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Une libération accordée à l'ex-cardiologue Guy Turcotte à Saint-Jérôme

12/09/2014 10:58 EDT | Actualisé 12/11/2014 05:12 EST

SAINT-JÉROME, Qc - Guy Turcotte obtient sa remise en liberté en attendant la tenue de son deuxième procès pour le meurtre de ses deux enfants, en 2009.

La décision a été rendue vendredi au palais de justice de Saint-Jérôme par le juge André Vincent, de la Cour supérieure du Québec, qui avait pris la cause en délibéré après les audiences des 3 et 4 septembre dernier.

Le juge a ainsi déterminé que l'ex-cardiologue ne représente plus un danger pour lui-même, pour son ex-conjointe Isabelle Gaston et pour la société en général. Il a ajouté que, l'homme étant en attente d'un second procès, il a le droit à la présomption d'innocence. Il lui a cependant imposé une série de conditions à respecter pour conserver sa liberté.

Guy Turcotte devra notamment garder la paix, se présenter en cour lorsque requis, respecter un couvre-feu, se rapporter deux fois par mois à un agent de la Sûreté du Québec, poursuivre ses traitements psychiatriques et prendre ses médicaments. Il doit par ailleurs habiter au domicile de son oncle et une hypothèque de 100 000 $ doit être prise sur la maison de son frère.

Il lui est interdit de changer d'adresse, de communiquer avec son ex-conjointe et le conjoint de celle-ci et de se trouver à moins de 100 mètres de sa résidence, de quitter le Québec, de posséder un passeport, de posséder une arme à feu et de consommer de l'alcool ou des médicaments non prescrits par un médecin qualifié.

Lors des audiences, l'ex-cardiologue avait confirmé avoir l'intention de faire du bénévolat et d'agir comme aidant naturel si le tribunal lui permet de quitter la prison. L'homme de 42 ans avait expliqué qu'il serait ainsi plus utile à la société. Il estimait être plus solide que jamais et qu'il n'avait plus de symptômes de dépression.

La Cour d'appel du Québec a recommandé, en novembre dernier, la tenue d'un nouveau procès car elle estimait que le magistrat qui avait dirigé le premier procès avait commis des erreurs dans ses instructions au jury.

Lors d'un premier procès, un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux avait été rendu. Guy Turcotte avait été remis en liberté à la fin de 2012, moins d'un an et demi après le jugement.

Le jugement de vendredi a provoqué la colère du frère d'Isabelle Gaston, Patrick, qui a quitté précipitamment la salle d'audience après la lecture de la décision.

«Si vous pensez que je vais me fermer les yeux, pis que je vais me fermer la bouche aujourd'hui, non», a-t-il lancé avec émotion.

«Le remettre en liberté (...) au détriment du bien-être des familles, du bien-être des victimes, non. On met le bien-être du détenu, du meurtrier... 47 coups de couteau, pour vous le rappeler», a-t-il soutenu, avant d'ajouter: «Je ne pense pas que des meurtriers d'enfants doivent courir les rues, point à la ligne.»

Le procureur de la Couronne, René Verret, a dit comprendre les émotions vécues par la famille des deux jeunes victimes, famille qu'il allait rencontrer immédiatement après avoir parlé aux journalistes, vendredi.

«On recherchait une conclusion différente, mais c'est un jugement qui est extrêmement bien motivé. Le juge a tenu compte de l'état du droit. Il a bien exposé les motifs pour lesquels il en est arrivé à cette conclusion-là. Il faut donc faire preuve d'un grand respect à l'égard de la décision qui vient d'être rendue», a-t-il indiqué d'un ton posé.

M. Verret s'est montré avare de commentaires, indiquant seulement que la Couronne allait prendre le temps de réviser le dossier avant de décider si elle allait aller en appel.

Le sénateur Boisvenu déçu

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, fondateur de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, a manifesté par communiqué sa déception envers la décision du juge Vincent.

«Je constate, avec regret, que notre système de justice libère trop facilement les individus qui ont commis des crimes graves ou qui sont accusés de les avoir commis. Ces libérations avant procès discréditent trop souvent le système judiciaire», a-t-il écrit.

«J’espère qu’au nouveau procès de M. Turcotte, l’appareil judiciaire fera passer la sécurité publique en premier», a-t-il ajouté.

Mais alors que Patrick Gaston a exprimé sa perte de foi envers le système judiciaire, M. Boisvenu a assuré, en entrevue à La Presse Canadienne, qu'il y croyait encore.

«Je n'ai jamais manqué de confiance dans le système judiciaire, sauf que le système judiciaire est administré par des juges, et les juges jugent avec leurs valeurs et avec le Code criminel. Souvent on a l'impression que c'est plus leurs valeurs qui priment, d'autres fois c'est le Code criminel. On vit avec des hommes, c'est pas des machines qui jugent, donc en ce sens-là, j'ai toujours confiance envers le système de justice, même si on en échappe quelques-uns de temps en temps», a-t-il estimé.

M. Boisvenu croit cependant que la population, en grande majorité, n'est pas en faveur du jugement rendu vendredi.

Le président actuel de l'Association, Michel Surprenant, croit également que le danger que pourrait poser Guy Turcotte a peut-être été mal évalué.

«Quand on dit qu'il n'est pas dangereux, c'est vrai qu'il n'est pas dangereux là. Mais à partir du moment où il va être confronté aux mêmes stimuli qui l'ont amené à commettre les gestes qu'il a commis, c'est là qu'il va être dangereux», a-t-il avancé.

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