NOUVELLES

Alex Salmond, un homme doué pour vendre l'idée d'une Écosse indépendante

15/09/2014 01:51 EDT | Actualisé 15/11/2014 05:12 EST

Alex Salmond est bien des choses: un parieur avec une obsession pour les chevaux, un populiste capable de susciter la colère ou de s'en draper, et une personne capable d'improviser un discours mordant.

Et s'il remporte le référendum sur l'indépendance de l'Écosse jeudi, Salmond obtiendra une nouvelle réputation: celle de l'homme qui a fait disparaître le mot «Grande» de la Bretagne.

Le leader du Scottish National Party (SNP) âgé de 59 ans dit avoir appris à rêver d'une meilleure Écosse auprès de son grand-père, et a choisi de joindre le SNP en 1973, à l'université, lorsque sa copine anglaise l'a un peu trop agacé à propos de ses sentiments séparatistes. Plus personne ne rit désormais de l'ascension de Salmond, un politicien de terrain qui s'est fait une spécialité de déstabiliser ses adversaires et de rebondir après n'importe quel recul. Sa passion pour l'indépendance semble le consumer lorsqu'il s'exprime, une épinglette du drapeau écossais toujours accrochée à sa boutonnière. Alors que ses mots s'éloignent parfois du discours d'homme d'État pour prendre une connotation intimidante, ses yeux projettent à la fois un regard joyeux et zélé.

«Salmond est depuis longtemps le politicien le plus naturel et le plus doué de l'archipel», écrivait en 2011 Jonathan Freedland, un auteur et chroniqueur britannique, dans une analyse qui prédisait la capacité du souverainiste à rallier les électeurs derrière le projet d'indépendance. Selon lui, aucun autre politicien écossais n'était en mesure d'éclipser Salmond. «Plus il devient dominant, plus il a de chances de demeurer dominant.»

Le chef nationaliste a été élu au parlement britannique en 1987 et, en trois ans, devenait chef de parti. Il a appuyé le plan de Westminster de créer un parlement écossais à Édimbourg, une réforme de 1999 qui n'est pas allée jusqu'à l'indépendance, mais qui a donné à sa terre natale un avant-goût de l'autodétermination, et ce pour la première fois depuis l'union avec l'Angleterre en 1707.

Après avoir été éjecté du leadership du SNP par des rivalités internes, Salmond a récupéré son poste en 2004. Trois ans plus tard, il offrait au parti une victoire à l'arrachée contre le Parti travailliste au parlement écossais.

En tant que premier ministre écossais en 2007, Salmond a placé l'objectif d'un référendum au centre de sa stratégie et a prédit, au désarroi de même ses partisans, que celui-ci serait gagné en moins de 10 ans. Les trois principaux partis britanniques se sont moqués de cette demande d'indépendance comme d'un acte de bravade de la part d'un chef de parti sans majorité. Les travaillistes, longtemps le parti de choix dans une Écosse progressiste, ont calculé que Salmond avait mené le SNP aussi loin qu'il était possible de le faire.

Malgré tout, lors des élections de 2011, les promesses de Salmond à propos d'un meilleur avenir pour l'Écosse en prenant le contrôle de ses revenus pétroliers ont permis de récolter une majorité parlementaire, un triomphe venant contredire les prévisions. La demande du chef de tenir un vote pour «divorcer» de l'Angleterre est soudainement passée d'un rêve inatteignable à une réalité politique.

«L'Écosse a choisi de croire en elle-même (...) Nous nous sommes donné la permission d'être audacieux», a déclaré Salmond lors de son discours de victoire. Au cours des derniers 18 mois de campagne, le premier ministre a rarement raté une occasion de s'emparer d'une erreur de la campagne unioniste «Better Together».

Il a d'ailleurs joyeusement adopté toute victoire écossaise comme l'une des siennes. Au cours du tournoi de tennis de Wimbledon, l'an dernier, alors qu'Andy Murray devenait le premier Britannique à remporter la coupe depuis 1936 — et le premier Écossais depuis 1896 —, Salmond s'est ironiquement retrouvé assis directement derrière le premier ministre David Cameron, et brandissait un énorme drapeau écossais. L'image a irrité les conservateurs de Cameron, et a été publiée dans tous les journaux. C'était une coïncidence, insiste Salmond, et certainement pas un coup monté élaboré.

Au cours de deux débats télévisés, le mois dernier, Salmond a montré sa combativité et sa résilience. Il a perdu le premier face à face, s'enfargeant dans la grande question à savoir si une Écosse indépendante pourrait conserver la livre sterling. Quelques semaines plus tard, il a eu le dessus sur le même adversaire, Alistair Darling, un ancien chef du Trésor. Le coup de sonde suivant a montré que les partisans du Oui étaient au coude à coude avec les unionistes, puis disposaient d'une légère avance pour la première fois.

PLUS:pc