POLITIQUE

Les indépendantistes québécois à l'école de l'Écosse

16/09/2014 07:48 EDT | Actualisé 16/09/2014 07:49 EDT
LEON NEAL via Getty Images
'Yes' campaign supporters gather outside Usher Hall ahead of the 'A Night for Scotland' concert in Edinburgh, Scotland on September 14, 2014. Campaigners for and against Scottish independence raced to win over undecided voters ahead of Thursday's historic referendum, as religious leaders prayed for harmony and music fans gathered for a separatist concert. The Church of Scotland's moderator John Chalmers called for Scots to 'live in harmony with one another' whatever the result and hailed the run-up to the independence vote as 'a wonderful democratic concerto'. AFP PHOTO/LEON NEAL (Photo credit should read LEON NEAL/AFP/Getty Images)

Les indépendantistes québécois sont un peu partout ces jours-ci en Ecosse tentant de tirer les leçons de la progression spectaculaire du camp du oui au référendum dans l'espoir de faire un jour de la Belle Province un pays.

C'est un étrange retour de l'Histoire qui se joue dans les relations entre le Québec et l'Ecosse, deux régions du Commonwealth occidental qui flirtent depuis des années avec l'idée de donner un État à leur nation respective.

Dans les années 70, René Lévesque s'était rendu en Écosse pour expliquer la démarche québécoise. Démarche qui culmina en deux référendums, en 1980 et 1995, remportés tous deux par le camp du non, mais in extremis la dernière fois (49,4% contre 50,6%).

Après leurs deux déconvenues référendaires, une défaite amère lors des élections d'avril dernier, qui les a relégués dans l'opposition pour des années, et une course à la direction à l'horizon des prochains mois, les indépendantistes du Parti québécois (PQ) ne semblent plus en position de donner des leçons mais plutôt d'en tirer.

Une cinquantaine de jeunes Québécois ont loué deux maisons dans le centre d'Édimbourg. "Le but est de comprendre les pratiques militantes", entonne François Roberge, organisateur de ce pèlerinage écossais baptisé "Attache ton kilt, on débarque!". Chaque jour, ils se promènent sur le terrain et accueillent des conférenciers locaux.

Et ce qui frappe ces jeunes Québécois, c'est le degré de "décentralisation" de la campagne du oui, où des groupes d'immigrants, de femmes, d'agriculteurs et d'autres organisations locales reprennent à leur sauce la parole indépendantiste pour l'essaimer sans attendre les directives des dirigeants politiques.

Aussi, le côté "civique", moins identitaire, de la démarche écossaise alors que le Québec, ilot francophone dans une mère anglophone, sort écorché d'un long débat sur un projet controversé de "charte des valeurs", et que de nombreux jeunes s'interrogent sur la pertinence de créer un nouvel État dans cette ère de mondialisation. "Aujourd'hui, les Québécois n'ont plus de doutes sur le fait que le Québec a la capacité d'être indépendant mais ils n'ont plus envie d'en entendre parler", souligne Geneviève Harvey, 25 ans, ergothérapeute de Montréal et militante venue panser ses plaies de la dernière déconfiture électorale du (PQ).

- "C'est encore possible" -

Bref, la démarche écossaise vient rappeler "qu'en 2014, c'est encore possible, qu'il n'est pas trop tard pour parler de l'indépendance d'un pays", dit-elle.

Des intellectuels québécois et trois députés du PQ font aussi le voyage en Ecosse dont Alexandre Cloutier, 37 ans, qui a étudié en Angleterre il y a une décennie et suivi de près la démarche référendaire écossaise.

Que l'option indépendantiste l'emporte ou non, M. Cloutier cherche à comprendre comment les indépendantistes écossais ont réussi à mobiliser les minorités culturelles (asiatiques, africaines, etc...), les employés et les jeunes, les deux premiers étant historiquement hostiles au "projet de pays" du PQ, et les jeunes montrant des signes de désengagement de la "question nationale".

"Le modèle écossais est définitivement une source d'inspiration pour plein de raisons, la première c'est qu'ils se sont engagés dans cette voie-là en pleine connaissance de cause, en décidant de déposer un projet relativement précis pour répondre du mieux qu'ils ont pu aux plus d'interrogations" des Écossais sur la monnaie, les frontières, l'armée, les engagements internationaux d'une Écosse indépendante, dit-il à l'AFP dans une critique à peine voilée contre un certain flou ayant entouré le projet indépendantiste québécois depuis 1995.

La démarche écossaise inspire non seulement les Québécois mais aussi les Catalans et mêmes des partisans de l'indépendance de l'archipel d'Okinawa, au Japon. "S'il y a un impact jusqu'à Okinawa, il devrait en avoir un au Québec", dit à l'AFP Tariq Ali, célèbre intellectuel britannique d'origine pakistanaise, favorable à l'indépendance de l'Ecosse.

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