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Harper et Couillard commémorent George-Étienne Cartier en parlant Constitution

06/09/2014 04:34 EDT | Actualisé 05/11/2014 05:12 EST

QUÉBEC - Stephen Harper et Philippe Couillard ont profité de la commémoration d'un personnage important de l'histoire canadienne pour croiser le fer sur le terrain constitutionnel, samedi. Le premier ministre du Québec est revenu à la charge avec son échéance, 2017, pour que la province adhère enfin à la Constitution, mais s'est buté à une fin de non-recevoir d'Ottawa.

Les deux premiers ministres étaient réunis sur la même tribune à l'occasion du bicentenaire de la naissance, le 6 septembre 1814, d'un homme politique canadien-français considéré comme un des pères de la Confédération, George-Étienne Cartier. L'activité avait lieu au Château Frontenac, à deux pas d'une statue érigée en l'honneur de Cartier, tandis que deux manifestations avaient cours tout près samedi, l'une de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour dénoncer notamment la situation à la Société canadienne des postes, et l'autre de la Société Saint-Jean-Baptiste pour condamner la «propagande» du fédéral en vue du 150e du pays en 2017.

Après avoir glorifié la guerre de 1812 il y a deux ans, le gouvernement Harper s'emploie maintenant à exalter la mémoire de Cartier, qui était incidemment du Parti bleu, à l'origine des conservateurs d'aujourd'hui. Au cours de cette rare visite au Québec, M. Harper a dit être fier d'être son «héritier politique», dans son discours qui avait d'ailleurs une couleur parfois très électorale, à un an du scrutin fédéral.

Il a rappelé que Sir George s'était battu pour l'autonomie du Québec dans le pacte fédéral, un principe conservateur, selon le premier ministre, qui a cependant souligné du même souffle qu'il n'allait pas se plier aux moindres caprices des provinces.

«Est-ce que ça veut dire que toutes les provinces et tous les territoires vont obtenir tout de suite tout ce qu'ils désirent tout le temps? Bien sûr que non», a-t-il déclaré, tandis qu'on entendait en bruit de fond les cris et les sifflets des manifestants de l'AFPC à l'extérieur.

De son côté, Philippe Couillard a réitéré sa volonté de réintégrer le Québec dans la Constitution de 1982 pour l'horizon 2017, l'année du 150e anniversaire de la Confédération. Et il a lancé une mise en garde à ceux qui croient que l'absence de la signature du Québec est un faux problème.

«À l'aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. Et contrairement à ceux qui croient que la fuite, le déni ou l'isolement sont une solution valable, je dirais que nous devons plutôt nous inspirer de la vision de George-Étienne Cartier, celle d'un partage unique et envié d'une destinée commune dont l'identité québécoise forte et affirmée fait partie.»

Or, dans un courriel transmis en après-midi, un porte-parole du Bureau du premier ministre Harper, Jason MacDonald, a fait savoir que le gouvernement n'avait pas l'intention de rouvrir la Constitution.

L'opposition péquiste n'a pas tardé à réagir. Le chef de l'opposition officielle et député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, a demandé au chef libéral de dire aux Québécois à quelles conditions il serait prêt à signer la Constitution canadienne.

«Le premier ministre doit s'engager à faire connaître le plus rapidement possible les conditions du Québec pour réintégrer la Constitution, son échéancier, et à quel moment il compte consulter la population sur cette importante question. S'il souhaite entreprendre une telle démarche, il a une obligation de transparence», a déclaré Stéphane Bédard dans un communiqué.

Selon le député Bernard Drainville, candidat pressenti à la direction du Parti québécois, les propos de Philippe Couillard illustrent l'absence de rapport de force du Québec face au fédéral. Mais plus encore, «l'empressement» du premier ministre libéral à signer l'Acte constitutionnel lui fait craindre le pire. L'intérêt du Québec pourrait être sacrifié au profit de l'intérêt personnel de M. Couillard qui veut à tout prix entrer dans les livres d'histoire, en offrant une «signature à rabais», a dit M. Drainville.

«Le choix qui s'offre à nous, c'est province ou pays, soit demeurer une province comme les autres, soit devenir un pays, a-t-il déclaré en entrevue téléphonique. (...) Je n'accepterai jamais que le Québec soit une province comme les autres. Et malheureusement pour Philippe Couillard, M. Harper et le reste du Canada lui ont dit: tu vas rester une province comme les autres.»

Il exige du chef libéral qu'il dévoile les conditions de l'adhésion du Québec à la Constitution et qu'il tienne un référendum pour faire avaliser cette décision.

George-Étienne Cartier était un homme politique canadien français du XIXe siècle, considéré comme un des pères de la Confédération, avec John A. Macdonald. Issu d'une riche famille, il devient avocat et se joignit aux Patriotes pendant la Rébellion de 1837-1838 et dut ensuite s'exiler brièvement aux États-Unis. Rapidement gracié, il se distingua comme une des figures politiques influentes du Bas-Canada, un réformiste, mais dans une mouvance qui donnera plus tard le Parti conservateur.

Fidèle à la couronne britannique, il sera un opposant féroce au projet d'annexion aux États-Unis et un fervent défenseur de l'Union des colonies britanniques en Amérique, un projet qui donnera naissance au Canada en 1867. La fin de sa carrière politique fut entachée par le scandale du Pacifique, quand il avait été révélé qu'il avait reçu 85 000 $ du promoteur d'un chemin de fer qui traverserait les Rocheuses. Il mourut à Londres le 20 mai 1873.

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