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TIFF: «Nightcrawler», la trash télé à la manoeuvre, un Jake Gyllenhaal métamorphosé

06/09/2014 08:33 EDT | Actualisé 06/09/2014 08:33 EDT

"Nightcrawler", dévoilé au Festival du film de Toronto, est une plongée dans un Los Angeles nocturne rythmé par les meurtres, carjackings et autres accidents spectaculaires qui attirent des cameramen assoiffés de sang, parmi lesquels un Jake Gyllenhaal métamorphosé.

L'acteur américain, qui a explosé dans "Le secret de Brokeback mountain" puis confirmé son talent dans "Prisoners" récemment, revient à l'écran dans ce film de Dan Gilroy, amaigri, le visage illuminé, presque christique, mais l'âme depuis longtemps vendue au diable.

Il campe Lou Bloom, uun voleur sans envergure et sans scrupules, qui un jour tombe par hasard sur un accident de la route. Il découvre le monde de la trash télé avec ses cameramen qui écoutent les liaisons radio de la police et foncent sur un événement dès que le jeu en vaut la chandelle car au bout du compte, les images de blessés ou de morts seront vendues aux chaînes les plus offrantes pour faire la une des journaux du matin.

Lou se trouve une vocation. Il s'achète une petite caméra et commence à imiter les professionnels. Il apprend vite et surtout, il a un don pour renifler ce qui peut lui rapporter gros.

Son business va vite prospérer grâce à la directrice de l'information d'une télé (Rene Russo, "Thomas Crown", "Thor") qui ne s'embarrasse pas des questions éthiques, pourvu que les images soient bonnes.

- Améliorer les images en bougeant un cadavre -

Et si elles ne le sont pas assez, tel un artiste, Lou va les améliorer en bougeant un cadavre de place, en provoquant l'arrestation d'un tueur, en pénétrant avant la police sur les lieux d'un triple homicide.

Jusqu'à présent scénariste, Dan Gilroy ("Jason Bourne, l'héritage", "Two for the money") passe pour la première fois derrière la caméra pour signer ce film très noir à l'atmosphère pesante dans un Los Angeles où à la nuit tombée les vers de terre (nightcrawlers) sortent, image symbolique désignant ici les cameramen.

Venus échanger avec le public à l'issue d'une projection du film chaleureusement applaudie, pas plus le réalisateur que l'acteur principal n'ont voulu en dire plus sur le personnage de Lou qui peut offrir un visage aussi avenant qu'effrayant.

Le héros, totalement tordu, ne semble pas avoir de passé, n'a pas d'amis ou de famille. Il parle beaucoup, a des idées arrêtées sur tout et ne supporte pas d'être contredit. Son assistant en paiera le prix fort.

Gilroy filme des hommes et des femmes qui ont perdu tout sens moral, commme déhsumanisés. Sa vision du monde serait presque aussi pessimiste que celle d'un roman de James Ellroy mais les dialogues du film décalées ou glaçantes font souvent sourire.

La mise en scène est rythmée, aidée par de multiples scènes de courses poursuites et autres traversées de la ville pied au plancher.

"Los Angeles la nuit, la nature sauvage prend le dessus, tous les animaux sortent", a raconté Jake Gyllenhaal. "J'ai grandi là et je me rappelle avoir croisé des coyotes. Lou est comme ces coyotes dans les rues".

"On a fait le film que l'on voulait faire. Quelque chose de rare et de spécial", a résumé Dan Gilroy.

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