DIVERTISSEMENT

Charles Aznavour, 90 ans et toujours aussi allumé

16/09/2014 05:41 EDT | Actualisé 16/09/2014 11:33 EDT
Hadi Hassin

À l’aube d’un concert qu’il donnera à Montréal ce mercredi 17 septembre au Centre Bell, Charles Aznavour a convié mardi matin les représentants des médias au Fairmont Le Reine Élisabeth. Malgré ses 90 ans et un début de surdité, c’est un homme attentif et généreux qui s'est prêté au jeu des questions-réponses des journalistes.

« Je ne cache pas ma surdité, ce serait une absurdité », a-t-il lancé en prenant place au micro au côté de la journaliste Monique Giroux, qui a été l’hôte de la conférence de presse. En pleine forme, celui que le Times a nommé « meilleur artiste du siècle » a fait bien rire la salle en jonglant avec les mots, fidèle à son œuvre d’une grande richesse.

Rien pour le stopper

Il en faudra beaucoup pour l’arrêter puisque, manifestement, la fin n’est pas pour demain pour le chanteur qui possède plus de 70 ans de carrière derrière la cravate. Il a d’ailleurs fêté son dernier anniversaire, le 22 mai, à Berlin, en y donnant un concert dans le cadre de sa tournée mondiale.

« Chacun de mes anniversaires, je les ai passés dans un pays différent. J’ai eu un anniversaire à New York, à Berlin, à Moscou, jamais chez moi, résume-t-il. Ce n’est pas important l’anniversaire, ce n’est pas une date merveilleuse. C’est une date qui nous pousse vers un trou auquel vous n’êtes pas encore prêt. »

Par ailleurs, Charles Aznavour n’a pas manqué de rappeler que c’est à Montréal, alors qu’il entrait dans la vingtaine, qu’il a écrit la chanson Sa jeunesse, sa pièce la plus importante, dit-il, et celle qui l’a fait connaître du grand public.

Vieux et fier de l'être

Celui que l’on surnomme affectueusement le totem de la chanson française reprendra mercredi soir plusieurs de ses grands succès au Centre Bell, même s’il se permettra d’interpréter certaines de ses nouvelles chansons. Il semble vouloir ainsi offrir un parfait équilibre entre le passé et ses dernières créations.

Lorsqu’on lui demande s’il n’est pas irrité de constamment chanter les mêmes chansons, il répond par l’affirmative, mais corrige aussitôt le tir. « Je ne marche pas toujours dans le même sens par contre, justifie-t-il. Je peux très bien tourner le dos au public, m’asseoir, ne pas m’asseoir. La mise en scène n’existe pas chez moi, sauf dans deux ou trois chansons, alors je peux faire ce qui me vient sur le moment. Et je fais n’importe quoi. »

La vieillesse, Charles Aznavour n’en a que faire. « Soyez ce que vous êtes et ayez l’âge que vous avez, dit-il avec optimisme. Ce n’est pas la peine de changer. »

« Quand je me lève le matin et que je vois que je suis encore en vie, je pars du bon pied. C’est la première leçon. On peut être pessimiste le soir, mais on peut être optimiste le matin. J’essaye dans mes chansons de dire aux gens que l’on ne vit qu’une fois. On ne meurt qu’une fois aussi. Il faut bien la prendre cette vie. »

Si le public d’Aznavour est néanmoins composé de jeunes et de moins jeunes, ce dernier est décidé à accepter son âge et les torts qui l’accompagnent. Les jeunes artistes, avec qui il lui est arrivé de collaborer, n’auront donc jamais d’influence sur lui, rigole-t-il avec humilité. Quand ces derniers viennent le voir pour lui dire qu’ils ont grandi avec ses chansons, il leur répond aussitôt : « Et moi, non ! »

« Ils m’influenceraient si je voulais sauter dans le wagon de la jeunesse et ne pas être moi-même finalement. Moi, j’aime bien les jeunes, je discute avec eux souvent, je fais des duos quand ils me le demandent, mais je ne rentre pas dans leur jeu. Je pense qu’à travers mon vécu à moi, ils peuvent apprendre des choses utiles. Et ça me rend très heureux. »

« Mon bonheur maintenant, poursuit-il, c’est que je ne viens pas pour montrer au public que j’ai une voix, je viens pour montrer que j’ai des textes, voilà la différence. On pourrait oublier la musique, le texte sera toujours là. Sans l’écriture, je n’existe pas. »

Charles Aznavour, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne semble éprouver pas plus de difficultés sur scène aujourd’hui qu’à ses débuts. Soyez-en donc avertis, il pourrait chanter tout en étant assis mercredi soir, alors qu’il sera accompagné de sa fille, son fils et son neveu sur scène. « J’ai habitué le public à mes défauts. Je pourrais m’asseoir et chanter deux ou trois chansons sans faire un mouvement ou un geste », justifie-t-il.

Le 90e anniversaire du chanteur est par ailleurs célébré par la sortie d'un coffret de quatre CD et une discographie studio originale des 60 dernières années. On retrouve sur ces CD 90 chansons parues entre 1948 et 2011.

Quelques images de Charles Aznavour ces 5 dernières années