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Commission Charbonneau: quand l'argentier du PLQ s'intéresse à Hydro-Québec

09/09/2014 09:21 EDT | Actualisé 09/09/2014 09:21 EDT
Capture d'écran

Le grand argentier du PLQ sous Jean Charest, Marc Bibeau, a demandé à Hydro-Québec, vers 2003-2004, de lui fournir de l'information sur les contrats de la société d'État aux firmes de génie, a expliqué son ancien PDG devant la commission Charbonneau.

Un texte de Bernard Leduc

André Caillé croit se rappeler que la demande est arrivée par Marie-Josée Nadeau, qui était à l'époque vice-présidente responsable des relations avec le gouvernement pour Hydro-Québec, sinon par le responsable de la division équipement.

L'ancien grand patron d'Hydro-Québec de 1996 à 2005 a expliqué qu'il croyait, à l'époque, que M. Bibeau était « conseiller du premier ministre » Jean Charest, une information qu'il avait glanée dans les médias, ajoutant que c'est ainsi qu'on lui avait décrit le personnage : « On m'a dit : "Marc Bibeau, bureau du premier ministre, veut avoir des renseignements". »

« C'était notre compréhension qu'il était conseiller du premier ministre. »

— André Caillé sur Marc Bibeau

La commission a présenté une lettre écrite il y a moins de deux semaines par le secrétaire général associé du gouvernement, André Fortier, qui confirme cependant que jamais M. Bibeau n'a « occupé de fonction au sein du cabinet du premier ministre » ni aucune charge publique.

Les travaux de la commission ont déjà permis d'établir que M. Bibeau était au coeur du financement sectoriel au PLQ, qui reposait en bonne partie sur les contributions financières des firmes de génie.

Encore aujourd'hui, M.Caillé affirme que ce que voulait obtenir M. Bibeau demeure « nébuleux » et qu'à l'époque il ne s'était pas interrogé sur sa « nature exacte ». Il dit qu'il ignorait alors qu'il s'occupait de financement politique.

« Cela reste pour moi nébuleux : de l'information sur l'octroi de contrats par Hydro-Québec aux entreprises de génie-conseil... »

— André Caillé

M. Caillé a ajouté qu'il n'en a par la suite jamais entendu parler, la demande ayant été traitée par le bureau de Mme Nadeau, comme le voulait la procédure. Il n'a jamais non plus rencontré M. Bibeau en lien avec cette demande.

Il se permet maintenant de penser qu'à son avis, Mme Nadeau, qui était la femme du ministre Yves Séguin, devait connaître à l'époque Marc Bibeau.

André Caillé a expliqué qu'il n'était pas exceptionnel de fournir de l'information sur des contrats octroyés à du personnel gouvernemental, comme à un attaché politique du ministre des Ressources naturelles.

Il a cependant précisé qu'Hydro-Québec ne donne pas d'information sur les contrats qui n'ont pas été accordés, même au bureau du premier ministre : « La réponse, ça va être : ''ce n'est pas encore fait" ».

L'ex-PDG d'Hydro-Québec a souligné que jamais il n'a subi de pression pour qu'une firme plutôt qu'une autre obtienne un contrat.

« Moi je n'ai connaissance d'aucune collusion à Hydro-Québec » - André Caillé

« Moi la collusion, je vais vous dire c'était quoi nos défenses », a affirmé devant la commission Charbonneau l'ex-PDG d'Hydro-Québec de 1996 à 2005.

André Caillé a expliqué qu'Hydro-Québec, sur laquelle il ne tarit pas d'éloges, fait ses propres études avec ses ingénieurs avant d'aller en appel d'offres, ce qui lui permet de connaître « le coût d'un ouvrage avant de commencer », et que ses chantiers sont gérés par la société d'État.

« On ne peut pas donner de commande si on ne sait pas ce qu'on est en train de commander. »

— André Caillé

Il a ajouté que les projets doivent en plus être approuvés par le gouvernement pour aller de l'avant.

Par exemple, pour une centrale comme Toulnustouc, Hydro-Québec qualifie au moins trois firmes de génie pour la conception, en fonction de leur expertise, puis fait évaluer leurs propositions par le comité de services professionnels et techniques. Celui-ci élabore alors un plan et le soumet au conseil d'administration.

