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L'épidémie d'Ebola risque de devenir un désastre viral, craignent les experts

12/09/2014 02:52 EDT | Actualisé 12/11/2014 05:12 EST

TORONTO - L'épidémie d'Ebola sans précédent en Afrique de l'Ouest pourrait mener le monde au bord d'un désastre viral, laisse entendre un expert dont les propos ont été publiés vendredi dans le «New York Times».

Ce texte d'opinion affirme que les experts s'inquiètent du fait que la transmission de la maladie entre individus augmente les probabilités que des mutations permettent à l'Ebola de se répandre par la voie des airs, comme certains des virus les plus contagieux de la planète. La maladie se répand actuellement par contact avec les fluides corporels des personnes contaminées.

L'article, intitulé «Ce que nous avons peur de dire à propos de l'Ebola», a été écrit par Michael Osterholm, du Centre de recherche et de politique sur les maladies infectieuses de l'Université du Minnesota.

Il s'agit de l'un des premiers signes montrant que les experts du virus, de plus en plus inquiets, sont prêts à s'adresser au public et à révéler leurs graves craintes face à une éclosion qui ne ressemble à rien de ce qui a été vu jusqu'à maintenant dans le monde. Depuis le début de l'année, plus de 4200 personnes ont été infectées et près de 2300 en sont mortes, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souligne que ces données sont sans doute sous-estimées.

Il y a quelques semaines, l'OMS a mis en garde contre la possibilité que l'épidémie actuelle infecte 20 000 personnes, soit près de 50 fois le nombre de cas enregistrés dans la pire épidémie recensée avant celle-ci. En effet, moins de 3000 personnes au total auraient contracté le virus au cours de 19 éclosions du virus depuis 1976.

Lorsque le nombre de 20 000 cas a été avancé, il s'agissait d'un total presque impensable. Désormais, certains experts croient que 20 000 cas est un scénario plutôt optimiste. Une étude parue jeudi dans la publication en ligne Eurosurveillance laisse entendre que si le rythme de nouveaux cas se poursuit, il pourrait y avoir entre 77 000 et 277 000 cas d'Ebola d'ici la fin de 2014. Les auteurs de l'étude parlent d'un scénario catastrophe, et estiment que les efforts visant à contenir la maladie devraient avoir pour objectif d'éviter que le nombre de malades atteigne ces sommets. Mais ils précisent qu'en date du 26 août, il n'y avait aucun signe de ralentissement.

Des virus comme l'Ebola mutent constamment. Et chaque fois qu'un virus animal de ce genre infecte un humain, il y a une possibilité que se développent des mutations le rendant plus adapté à la transmission entre humains. Personne ne sait encore ce que pourrait entraîner l'infection d'un si grand nombre d'humains. Mais les chercheurs étudiant le virus — l'un des plus mortels à toucher le genre humain — préféreraient ne pas observer ce processus en action.

Selon M. Osterholm, chaque infection donne au virus mutant «des milliards de lancers des dés génétiques».

«L'hyper-évolution actuelle du virus Ebola est sans précédent; il y a plus de transmissions entre humains au cours des quatre derniers mois que ce qui s'est sans doute produit pendant les 500 à 1000 dernières années», écrit-il dans sa lettre à l'éditeur.

«Si certaines mutations se produisaient, cela pourrait vouloir dire que le simple fait de respirer pourrait faire en sorte qu'une personne risque d'attraper l'Ebola. Les infections pourraient se répandre rapidement partout sur la planète, comme l'a fait le virus H1N1 en 2009, après son apparition au Mexique», poursuit-il.

Dans une entrevue, il souligne que l'épidémie à mis à genoux les trois pays les plus touchés: la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia.

Les équipes de secours internationales, principalement dirigées par Médecins sans frontières, peinent à installer et surveiller suffisamment de lits pour les malades. Isoler ces derniers est la seule façon de mettre fin à l'épidémie. Au Liberia, le pays le plus touché, les autorités ont annoncé qu'un important stade de soccer serait converti en installations médicales.

Pour M. Osterholm, les Occidentaux pourraient être tentés de se désintéresser de la situation en se disant que les événements en Afrique de l'Ouest n'ont pas d'incidence sur leur propre vie.

«Si, dans ce pays (les États-Unis), nous avions soudainement une transmission du virus Ebola par la voie des airs, le personnel de santé se mettrait à mourir, il y aurait de la panique et de la peur, et nous aurions rapidement d'importantes pénuries de biens essentiels, y compris les produits médicaux les plus utiles», prédit-il. M. Osterholm note par ailleurs qu'une étude réalisée en 2012 par des chercheurs du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg a démontré que dans certaines circonstances, la souche Zaïre du virus — la cause de l'épidémie actuelle — pouvait se transmettre par la voie des airs entre les porcs et les singes.

Pour lui, les risques doivent être contenus en améliorant grandement les efforts visant à stopper la propagation du virus, y compris en confiant la réponse internationale aux Nations unies. «Jusqu'à maintenant, l'ONU a joué, au mieux, un rôle de collaboration, et avec tout ce monde responsable, personne n'est vraiment responsable.»

Le Conseil de sécurité devrait donner à l'ONU l'autorité ultime pour gérer l'intervention. Un appui militaire aérien et terrestre des pays du G7 est nécessaire pour assurer les chaînes d'approvisionnement des produits médicaux, ainsi que de l'eau et de la nourriture destinées aux zones en quarantaine, écrit-il.

M. Osterholm croit d'ailleurs que les considérations humanitaires ne sont pas le seul facteur motivant une réponse musclée. «Si nous attendons que des vaccins et de nouveaux médicaments mettent fin à l'épidémie d'Ebola, plutôt que d'agir fortement maintenant, nous risquons que la maladie s'étende de l'Afrique de l'Ouest jusque dans nos communautés.»

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