NOUVELLES

Dolan espère une curiosité du public pour «Mommy», film plus «populaire», dit-il

08/09/2014 03:11 EDT | Actualisé 08/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - Après avoir cru au plus grand honneur, la Palme d'or au Festival de Cannes, pour finalement décrocher le prestigieux prix du jury le printemps dernier, le cinéaste québécois Xavier Dolan s'apprête à dévoiler son «Mommy» au public québécois.

D'emblée, en entrevue à Montréal, lundi, à la veille de la présentation de son cinquième long métrage au Festival du film de Toronto, Xavier Dolan dit avoir appris à «modérer ses attentes» à l'égard de la réception du public, particulièrement au Québec.

«J'ai fait des films accessibles et des moins accessibles, je ne serais pas prêt à prendre entièrement le blâme. Il est trop facile de dire que je fais des films d'auteur, nombrilistes. C'est vrai qu'il y a un manque d'intérêt des Québécois envers leurs films. Ça existe, c'est factuel, statistique», avance-t-il.

«Mais ce n'est pas entièrement la responsabilité du public québécois, non, ajoute le jeune cinéaste. Le public n'est pas juste en quête de 'happy end', de comédies, de films heureux. Mais c'est vrai qu'il faut travailler en tant que communauté cinématographique, travailler le désir qu'on a envie de créer chez le public, et non pas juste chez les cinéphiles.»

Pour sa part, il dit croire que «Mommy» répond à cette «commande plus populaire». Il affirme espérer que le public aura la curiosité d'aller voir ce récit et que le «bouche à oreille fera son travail» à partir de sa sortie, le 19 septembre.

«J'ai appris, si tu veux, avec le public, à modérer mes attentes, que ce soit au Québec ou ailleurs, mais je t'avoue surtout au Québec, ça été le territoire le plus dur à séduire. Mais je sais que 'Mommy' a ce qu'il faut pour lui plaire, et pour l'émouvoir», a-t-il exprimé.

Le cinéaste prolifique — qui en est à un cinquième film en six ans — affirme que ce récit d'une mère monoparentale, de son fils souffrant de troubles de comportement et d'une voisine fascinée par le duo abrasif, est moins autobiographique que «J'ai tué ma mère», son premier long métrage.

«En profondeur, il y a des choses qui me sont personnelles et qui me ressemblent, mais j'ai pas eu cette enfance-là, je n'ai pas eu cette mère, je ne suis pas cet enfant-là. C'est un bricolage de plein de choses que j'ai vécues, et que je connais, vu de loin», a-t-il fait valoir.

«Mommy», comme ses précédents films, voyagera sûrement dans plusieurs pays. Les droits du film, pour lequel il compte de nouveau sur ses fidèles actrices Anne Dorval et Suzanne Clément et sur le jeune Antoine Olivier Pilon («Laurence Anyways»), ont été acquis par Roadside Attractions pour le marché des États-Unis.

Xavier Dolan dit ne pas envisager de créer sur une base régulière à l'extérieur du Québec, exprimant qu'il «pense en Québécois et écrit en Québécois». Tout de même, il travaille sur un film en anglais, mais c'est le sujet qui le commandait, fait-il valoir. Il estime que les États-Unis s'imposaient pour parler du «showbusiness» et de la célébrité, laissant tomber qu'on ne se fait pas «persécuter par les paparazzi dans la rue au Québec».

Il collabore pour ce projet avec Jacob Tierney («The Trotsky») et espère commencer à tourner cet été, en outre à Montréal, New York, Londres et en Europe de l'Est.

Un autre projet devrait se glisser dans son parcours chargé, celui d'une adaptation de la pièce «Bérénice» d'Emmanuel Schwartz, inspirée de la Bérénice du roman «L'Avalée des avalés» de Réjean Ducharme.

D'ici là, il y aura le choix du film canadien appelé à représenter le pays à la prestigieuse cérémonie des Oscar aux États-Unis. Pour l'éventuel lauréat, il s'agit de la première étape d'une longue aventure, comme le savent très bien les précédents élus Denys Arcand («Les Invasions barbares»), Denis Villeneuve («Incendies»), Philippe Falardeau («Monsieur Lazhar») et Kim Nguyen («Rebelle»).

Après l'accueil à Cannes de «Mommy» et la distribution du film aux États-Unis, pourquoi ne pas y croire? «On aimerait ça, on espère, il y a tellement d'étapes à franchir pour s'y retrouver, dit simplement Xavier Dolan. Mais si on était le choix du Canada, ce serait un défi vraiment stimulant, que d'affronter cette aventure-là, cette route-là, les entrevues, le lobbying, le voyage. C'est un lobbying incessant pour se retrouver aux Oscar, mais je serais prêt.»

PLUS:pc