a choisi, par ce vote, de demeurer au sein d'un Royaume-Uni fort. Il est tout à l'honneur des gouvernements écossais et britannique d'avoir su mener un débat serein, ouvert et démocratique portant sur deux convictions très différentes mais sincères», a-t-il poursuivi dans la déclaration.

Mais selon le député libéral Stéphane Dion, en axant le débat principalement sur l'économie, le gouvernement britannique a mal joué ses cartes.

«Mon principal conseil était celui-là: bien sûr, sortez les arguments économiques, mais ne vous enfermez pas seulement dans ces arguments-là. Ils ont écouté ce conseil seulement à la toute fin», a-t-il lancé en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Au moins ils l'ont sorti, et à mon avis, ça a été important pour faire la différence», a poursuivi M. Dion, qui a fourni des conseils aux stratèges des deux camps au cours des derniers mois.

Car il s'en est fallu de peu pour que la balance penche de l'autre côté, a fait remarquer le père de la loi sur la clarté référendaire.

Selon lui, c'est l'embellie soudaine de l'option du Oui dans les sondages publiés à quelques jours du vote qui a changé la donne en ayant l'effet d'un véritable électrochoc dans le camp du Non.

Un coup de sonde donnant le Oui gagnant avait été publié à la suite d'un débat duquel le leader indépendantiste Alex Salmond était ressorti grand gagnant en se positionnant comme seul véritable tenant de la fierté nationale, a analysé M. Dion.

Les ténors du Non ont alors réagi au quart de tour. Tandis que l'ancien premier ministre Gordon Brown a changé le discours en associant une «fierté patriotique» à l'option du Non, l'actuel locataire du 10 Downing Street, David Cameron, a promis des réformes constitutionnelles à quelques jours du vote.

Stéphane Dion a établi un parallèle entre la stratégie bancale déployée par le camp du Non écossais et celle qui avait été mise de l'avant par les fédéralistes lors du second référendum qui s'est tenu au Québec en 1995.

«La principale leçon, c'est de ne plus répéter cette erreur qui a été commise par le camp du Non en 1995 et répétée par le camp du Non écossais, c'est-à-dire de laisser le camp du Oui définir le débat comme un choix entre la fierté et la peur», a-t-il fait valoir à l'autre bout du fil.

Le temps est maintenant venu pour le peuple écossais de panser ses plaies — car un débat aussi divisif, aussi émotif, ne peut faire autrement que de laisser des marques, a fait remarquer M. Dion.

«On a dit ici (au Canada) que ça s'était passé de façon très sereine. Oui, dans les circonstances, mais chez nous aussi dans ce cas-là, ça s'était passé de façon très sereine», a-t-il affirmé.

«Je pense que ça reste dans la culture politique d'un peuple. (...) On a dans notre mémoire collective quelque chose d'assez négatif lié à cette expérience. On n'a pas trouvé ça plaisant», a poursuivi l'ancien chef libéral.

De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a plaidé que le peuple écossais avait privilégié la stabilité et l'espoir de réformes constitutionnelles plutôt que d'opter pour la sécession.

«Je pense qu'on a vu que les gens préféraient éviter un bouleversement, mais aussi, il y a une promesse réelle de Londres pour du changement substantiel, alors je pense que tout le monde sort gagnant de cette histoire-là», a-t-il affirmé alors qu'il se trouvait à Fredericton, au Nouveau-Brunswick.

La défaite des indépendantistes a évidemment provoqué une certaine déception du côté de la seule formation souverainiste à la Chambre des communes, le Bloc québécois.

Mais le chef bloquiste, Mario Beaulieu, a déclaré que les militants du camp du Oui pouvaient sortir la tête haute d'une campagne référendaire qui, a-t-il dit, aura pour effet d'inspirer d'autres peuples aspirant à l'indépendance.

«Ce que ça démontre, c'est que la bataille pour l'autodétermination des peuples est très présente à travers le monde», a déclaré le leader en entrevue téléphonique.

L'option du Non l'a emporté avec 55 pour cent des voix, au grand soulagement du premier ministre britannique David Cameron.

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