DIVERTISSEMENT

« Une femme discrète »: le récit touchant de l'animatrice Catherine Perrin (ENTREVUE)

19/09/2014 03:58 EDT | Actualisé 19/09/2014 04:01 EDT
Courtoisie

Le 27 mars 2012, la mère de Catherine Perrin est décédée, atteinte d’une dégénérescence cérébrale rare, dont les symptômes s’apparentent à ceux de l’Alzheimer et du Parkinson. Quelques mois plus tard, l’animatrice s’est mise à l’écriture. Pour faire son deuil, se remémorer sa mère d’avant la maladie et comprendre l’origine de ce mal, né d’une souffrance enfouie depuis la tendre enfance.

À la barre de Médium large, Catherine Perrin a l’habitude de poser des questions, par dizaines, tous les jours. Curieuse de nature, elle a ressenti le besoin de trouver la source d’une douleur réveillée dans le corps de sa mère, lors d’une visite chez une ostéopathe, quelques années avant sa mort. Une souffrance refoulée qui emprisonnait de vieilles émotions, probablement liées à un abus sexuel dont elle aurait été victime très jeune.

« Maman… tu avais donc la peur au ventre, littéralement: une peur viscérale, inscrite dans ton inconscient, qui lâchait dans ton organisme de quoi l’irriter, le consumer, comme on lâche une meute de chiens pour faire fuir un voleur. » - Extrait d’Une femme discrète

« Sa démence a débuté peu de temps après qu’elle ait révélé l’agression dont elle avait été victime, explique l’animatrice et auteure. À ce moment-là, je voyais toute sorte de questions et de morceaux. Plus la maladie avançait, plus j’étais en colère contre ce qu’elle vivait et ce qui lui était arrivé. J’étais incapable de mettre ça sous le tapis. J’ai essayé de comprendre pour vivre ma peine et préparer mon deuil. Peu de temps après sa mort, après avoir fait plusieurs lectures et recherches, j’ai vu le casse-tête prendre forme. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose là-dedans qui pouvait servir et aider les gens. »

Enveloppé de souvenirs de famille et de paroles délicates d’une fille à sa mère, le récit est composé d’une quête journalistico-scientifique visant à comprendre jusqu’où les maux enfouis peuvent faire des ravages. « Je veux ouvrir les esprits et donner des pistes de guérison pour que les gens soient vigilants. On ne peut pas empêcher nos enfants de se blesser ou d’être témoins de choses terribles, mais la pire chose à faire est de croire qu’ils vont oublier leurs blessures. Elles sont inscrites dans leurs corps. »

L’animatrice est parfaitement consciente que ce concept semble ésotérique dans la tête de bien des gens. C’est pourquoi elle a consulté d’éminents spécialistes en trauma, en psychiatrie, en ostéopathie, en travail social, en gastroentérologie et dans plusieurs autres disciplines scientifiques afin d’asseoir son propos. « J’ai fait preuve d’une extrême vigilance en écrivant là-dessus. Tous les spécialistes ont relu les passages qui les concernaient pour éviter d’utiliser un vocabulaire à connotation ésotérique. J’avais besoin d’une base solide. L’idée n’est pas de formuler une théorie disant que les gens agressés sexuellement développent une démence, mais les spécialistes m’orientaient chacun à leur façon pour dire que c’était un facteur contributif. »

Sa recherche l’a également incité à questionner son père sur l’intimité qu’il partageait avec sa femme et à lire le journal de sa mère, dont elle publie des passages dans le livre. « Mes sœurs m’ont demandé pourquoi je faisais ça. Elles me rappelaient à quel point notre mère était discrète. Mais ma mère a toujours voulu être utile dans la vie, c’était au cœur de ses actions. Le fait de raconter ce qui se cache derrière son histoire lui permet d’être utile, même après sa mort. Elle a été un exemple de résilience. Et je voulais démontrer qu’avec l’amour de ses parents, la patience, la compréhension et la sensibilité de mon père, elle avait pu mener une vie heureuse. »

Catherine Perrin a tout de même offert une sorte de véto à ses proches afin que les passages les concernant représentent leurs pensées fidèlement. « Avec mon père, j’ai lu à haute voix un passage sur lui et notre relation difficile. C’était important qu’on sente que je décrivais ma perception d’adolescente. Je me suis permise d’écrire ça à un moment de ma vie où j’ai fait le tri. J’ai pris conscience depuis le temps de ses grandes qualités, de sa loyauté et de ses exigences constructives. Si je n’avais pas fait la part des choses, il n’y aurait eu que de la rancœur. Alors que livre démontre surtout une grande franchise et de l’acceptation.»

Maintenant qu’elle a terminé le livre, l’auteure réalise qu’il y a un avant et un après. « Quand j’ai envoyé le premier jet, je me suis mise à pleurer et j’ai dû aller me promener dans les bois pour m’aérer l’esprit. J’avais l’impression d’avoir fait un immense voyage et d’être à l’étape de dire au revoir à ma mère, comme si j’acceptais de la laisser aller. On ne tourne jamais complètement la page avec notre mère, mais on accepte la réalité. Je garde d’elle un souvenir apaisé, et non une interrogation douloureuse. »

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