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Oscar Pistorius: la juge exclut la culpabilité pour meurtre

11/09/2014 05:53 EDT | Actualisé 11/09/2014 08:43 EDT
Gallo Images via Getty Images
BY COURT ORDER, THIS IMAGE IS FREE TO USE. PRETORIA, SOUTH AFRICA -AUGUST 8: Oscar Pistorius sits in the dock during closing arguments in his murder trial in the Pretoria High Court on August 8, 2014, in Pretoria, South Africa. Oscar Pistorius stands accused of the murder of his girlfriend, Reeva Steenkamp, on February 14, 2013. This is Pistorius' official trial, the result of which will determine the paralympian athlete's fate. (Photo by Herman Verwey/Pool/Foto24/Gallo Image/Getty Images)

Le champion paralympique Oscar Pistorius n'a pas tué intentionnellement sa petite amie Reeva Steenkamp en 2013, a estimé jeudi la justice sud-africaine, laissant ouverte l'option d'une condamnation pour homicide involontaire ou d'un acquittement.

Les charges les plus graves étant abandonnées, la star devrait échapper à la perpétuité mais pas forcément à la prison, si elle n'est pas acquittée.

La peine de prison éventuelle ne sera pas prononcée en même temps que le verdict mais séparément, dans trois ou quatre semaines, à l'issue d'un autre mini-procès où la défense pourra plaider des circonstance atténuantes, comme par exemple le handicap dont est affligé Oscar Pistorius.

La juge de Pretoria a d'abord expliqué qu'elle ne pouvait pas retenir la thèse de la préméditation. "Le parquet n'a pas démontré au-delà du doute raisonnable que l'accusé était coupable de meurtre avec préméditation", a déclaré la magistrate Thokozile Masipa.

"Considérée dans sa totalité, la démonstration (du parquet) n'a pas réussi à établir que l'accusé avait l'intention de tuer la victime, encore moins avec préméditation", a dit la juge.

Puis elle a souligné que Pistorius a affirmé depuis le début avoir cru à l'intrusion d'un cambrioleur et pensé que sa vie était menacée. "L'accusé ne peut donc pas être coupable de meurtre", a-t-elle estimé, avant de suspendre l'audience.

Pour en arriver à cette conclusion, elle avait écarté auparavant des témoignages clés de l'accusation, non sans mettre en cause la sincérité de Pistorius.

Elle n'a pas contesté l'honnêteté des témoins mais a refusé de s'appuyer sur des souvenirs fragilisés par le caractère "faillible" de la mémoire humaine et brouillés par l'intense battage médiatique autour du procès.

Durant le procès, plusieurs voisins étaient venus raconter à la barre comment ils avaient été réveillés la nuit du drame par des coups de feu et des cris, les éclats de voix d'une dispute ou des hurlements de femme.

Par exemple, le témoignage de Michelle Burger, habitant la résidence adjacente, "doit être rejeté dans sa totalité", selon la juge, au vu de la distance importante - plus d'une centaine de mètres - à laquelle se trouvait ce témoin.

Assis dans le box des accusés, l'athlète handicapé est apparu la plupart du temps figé, le regard fixe, concentré sur la lecture à haute voix faite par la juge.

A deux reprises, il a néanmoins fondu en larmes.

- Premières critiques contre le jugement -

Avant même que la juge Masipa ne termine de prononcer son verdict contre Oscar Pistorius, les premières critiques ont commencé à s'exprimer en Afrique du Sud pour reprocher à la magistrate d'avoir exclu toute condamnation pour meurtre.

"Je suis choqué", a déclaré à l'AFP le pénaliste Martin Hood, après avoir entendu la juge exclure une condamnation pour meurtre. "Je pense qu'elle va s'attirer pas mal de critiques de la magistrature et du monde judiciaire", ajoute cet avocat de Johannesburg.

Il restait encore à la magistrate la possibilité de condamner Pistorius pour homicide involontaire, ou de l'acquitter. Le champion paralympique a toujours admis avoir tué sa petite amie Reeva Steenkamp de quatre balles une nuit de février 2013, mais affirmé avoir cru tirer sur un cambrioleur.

