NOUVELLES

Des économistes doutent des données sur l'emploi après les erreurs de juillet

05/09/2014 08:31 EDT | Actualisé 05/11/2014 05:12 EST

OTTAWA - L'économie canadienne a laissé filer des emplois au mois d'août, ce qui a été attribué à de fortes pertes dans le secteur privé, mais des économistes, qui s'attendaient plutôt à une modeste création d'emplois, ont accueilli ces nouvelles données de Statistique Canada avec une certaine méfiance.

L'agence statistique nationale a fait état vendredi d'une perte nette de 11 000 emplois pour le mois dernier, essentiellement des emplois à temps partiel, tandis que le taux de chômage est resté inchangé à 7,0 pour cent. Les économistes visaient plutôt un gain d'environ 10 000 emplois.

Une impressionnante perte de 112 000 emplois dans le secteur privé n'a été que partiellement compensée par une hausse du nombre de personnes se tournant vers le travail autonome et la progression soutenue des emplois dans le secteur public.

Mais certains économistes, mal à l'aise depuis que Statistique Canada a admis avoir réalisé une importante erreur dans ses données sur le marché de l'emploi de juillet, ont soulevé certaines questions par rapport aux chiffre dévoilés vendredi.

L'agence a été forcée le mois dernier d'émettre une correction majeure à son rapport sur la population active, après avoir erronément fait état de la création de 200 emplois en juillet. Une semaine plus tard, Statistique Canada republiait ses données et annonçait plutôt que 42 000 emplois avaient vu le jour en juillet. L'agence a indiqué qu'il s'agissait d'une erreur humaine liée à la mise à jour de systèmes informatiques.

Cette fois, certains économistes se montrent sceptiques quant à la quantité impressionnante de pertes d'emplois dans le secteur privé et aux gains étonnants du nombre de travailleurs autonomes.

«Devinez quoi? Nous allons recommander à nos clients d'être très prudents avec les chiffres sur l'emploi canadien», ont écrit les économistes Derek Holt et Dov Zigler, de la Banque Scotia, dans une note à leurs clients.

Ils font remarquer qu'il n'y a jamais eu une telle hausse du nombre de travailleurs autonomes en un seul mois — ni une telle chute du nombre d'emplois dans le secteur privé —, depuis que Statistique Canada a commencé à compiler les données sur la population active, en 1976. Le fait que ces pertes et ces gains semblent s'annuler l'un et l'autre au mois d'août est «très douteux» aux yeux des économistes de la Scotia.

«Ce sont là des coïncidences absolument fascinantes», ont écrit MM. Holt et Zigler.

Contactée au sujet des remarques des économistes, Statistique Canada a indiqué qu'elle ne réagissait pas «au sujet des opinions ou commentaires fait par des individus à l'extérieur de l'agence».

D'autre part, questionné vendredi à savoir s'il avait toujours confiante en la qualité des données de Statistique Canada, le ministre des Finances, Joe Oliver, a succinctement répondu que oui.

Malgré tout, les pépins du mois dernier ont exacerbé les inquiétudes de certains économistes vis-à-vis ce qu'ils perçoivent comme une forte volatilité dans les données sur l'emploi d'un mois à l'autre. Certains d'entre eux préfèrent se référer aux moyennes sur trois, six et 12 mois, plutôt que sur les données mensuelles les plus récentes.

Le rapport de Statistique Canada sur le marché du travail du mois d'août a dénoté un recul du nombre de travailleurs dans le secteur du commerce de gros et du commerce de détail, ainsi que dans celui du transport et de l'entreposage.

En revanche, des hausses ont été observées dans le secteur de la construction, celui des services professionnels, scientifiques et techniques ainsi que celui des administrations publiques.

L'emploi a progressé en août en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, où des gains nets respectifs de 3900 et 3600 ont été observés. Il a cependant reculé de 2100 à Terre-Neuve-et-Labrador et de 13 000 en Alberta — ce qui n'empêche pas cette dernière d'afficher un taux de chômage de 4,9 pour cent, un des plus faibles au pays, et le meilleur taux d'emploi au pays, soit 68,8 pour cent.

Au Québec, l'emploi partiel a légèrement augmenté en août, pendant que celui à temps plein restait essentiellement stable, le tout se traduisant par un gain net de 4100 emplois. Le taux de chômage a reculé de 0,4 point de pourcentage pour s'établir à 7,7 pour cent.

PLUS:pc