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Le clan du Non signe une victoire sans équivoque au référendum en Écosse

18/09/2014 07:27 EDT | Actualisé 18/11/2014 05:12 EST

ÉDIMBOURG, Royaume-Uni - Alors que certains sondages avaient évoqué un duel serré, les résultats du référendum sur l'indépendance de l'Écosse, tôt vendredi matin, ont plutôt procuré une victoire sans équivoque du clan du Non, laissant ainsi l'Écosse au sein du Royaume-Uni.

Après les dépouillements de 31 des 32 centres électoraux régionaux, le Non recueillait un peu plus de 55 pour cent des votes exprimés. Le clan du Non avait été déclaré vainqueur dans 27 de ses 31 centres régionaux, incluant une percutante victoire dans Aberdeen, la ville du leader indépendant Alex Salmond, avec un peu moins de 59 pour cent des suffrages. Le triomphe du Non a été encore plus convaincant à Édimbourg, avec un score supérieur à 61 pour cent.

Le Oui l'a emporté dans quatre districts régionaux, dont ceux de Glasgow, la plus grande ville de l'Écosse, et de Dundee.

Peu avant 8 h, heure locale, seuls les résultats dans le district de Highland n'étaient pas connus.

En chiffres absolus, le Non comptait 1 914 187 votes, comparativement à 1 539 920 pour le Oui. Le seuil pour officialiser la victoire se chiffrait à 1 822 462 de votes. Le taux moyen de participation s'élevait à environ 86 pour cent, un record pour un scrutin tenu en Écosse.

Peu avant 6 h 30, heure de l'Écosse, M. Salmond a concédé la défaite du clan du Oui, constatant qu'il s'agissait «d'une majorité pour la campagne du Non», et il a demandé aux Écossais d'accepter le résultat du référendum. Un peu plus tôt, la vice-première ministre d'Écosse Nicola Sturgeon, se disant «personnellement amèrement désappointée», avait déclaré à la BBC que les nationalistes écossais «devaient se relever et tourner la page».

«Il s'agit d'un triomphe pour le processus démocratique et pour la participation à la politique», a tout de même observé M. Salmond, insistant sur le fait qu'il s'attendait à ce que les politiciens de Londres respectent leurs promesses d'accorder plus de pouvoirs à l'Écosse.

M. Salmond soutenait que les Écossais pouvaient former une nation indépendante à cause des importantes réserves de pétrole dans la région, et du haut niveau d'ingéniosité et d'éducation de ses compatriotes. Il avait affirmé qu'une Écosse indépendante allait s'épanouir, libérée de l'obstruction de tout gouvernement basé à Londres. Néanmoins, l'habile leader du Parti national écossais est venu près de réaliser l'indépendance — un rêve qu'il caresse depuis longtemps — et a tout de même obtenu la promesse de nouveaux pouvoirs pour l'Écosse de la part de politiciens de Londres agacés.

Dans un discours livré peu après 7 h, heure locale, devant sa résidence du 10 Downing Street, le premier ministre britannique David Cameron s'est dit ravi de voir que l'Écosse demeurerait au sein du Royaume-Uni, et s'est engagé à respecter les promesses faites à l'Écosse, notamment en matière d'impôts, de dépenses et d'aide sociale. Il a assuré que les nouveaux plans feront l'objet d'ententes d'ici novembre, et que l'ébauche d'un avant-projet de loi viendrait d'ici le mois de janvier.

«Nous allons nous assurer que ces engagements soient entièrement respectés», a fait savoir M. Cameron, ajoutant que de telles mesures nécessitaient que les citoyens d'autres secteurs du Royaume-Uni bénéficient de plus de droits pour gouverner leurs propres affaires, particulièrement en Angleterre.

Plusieurs heures avant la confirmation de sa victoire, et après le dévoilement de premiers résultats, le clan du Non semblait déjà rassuré quant à l'issue du vote. Ruth Davidson, leader du Parti conservateur de l'Écosse, avait déclaré à la BBC qu'elle était confiante que la «majorité silencieuse» d'Écossais allait donner une victoire au Non. Peu après 5 h, heure locale, la BBC a d'ailleurs annoncé la victoire du Non.

«Nous avons choisi l'unité au lieu de la division, a déclaré Alistair Darling, leader de la campagne du Non, tôt vendredi à Glasgow. Aujourd'hui est une journée cruciale pour l'Écosse et pour l'ensemble du Royaume-Uni.»