"Le sentiment général, c'est que (la juge) a fait une erreur (...) le sentiment général parmi la communité judiciaire, c'est qu'il est coupable de meurtre", a poursuivi Hood. "Ca pourrait vraiment ouvrir la porte à des abus systématiques de notre système juridiciaire par des gens qui abattraient leur conjoint et plaideraient la légitime défense".

"Si quelqu'un peut tirer de façon irresponsable, même par négligence, et ne pas se voir appliquer la loi dans toute sa rigueur, alors ça signifie que nous sommes incapables d'utiliser la loi comme un outil pour lutter contre le crime violent dans ce pays", ajoute cet avocat.

James Grant, professeur de droit pénal à l'université Wits de Johannesburg, souligne pour sa part que le parquet peut faire appel s'il estime que la juge a fait une erreur de droit.

Et d'ajouter sur twitter: "Comment pouvez-vous tirer volontairement quatre balles dans la porte d'un cabinet de toilette et ne pas imaginer la possibilité de tuer quelqu'un à l'intérieur".

"Moi et quelques autres sommes stupéfaits de cette décision", a renchérit l'avocat David Dadic, contacté par l'AFP, qui estime aussi que Pistorius a forcément dû prendre en considération la possibilité de tuer un être humain en tirant sur la porte des toilettes.

L'avocat est également "stupéfait de la rapidité avec laquelle la juge a exposé son jugement", alors que les experts s'attendaient à deux, voire trois jours de lecture des attendus. "La plupart du temps elle s'est montrée très lente et méticuleuse, et d'habitude elle prend son temps. Ce matin (jeudi), on dirait qu'elle a un avion à prendre dans l'après-midi. Tout cela est très surprenant".

Sur twitter, une partie de l'Afrique du Sud a aussi commencé à s'enflammer et à débattre, certains reprochant déjà à la justice d'être indulgente avec Pistorius parce qu'il est blanc, même si sa juge est une magistrate noire.

- Pistorius "évasif" et "incohérent" -

L'accusé et sa victime Reeva Steenkamp se fréquentaient depuis trois mois au moment du drame. L'accusation a soutenu qu'ils se sont disputés alors qu'elle était venue passer la nuit chez lui pour la Saint-Valentin 2013.

Oscar Pistorius a été un motif de gloire nationale pendant des années en Afrique du Sud, alliant le glamour d'un sourire de play-boy à une irrésistible réussite sportive perçue comme une revanche pour un jeune homme âgé aujourd'hui de 27 ans, que ses parents, lorsqu'il avait 11 mois, ont dû faire amputer des pieds et équiper de prothèses.

Il avait atteint la célébrité mondiale aux Jeux Olympiques de Londres de 2012, en s'alignant au côté des coureurs valides.

Seul témoin et seul survivant du drame, Pistorius a toujours affirmé avoir fait une "erreur", croyant à l'intrusion d'un cambrioleur et tirant sur la porte fermée de ses WC, sans voir sa victime.

La juge a cependant critiqué le témoignage de Pistorius, le jugeant "évasif" et "incohérent" car plaidant tantôt la légitime défense face à un danger présumé, tantôt l'accident.

"L'accusé n'a pas été sincère avec la cour lorsqu'il a dit qu'il n'avait l'intention de tuer personne, alors qu'il avait une arme à feu chargée en main", a-t-elle poursuivi. "Il a décidé de prendre son arme, en d'autres termes, il a pris une décision en toute conscience (...) La cour estime qu'à ce moment-là, l'accusé était capable de distinguer le bien du mal, et qu'il pouvait agir conformément à cette distinction".

"L'accusé voulait clairement utiliser son arme, et la seule façon dont il pouvait l'utiliser, c'était de tirer sur ce qu'il percevait comme un danger (...) mais l'intention de tirer n'inclut pas nécessairement l'intention de tuer", a poursuivi la magistrate.

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