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CEIC: Accurso nie avoir payé un pizzo à la mafia et nie toute collusion

08/09/2014 10:32 EDT | Actualisé 08/11/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - L'entrepreneur Antonio Accurso nie avoir payé une quote-part de ses contrats à la mafia et assure qu'il n'a jamais voulu travailler à des projets auxquels la famille Rizzuto était associée. Il admet toutefois une accolade avec Vito Rizzuto.

Devant la Commission Charbonneau, lundi, il a aussi nié avoir participé au système de collusion entre les entrepreneurs qui se partageaient les contrats publics à Montréal pendant des années.

«Je n'ai aucun lien avec le crime organisé», a martelé M. Accurso.

«Je n'ai jamais payé une cent pour aucune raison à qui que ce soit, à M. Rizzuto ou un membre de son entourage, ou quelqu'un qu'il connaît, jamais», a-t-il ajouté.

Quand la procureure chef, Sonia Lebel, lui a demandé s'il avait participé au stratagème de partage des contrats entre les entrepreneurs à Montréal, sa réponse a été tout aussi catégorique: «je n'ai pas participé à rien de ça».

Et du même souffle, il a affirmé n'avoir jamais eu besoin de participer à un tel système pour être capable d'obtenir des contrats à Montréal. «Je n'ai aucune difficulté à soumissionner nulle part au Québec», a commenté celui qui a été le plus gros entrepreneur en construction du Québec à une certaine époque.

Il a toutefois admis qu'il s'est refusé à travailler avec les Rizzuto. «Je n'ai jamais voulu travailler pour M. Rizzuto ou n'importe quel projet qu'il voulait faire, soit directement ou soit indirectement», a-t-il dit à la commission. Il a affirmé qu'il inventait un prétexte «diplomate» pour refuser de travailler à des projets auxquels les Rizzuto étaient associés.

Quand Me Lebel lui a souligné qu'un rapport de filature de la police faisait état d'une accolade entre lui et Vito Rizzuto en février 2002, il a admis que cela était possible. Il a expliqué qu'il est fréquent chez les Italiens de faire des accolades. «Une accolade, c'est une accolade, mais faire un projet de 50 millions $...», a-t-il dit.

Il a aussi expliqué que les Rizzuto l'avaient approché pour tenter de l'intéresser au 1000 De la Commune, un projet de condominiums de luxe qui ne l'intéressait pas.

Du même souffle, il a admis quelques contacts avec les Rizzuto, notamment le fait que Vito Rizzuto était client de son restaurant de Laval, L'Onyx. Il a aussi rencontré Nick Rizzuto fils.

Et d'après un extrait d'écoute téléphonique entendu lundi à la commission, un mois à peine après sa sortie de prison aux États-Unis, en novembre 2012, Vito Rizzuto a demandé à voir M. Accurso. Encore là, il voulait insister pour l'intéresser à l'édifice du 1000 De la Commune, dans le Vieux-Port de Montréal.

Me Lebel l'a aussi questionné sur une rencontre qui aurait eu lieu à son restaurant L'Onyx entre Vito Rizzuto et le chef des Hells Angels, Maurice Mom Boucher, «pour fixer le prix de la cocaïne». M. Accurso a dit qu'il l'ignorait.

Étonnamment, il a même ajouté qu'il ignorait qui était Maurice Boucher à l'époque. «Jamais rencontré, je ne sais même pas c'est qui.»

En matière de collusion entre entrepreneurs pour les contrats, il a tout au plus admis que «ça se pourrait» que les présidents de ses différentes compagnies aient été sollicités pour y participer, mais ils ne lui ont jamais dit que cela avait été le cas. Lui affirme n'avoir participé à rien, sauf une rencontre avec l'entrepreneur Lino Zambito et Vito Rizzuto.

«Je présume qu'ils (ses présidents) ont refusé» s'ils ont été ainsi sollicités, a-t-il ajouté. Il a souligné que son empire remplissait 35 soumissions par semaine, soit une à l'heure, et qu'avec tant de travail, il ne pouvait être au courant de tout ce qui se passait dans toutes ses entreprises.

Il soutient que c'est lors des audiences de la commission qu'il a appris l'ampleur de la collusion dans les contrats publics.

Litige avec Lino Zambito

M. Accurso a également donné sa version des faits d'un litige survenu pour un contrat de construction avec l'entrepreneur Lino Zambito, d'Infrabec.

Devant la commission d'enquête, M. Zambito avait affirmé que Vito Rizzuto avait servi de médiateur entre lui et M. Accurso parce qu'il y avait litige concernant le partage des contrats du rond-point L'Acadie à Montréal.

M. Accurso, lui, a noté que Lino Zambito était relié à des Rizzuto _ il s'agit toutefois d'une autre branche de Rizzuto, a-t-il dit à la commission. M. Accurso a donc présumé que M. Rizzuto voulait intercéder pour M. Zambito.

Devant M. Accurso, M. Rizzuto avait soulevé le fait que M. Zambito voulait obtenir le contrat du rond-point L'Acadie, a relaté M. Accurso.

M. Accurso affirme avoir alors répondu: eh bien qu'il soumissionne s'il le désire, moi je soumissionne et ça finit là. M. Accurso estimait avoir les reins assez solides et l'expérience pour ce gros projet, mais croit qu'Infrabec ne les avait pas. Il a qualifié Lino Zambito de «gars qui n'est même pas capable de faire un driveway» et qui ne travaillait pas très bien.

Hydro-Québec et Marois

En contre-interrogatoire, M. Accurso est revenu sur sa théorie de la «commande politique» donnée par le cabinet de Pauline Marois à Hydro-Québec visant à l'empêcher de soumissionner.

L'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, a cherché à démontrer que cela était impossible, puisque la conversation au sujet de cette lettre entre M. Accurso et son fils a eu lieu le 19 septembre 2012 à 16h44, alors que l'assermentation du conseil des ministres a aussi eu lieu le 19 septembre de 15h à 16h33, donc avant.

«Le gouvernement en place jusqu'au 19 septembre était le gouvernement libéral et non péquiste», lui a lancé Me Tremblay.

Mais M. Accurso continue de croire que le gouvernement péquiste est derrière cette décision de le «barrer» des contrats d'Hydro-Québec. «C'est une bonne déduction», a-t-il conclu.

Me Tremblay a avancé l'hypothèse voulant que la décision d'Hydro-Québec ait plutôt eu à voir avec les accusations déposées contre M. Accurso en avril et août 2012.

Le témoignage de M. Accurso a pris fin avec cette cinquième journée complète à la barre. La commission doit ensuite entendre des témoins reliés aux contrats octroyés par Hydro-Québec.

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