Après la fermeture des bureaux de scrutin tard jeudi, plusieurs Écossais se sont installés dans le confort de leur domicile et dans des bars, attendant des résultats qui auraient eu pour effet de changer leur vie, ébranler les marchés financiers partout au monde, donner un second souffle à d'autres mouvements indépendantistes, de la Flandre au Québec, en passant par la Catalogne, et surtout, rompre l'union conclue il y a 307 ans avec l'Angleterre.

La question posée aux citoyens était d'une grande simplicité: «Est-ce que l'Écosse devrait être un pays indépendant?». Elle a pourtant divisé les Écossais pendant des mois de campagne.

Plus de 2600 bureaux de scrutin ont ouvert leurs portes jeudi matin à 7 h, jusqu'à 22 h, pour accueillir le vote de 4,2 millions de citoyens écossais qui s'étaient inscrits sur les listes, soit 97 pour cent de tous ceux qui avaient le droit de vote.

Des sondages avaient placé les deux camps au coude à coude, même si la campagne du Oui avait semblé profiter d'une poussée de popularité au cours des dernières semaines. Un dernier sondage Ipsos MORI, publié jeudi, accordait cependant 53 pour cent d'appuis au camp du Non et 47 pour cent à celui du Oui. Le sondage téléphonique mené auprès de 991 personnes comportait une marge d'erreur de trois points de pourcentage. Les indécis, qui comptaient pour 20 pour cent encore récemment, n'étaient plus que quatre pour cent dans ce sondage.

Une victoire du Oui aurait déclenché 18 mois de négociations entre Édimbourg et Londres concernant la séparation des institutions des deux pays avant l'indépendance formelle de l'Écosse, qui avait été fixée au 24 mars 2016. Plusieurs questions demeuraient en suspens après des mois de campagne — la monnaie qu'aurait utilisée une Écosse indépendante, son statut au sein de l'OTAN et de l'Union européenne, le sort des sous-marins nucléaires britanniques basés en Écosse, notamment.

Après des semaines pendant lesquelles les médias britanniques n'ont pratiquement traité de rien d'autre, les médias électroniques étaient presque libres de toute allusion, jeudi: les règles électorales interdisent toute discussion ou analyse du scrutin pendant que les bureaux de scrutin sont ouverts.

Des milliers de personnes ont fait la file dans la brume d'Édimbourg, jeudi matin, avant même l'ouverture des bureaux. Plusieurs Écossais attendaient cette occasion depuis des dizaines d'années.

«Ça fait 50 ans que je lutte pour ça, a dit Isabelle Smith, une partisane du Oui âgée de 83 ans. Et nous allons l'emporter. Je le sens dans mes os.»

De nombreux adversaires de l'indépendance admettent que la campagne a eu pour effet de revigorer la démocratie écossaise.

«J'appuie le camp du Non, mais ça a été une discussion fascinante et utile concernant l'avenir de l'Écosse, a dit l'écrivain David Clarke. Si c'est non, alors c'est une situation qui ne fait que des gagnants. Si c'est oui, il faudra affronter le fait que c'est oui.»

Le premier ministre écossais, Alex Salmond, a voté près de sa résidence, dans le nord-est de l'Écosse.

Les forces indépendantistes avaient reçu un appui de dernière minute, jeudi, quand la vedette écossaise de tennis Andy Murray a indiqué à ses 2,7 millions de partisans sur Twitter qu'il appuyait le Oui, après être longtemps resté neutre sur le sujet. Les ténors du camp adverse, dont l'ancien premier ministre travailliste Gordon Brown, ont imploré les Écossais de ne pas rompre les liens avec le Royaume-Uni.

De nombreux partisans du Oui n'avaient pas l'intention d'aller au lit avant de connaître l'issue du référendum, vendredi. Plusieurs pubs devaient d'ailleurs rester ouverts toute la nuit.

«Je vais m'asseoir avec une bière à la main et regarder les résultats défiler», promettait Thomas Roberts.

Mais un partisan du Non, le conseiller financier Michael MacPhee, a indiqué qu'il suivra l'évolution du vote «avec nervosité». L'indépendance écossaise est «l'idée la plus saugrenue que j'aie jamais entendue», a-t-il dit.

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