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U2 et l'innovation dans l'industrie de la musique: bon ou mauvais?

15/09/2014 02:16 EDT | Actualisé 15/11/2014 05:12 EST

Le groupe U2 a reçu un déversement d'attention médiatique depuis la sortie surprise de son album «Songs of Innocence» lors du dévoilement du iPhone 6 en le rendant disponible gratuitement pour un demi-milliard d'utilisateurs d'iTunes.

Mais qui écoute réellement cet album? La réponse n'est pas encore connue. Apple n'a pas dévoilé les statistiques de téléchargement et le gérant de U2, Guy Oseary, a également affirmé qu'il ne savait pas combien de personnes l'avaient téléchargé.

Quoi qu'il en soit, la question n'est pas de savoir combien de personnes l'ont téléchargé, mais plutôt ce que le groupe espère: des nouveaux adeptes qui auront accès à leur musique pour la première fois.

Sept pour cent de la planète possède cet album et peuvent en profiter à leur guise, se réjouit Guy Oseary.

Cette stratégie du groupe provoque de vifs débats au sein de l'industrie: est-ce un coup de génie de la part d'un des groupes qui enregistre les meilleures ventes au monde ou une tentative d'un groupe sur le déclin de se faire remarquer dans un monde culturel profondément transformé depuis la sortie de son dernier album en 2009?

Bien que ce dernier album ait été certifié platine, les ventes ont été décevantes pour U2. «Nous avons senti que l'album est une espèce en voie d'extinction et nous avons tenté de créer une ambiance, un début, un milieu et une fin, avait alors confié le leader du groupe Bono à l'Associated Press. Et je suppose que c'est un peu un défi pour des gens qui ont grandi sur un régime de vedettes pop.»

Ce régime s'est intensifié depuis. Les ventes d'albums ont continué de chuter partout dans l'industrie, alors que celles des extraits simples et les services d'écoute en ligne comme Spotify et iTunes ont gonflé.

Dans ce contexte, qu'est-ce que U2 tente de faire avec cette alliance avec Apple? Le gérant Guy Oseary a affirmé que l'objectif du groupe était de conserver l'intégrité du nouvel opus en le lançant en tant qu'album.

De Jay Z à Bono

U2 a ainsi rejoint Beyoncé, Jay Z et un nombre grandissant d'artistes qui choisissent de conclure des ententes exclusives avec des entreprises et de mener des campagnes de publicité alternatives, plutôt que de passer par la méthode de marketing traditionnelle: sortir des extraits un à un jusqu'à la date de lancement.

Tout comme Jay Z qui lançait l'an dernier l'album «Magna Carta... Holy Grail» en partenariat avec Samsung, U2 et Interscope Records reçoivent un montant non négligeable, ce qui n'est plus garanti par les ventes d'album seulement. Apple n'est pas en reste: il poursuit sa relation avec un partenaire d'affaires et philanthropique en plus de gagner de la crédibilité pour l'innovation.

«J'applaudis chacun de ces artistes qui suscitent l'intérêt et ne tombent pas dans des stratégies de marketing prévisibles», a affirmé Clive Davis, producteur et directeur de Sony Music Entertainment. «Je pense que Beyoncé et Jay Z se sont attiré autant d'attention et de couverture médiatiques parce qu'ils n'ont pas fait les choses selon une formule habituelle.»

Il y a toutefois possiblement des écueils à prévoir, par exemple si les détaillants refusent de prendre l'album physique en magasin, comme ce fut le cas pour Target et l'album de Beyoncé, sorti en exclusivité sur iTunes pendant une semaine en décembre dernier.

Et bien d'autres questions subsistent. Les fans achèteront-ils une copie physique de l'album de U2, le 14 octobre? Est-ce que le groupe perdra de son côté sensationnel? Même Jay Z a encaissé un contrecoup, lorsque l'application utilisée par Samsung pour distribuer son album a emmagasiné les informations d'un million d'utilisateurs. Et il y a déjà des plaintes de gens qui ne veulent pas de l'album de U2 automatiquement sur leur iCloud, même gratuitement.

Rob Beckham, un agent chez William Morris Endeavor Entertainment, qui s'occupe de certaines des plus grandes vedettes de la musique country, croit que toutes les conséquences négatives qui pourraient survenir sont déjà éclipsées. Tous les groupes font face à une baisse de l'intérêt après des décennies de carrière, a-t-il expliqué. Le truc est de trouver des manières de le renouveler et de gagner de nouveaux publics. C'est donc une victoire pour U2, croit-il, mais l'excitation inspirera bien davantage l'industrie que le public.

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