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La CMM juge qu'Enbridge ne respecte pas ses conditions pour inverser la ligne 9B

12/09/2014 11:54 EDT | Actualisé 12/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) juge qu'Enbridge n'a pas respecté les conditions émises par l'Office national de l'énergie (ONE) en mars dernier pour réaliser son projet d'inversion du pipeline 9B et demande à l'Office d'obliger l'entreprise à se plier à ces conditions.

«Pour nous, les 30 conditions, c'était un minimum. On ne peut pas dire: on va en prendre 25 sur 30. Ça prend une note parfaite», a déclaré vendredi le président de la CMM et maire de Montréal, Denis Coderre.

Celui-ci reconnaît toutefois que les élus municipaux ne détiennent pas les outils législatifs ou réglementaires pour bloquer le projet si jamais l'Office, qui lui a donné son feu vert le 6 mars dernier, maintenait cette décision sans que toutes les conditions ne soient respectées à la satisfaction des villes.

Denis Coderre entend donc se tourner vers la pression populaire et politique.

«On a l'outil de la parole, on a l'outil du Comité de vigilance (de la CMM), on a l'outil politique et on a l'intention de jouer notre incontournabilité», a-t-il indiqué.

Selon lui, le dossier sera un test pour l'organisme fédéral. «C'est une belle opportunité pour l'Office national de l'énergie de démontrer qu'il a des dents», a dit le maire.

Interrogé quant à savoir s'il avait pleine confiance en l'indépendance politique de l'organisme fédéral, M. Coderre a indiqué que cela restait à démontrer. «On verra la réponse qu'ils vont me donner. Si l'Office national de l'énergie lui-même, qui nous donne ces conditions et qu'elles ne sont pas respectées, qu'est-ce que tu fais avec le puck?», a-t-il lancé dans son habituel vocabulaire coloré.

Il a précisé que la CMM est particulièrement insatisfaite des réponses données par Enbridge sur la surveillance et la gestion liées au franchissement des cours d'eau et sur les mesures d'urgence dans les zones à risque de graves conséquences en cas de bris de l'oléoduc.

«Ces conditions sont sine qua non. On parle de sécurité, on parle des emplacements où il peut y avoir des dangers», a-t-il dit.

Outre l'Office national de l'énergie, M. Coderre a fait part par écrit de ces préoccupations au ministre fédéral des Ressources naturelles, Greg Rickford.

Le maire de Montréal a rappelé que les élus municipaux ne sont pas en opposition de principe au projet. «On est d'accord avec le développement économique, mais pas à n'importe quelle condition», a-t-il dit.

En mars dernier, l'Office national de l'énergie avait donné son aval à l'inversion du pipeline 9B d'Enbridge. Ce controversé projet de la société pétrolière albertaine vise à inverser le flux de son oléoduc entre North Westover, en Ontario, et Montréal, ce qui permettrait d'approvisionner les raffineries du Québec et de l'Ontario avec du pétrole provenant des sables bitumineux.

Dans sa décision, l'Office obligeait notamment Enbridge à mener des activités de vérification de l'intégrité de son pipeline, construit en 1975, ainsi qu'à poursuivre des consultations en permanence.

Sans surprise, la sortie de la CMM a été saluée par Greenpeace, qui a souligné sa vigilance à l'endroit d'une pétrolière à qui «on ne peut pas faire confiance».

«Une chance que la CMM veille au grain, parce que le gouvernement du Québec dort au gaz dans ce dossier, lui qui a posé 18 conditions à Enbridge, mais n'a toujours rien fait pour les faire respecter», a souligné son porte-parole, Patrick Bonin.

Selon ce dernier, Enbridge est en moyenne responsable de près de 65 déversements par année.

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