NOUVELLES

Nigeria: Boko Haram prend de nouvelles villes, mais en perd d'autres

07/09/2014 04:36 EDT | Actualisé 07/11/2014 05:12 EST

YOLA, Nigeria - Le groupe extrémiste nigérian Boko Haram s'est emparé de nouvelles villes frontalières dans le nord-est du pays, non loin du Cameroun, et adopte désormais une stratégie consistant à encourager les civils à demeurer dans la région, ont indiqué des témoins dimanche, alors que les rebelles poursuivent leur nouvel objectif consistant à se tailler un «califat islamique» sous leur drapeau noir et blanc.

Des soldats nigérians ont pris la fuite lorsque des centaines d'insurgés à bord de transports de troupes volés, de camions et de motos ont attaqué la ville de Michika, dimanche, a fait savoir Marry Dauda, une résidante qui s'est elle aussi sauvée. Selon elle, un chasseur de l'armée est arrivé, mais n'a effectué qu'une reconnaissance, sans attaquer les terroristes.

Samedi, les rebelles ont pris Gulak, la capitale administrative de l'État d'Adamawa, a confié un autre habitant à l'Associated Press. Les villes voisines de Duhu, Shuwa, Kirshinga et d'autres sont aussi tombées sous les bottes des extrémistes lors d'assauts menés vendredi soir et samedi. Plus au nord, des soldats ont repoussé samedi des rebelles se dirigeant vers Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, d'où opère la campagne menée contre l'insurrection. L'armée a attaqué le camp des rebelles à environ 40 kilomètres de la localité.

À Maiduguri, il était possible d'entendre un roulement de tirs samedi, instillant la peur chez la population déjà paniquée. Des centaines d'habitants ont fui la ville avant même d'entendre le bruit des combats.

Quant aux soldats, ils ont tué des dizaines d'extrémistes, a mentionné un membre d'un groupe de miliciens combattant aux côtés de l'armée. Les soldats ont ensuite repris la ville de Bama, prise par Boko Haram la semaine dernière, mais se sont arrêtés à Konduga et n'ont pas voulu aller plus loin. Quant à Bama, elle était couverte de corps, ont mentionné des résidents à l'Associated Press. Les extrémistes tuaient les hommes, mais épargnaient les femmes et les enfants, ont-ils dit.

À Gulak, toutefois, les insurgés tentaient de persuader les gens de rester, a dit le résident Michael Kirshinga. «Ils nous ont assuré qu'ils ne nous attaqueraient pas, mais des gens ont pris leurs jambes à leur cou, certains d'entre nous ont fui par peur que, après avoir fait prisonnier les soldats, les insurgés tourneront leurs armes contre nous.»

Près de 26 000 personnes ont fui Bama, a rapporté l'Agence de gestion des urgences du Nigeria. Ces réfugiés se sont joints à 1,5 million de gens déjà jeté sur les routes depuis l'instauration de l'état d'urgence en mai 2013, selon des données onusiennes. Ils ont besoin d'abris et de nourriture, et des responsables mettent en garde contre une crise alimentaire prochaine, puisque la plupart des réfugiés sont des agriculteurs.

Un communiqué de la Défense a tenté vendredi, sans succès, de rassurer les résidents. En décembre, Boko Haram a attaqué la principale base de l'aviation utilisée pour des raids contre leurs camps, détruisant cinq avions. En février, les militants ont ensuite visé les baraquements de l'armée à Maiduguri et libéré des centaines de détenus.

Le Nigeria compte une vaste armée de quelque 80 000 hommes, avec un budget de 2,3 milliards $ US, mais des soldats démoralisés disent être moins bien armés que Boko Haram, et que certains de leurs collègues vont même jusqu'à combattre avec les insurgés.

Le groupe extrémiste contrôle désormais une série de villes dans les trois États du Nord-Est placés sous état d'urgence depuis mai — Adamawa, Yobe et Borno.

PLUS:pc