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La Banque du Canada plaide pour l'indépendance du dollar canadien

16/09/2014 12:56 EDT | Actualisé 16/11/2014 05:12 EST

DRUMMONDVILLE, Qc - La Banque du Canada a indiqué mardi qu'elle maintiendrait son approche non interventionniste vis-à-vis du dollar canadien, affirmant qu'elle ne pouvait pas remplacer les marchés pour déterminer la valeur du huard.

Selon le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, tout effort visant à cibler le taux de change empêcherait l'institution de mener une politique monétaire indépendante dans l’intérêt du Canada et causerait plus de tort que de bien.

«Un huard qui flotte est beau à voir, du moins selon l’économiste devant vous», a indiqué M. Poloz dans le texte d'un discours livré devant la Société de développement économique de Drummondville.

L'énigme économique à laquelle les décideurs font face est la suivante: comment encourager la croissance économique dans un contexte où un dollar en hausse nuit aux exportateurs, dont les ventes sont essentielles pour stimuler le moteur économique du Canada.

Mais les appels à l'aide suppliant la Banque du Canada d'intervenir sur le marché des devises pour régler la question ne seront pas entendus, a prévenu M. Poloz, qui a dirigé Exportation et développement Canada avant de se retrouver à la tête de la banque centrale.

Certains économistes ont déjà suggéré par le passé que les déclarations plutôt «modérées» de M. Poloz au sujet des taux d'intérêt et de l'économie avaient aidé par la bande à faire reculer la devise. Le dollar canadien valait environ 97 cents US lorsque M. Poloz est entré en poste à la Banque du Canada, l'an dernier. Il s'échange aujourd'hui aux environs des 91 cents US.

Le gouverneur a indiqué mardi que le travail de la Banque du Canada ne consistait pas à interférer avec le marché, mais plutôt à interpréter son contexte en vue de prendre les bonnes décisions sur les taux d'intérêt pour assurer l'atteinte de ses cibles pour l'inflation.

«Notre tentative de maintenir le dollar à un niveau constant se serait traduite par des fluctuations plus marquées du chômage, de la production et de l’inflation, et, au bout du compte, ne nous aurait pas aidés à conserver notre compétitivité sur le plan international», a déclaré mardi M. Poloz.

Par le passé, M. Poloz a déjà fait référence à la faiblesse du dollar canadien en la qualifiant de «glaçage sur le gâteau» pour améliorer la demande étrangère, particulièrement aux États-Unis.

Un huard faible rend les produits canadiens moins dispendieux aux acheteurs qui utilisent le dollar américain comme devise.

Statistique Canada a indiqué plus tôt en septembre que l'excédent commercial du pays avec le reste du monde avait grimpé à 2,6 milliards $ en juillet, ce qui était bien plus élevé que les économistes ne l'avaient prévu.

L'amélioration a été attribuée en partie à la croissance de l'excédent commercial avec les États-Unis, où l'économie a accéléré ces derniers mois.

Le gouverneur de la banque centrale a exprimé un «optimisme prudent» quant à l'avenir des exportations, mais il a précisé qu'il faudrait plus de temps avant que ces gains ne se traduisent par des investissements d'entreprises et de la création d'emplois.

«Ces choses-là prennent du temps et nous avons connu des déceptions successives pendant plusieurs années consécutives, alors il est toujours fortement recommandé d'attendre pour voir ce qui se produira», a-t-il précisé lors d'une conférence de presse.

L'économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, a estimé que les remarques de M. Poloz pourraient légèrement avantager le dollar canadien puisqu'il n'a rien fait pour encourager un affaiblissement du dollar.

«Malgré tout, même en laissant le dollar canadien aux marchés, le gouverneur sait que ses décisions sur les taux d'intérêt peuvent avoir un impact sur l'évaluation que font les marchés du dollar canadien, et nous croyons que M. Poloz va afficher un retard sur la Fed dans les prochaines rondes de resserrement et que cela va encourager le huard à être plus faible en 2015», a affirmé M. Shenfeld.

La Réserve fédérale des États-Unis a entamé mardi une rencontre de deux jours au terme de laquelle elle fera, mercredi, une annonce au sujet de ses taux d'intérêt.

Les opérateurs seront attentifs à cette annonce pour y déceler des indices sur le moment que choisira la banque centrale pour hausser son taux d'intérêt directeur. La plupart s'attendent à ce que cela survienne vers la mi-2015, mais certains croient que les taux à court terme pourraient être appelés à progresser plus tôt. Ces taux sont près de zéro depuis l'écroulement financier de 2008-09.

La prochaine annonce de la Banque du Canada sur les taux d'intérêt est prévue pour le 22 octobre. Elle devrait publier au même moment une mise à jour de son Rapport sur la politique monétaire.

Le taux directeur de la banque centrale canadienne se situe à un pour cent depuis quatre ans.

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