Dans le cas de Toulnustouc, cela s'est traduit par une demande d'Hydro-Québec pour que Dessau et RSW viennent en coentreprise sur le contrat, notamment pour permettre à Dessau de développer l'expertise qui ferait d'elle un concurrent de choix pour l'avenir. Il a précisé qu'Hydro-Québec s'assurait toujours qu'il y ait au moins trois fournisseurs compétents sur les rangs.

Ce processus implique des rencontres fréquentes entre les firmes et Hydro-Québec avant que la proposition du comité soit avalisée par le conseil d'administration de la société d'État.

« C'était pas du rubber stamping nulle part, ni à mon bureau, ni au C. A. »

— André Caillé

L'ex-PDG d'Hydro-Québec dit, à terme, n'avoir jamais refusé les propositions du comité. André Caillé a reconnu qu'il n'existe qu'un nombre limité de firmes au Québec capables de faire des projets d'Hydro-Québec et a déploré la concentration des dernières années.

André Caillé a expliqué que la grande majorité des contrats attribués par Hydro-Québec ont été attribués par appel d'offres. Il a cependant précisé qu'il arrivait que la société d'État choisisse de gré à gré un fournisseur pour ce qu'il appelle un contrat stratégique.

Il s'agissait de fait de faire en sorte que des partenaires étrangers s'installent aux Québec avec la technologie convoitée, ce qui permet de développer de l'expertise locale et créer de l'emploi. Il s'agit ici de turbines, de condensateurs, d'alternateurs...

André Caillé a expliqué être arrivé à la tête d'Hydro-Québec dans un contexte de stagnation des bénéfices et qu'il a présidé à l'expansion dans le marché américain, ce qui s'est traduit par une hausse des bénéfices de 400 millions $ en 1996 à 2,5 à 3 milliards $ en 2005.

Cette croissance d'Hydro-Québec sur les marchés, facilitée par la déréglementation aux États-Unis, s'est traduite aussi par la relance des grands travaux d'hydroélectricité. « On devient un gros donneur d'ouvrage », a souligné M. Caillé.

André Caillé est consultant dans le domaine énergétique depuis son départ de la société d'État.

Quelques pistes à explorer

Lors de la reprise des témoignages, il y a une semaine, la procureure en chef de la commission, Sonia LeBel, avait annoncé que la commission ferait une « brève incursion » auprès de la société d'État en convoquant des témoins appelés à expliquer ses « règles d'attribution de contrats ».

Bien que les lucratifs contrats d'Hydro-Québec soient clairement couverts par le mandat de la commission, très peu d'énergie y a été consacrée depuis le début des travaux, en juin 2012.

L'allégation la plus forte à son sujet a été lancée en juin dernier par le témoin A, un ex-ingénieur de Roche et de BPR, qui a expliqué avoir déduit que les contrats d'Hydro-Québec pouvaient être utilisés comme un retour d'ascenseur pour des dons politiques.

Il appuyait ses dires sur les efforts déployés par BPR pour appartenir à ce réseau ou sur des conversations saisies au passage dans son milieu, mais admettait n'avoir aucune preuve directe pour appuyer ses propos.

La semaine dernière, Tony Accurso s'est plaint qu'Hydro-Québec lui a interdit de soumissionner pour des contrats publics en septembre 2012. Il a dit croire qu'il s'agissait là d'une « commande politique » provenant directement du bureau de la première ministre Pauline Marois, élue deux semaines plus tôt.

Dans un communiqué publié peu après, Hydro-Québec a affirmé que « la planification et l'octroi des contrats par l'entreprise se font sans interventions externes, politiques ou autres ».

L'hiver dernier, la commission s'est longuement penchée sur des pratiques syndicales déloyales, voire des actes de violence perpétrés par des syndiqués sur des chantiers d'Hydro-Québec. La société d'État a été soupçonnée de fermer les yeux sur certaines de ces pratiques afin de ne pas nuire au bon déroulement des chantiers.

La procureure LeBel avait alors noté que « l'intimidation et l'extorsion » constatées sur certains chantiers ont « la capacité d'influencer la saine concurrence dans les marchés publics au détriment de la libre compétition. »

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