DIVERTISSEMENT

Rich Aucoin : Du bon rock électro

10/09/2014 09:45 EDT | Actualisé 10/09/2014 10:18 EDT
Jean-François Cyr

Ephemeral est le titre du nouvel album de Rich Aucoin, cette machine de scène néo-écossaise qui danse et bouge comme si c’était toujours la dernière prestation de sa vie. Il était de passage à Montréal pour présenter sa pop électro-rock entraînante qui ne risque en aucun cas de ralentir la cadence de l’artiste, bien au contraire.

L’éphémérité de l’existence et l’importance des rapports humains seraient des thèmes qui ont guidé le performeur dans l’écriture des dix pièces qui composent sa vivante galette. En fait, c’est Le Petit Prince, ce classique de la littérature d’Antoine de Saint-Exupéry, qui aurait servi d’étincelle pour le disque d’Aucoin, puisqu’il affirme notamment que la beauté est d’abord dans l’œil de celui qui regarde. Bref, il faut profiter de la vie quand c’est le temps et de ce fait accorder une place primordiale aux gens qui nous entourent... La belle affaire.

Déjà, le jeune trentenaire avait agréablement étonné avec ses EP Personal Publication (2007) et Public Publication (2010) et son fameux long jeu We’re All Dying to Live (2011).

Tout comme ce dernier album, Ephemeral renferme une brillante et lumineuse musique qui mélange les machines aux claviers, guitares, basse, batterie et autres jouets qui inspirent l’artiste. Les trois premiers morceaux du disque (Meaning Life, What to Believe et Are You Experiencing) démontrent toute l’énergie et la force d’attraction de ce chanteur-compositeur-réalisateur qui a pratiquement tout fait.

« J’adore me retrouver avec mes outils dans un studio et faire tout en mon pouvoir pour que mes chansons soient à la hauteur. Tout commence généralement chez moi, à Halifax. Je compose les musiques pour y coucher ensuite des textes. Compte tenu des nombreux spectacles donnés ces deux dernières années, j’ai eu besoin de m’arrêter de manière ponctuelle. Ce n’est pas que je refuse l’aide des autres, c’est plutôt que mes moyens sont limités. Et j’ai tout ce qu’il me faut à la maison pour construire de bonnes fondations. Joel (Waddell, ami, batteur et coréalisateur de l’album) m’a quand même donné un bon coup de main. »

Quand l’occasion s’est présentée, Rich Aucoin a enregistré les morceaux dans des studios professionnels. C’est le cas du mythique studio Abbey Road, à Londres. « J’étais dans cet endroit un peu par hasard, il y a quelques années (il a conservé les enregistrements jusqu’à ce que le moment de leur diffusion se présente), se remémore Aucoin. On m’a offert un peu de temps entre deux projets qui étaient au programme de la journée. Ces minutes ont été les plus productives de toute ma vie ! »

Outre cette inoubliable expérience londonienne, le chanteur a utilisé les services du studio Hotel2Tango, une autre boîte fort respectée de Montréal. Il a également passé aux Roosters Studios à Toronto et au Dal Percussion Dept, à Halifax.

Originalité contagieuse

Sur la première chanson du disque, on découvre déjà l’originalité festive de Rich Aucoin. « Je me suis pas mal amusé avec les lignes mélodiques des différents instruments. Elles ont été tweakées jusqu’à ce que j’ai le sentiment que s’était suffisamment bon. Pour ce qui est des voix, j’ai enregistré des foules plus ou moins grosses (de 800 à 4000 spectateurs) lors de 20 concerts différents, pendant quelques années. »

« Après des explications sommaires, je faisais chanter la foule a cappella lors d’un moment précis du show. C’est comme un gigantesque chœur de milliers de personnes. Au début, je trouvais la mélodie un peu simpliste. J’ai donc modifié aussi les voix. Je crois que je suis le seul artiste à avoir fait ça. Le rendu est assez cool, non ? »

Au moment où l’on commence à se dire que l’album sera en fait assez linéaire, à savoir une proposition musicale assez up la vie, dansante et facilement digérable, le morceau Yelling In Sleep annonce un important changement de couleur... Puis à l’arrivée de la chanson suivante, They Say Obey, il y a une vraie coupure : au début de la pièce, on entend un cri sec (à l’instar de certaines autres chansons, la voix ici rappelle à s’y méprendre à celle de Win Butler), ainsi que du bruitage métallique et une basse hypnotique...

La progression est intelligemment construite. Pour les 90 secondes restantes, on a droit à un alliage de techno et d’électro livré avec panache.

Vient ensuite City I Love, avec ce rock choral qui rappelle encore une fois le travail d’Arcade Fire. Mais les comparaisons s’arrêtent ici avec le groupe rock montréalais, car le registre n’est pas le même, bien qu’il est certaines ressemblances avec le disque Reflektor.

En somme, Ephemeral est du travail contrasté et contagieux vraiment bien foutu. Un talent canadien brut à voir absolument dans n’importe qu’elle salle près de chez soi. Surtout qu’en spectacle, il est accompagné de deux autres musiciens.

Pour ceux qui ont notamment assisté à l’un de ses nombreux concerts (donnés un peu partout en Amérique du Nord et en Europe), il est impossible d’oublier la rage créative du grand gaillard, qui est allé jusqu’à inclure dans ses performances un parachute coloré qu’il déployait en salle au milieu des spectateurs. Et que dire de cette planche de surf qu’il utilisait pour carrément voguer au-dessus de la foule ?

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Rich Aucoin

Ephemeral

Bonsound Records (en sol canadien)

Sortie le 9 septembre 2014