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«Au secours de Béatrice» à TVA: une Béatrice humaine et attachante

04/09/2014 10:38 EDT | Actualisé 04/09/2014 10:38 EDT
Courtoisie Attraction Images

Premier constat, en visionnant les deux épisodes qui lancent la série Au secours de Béatrice, magnifique cadeau qu’offrira TVA à ses téléspectateurs à compter du mercredi 10 septembre, à 20h: Sophie Lorain, l’actrice, nous manquait terriblement.

Certes brillante derrière la caméra de nombreux projets depuis la fin de Fortier, en 2001, Sophie Lorain a encore cette force tranquille, cette sincérité, qui tracent la marque des grands artistes. Le jeu, c’est comme la bicyclette, la technique ne se perd pas, et Sophie Lorain en est la preuve vivante. Les journalistes l’ont constaté avec bonheur en projection de presse, mercredi matin.

Sa Béatrice, la comédienne nous la rend attachante, humaine, vraie. Elle en fait une héroïne du quotidien, comme il en existe mille et une autres, des femmes fortes, trop fortes, débordées, surmenées, qui finissent un jour par craquer et avoir besoin de penser à elles-mêmes. Pour Béatrice, se consacrer du temps, ça veut dire aller consulter un psychologue, à son corps (très, très) défendant.

Grâce à une jolie idée de réalisation d’Alexis Durand-Brault, qui a filmé la majorité des scènes en plan séquence dans les épisodes 1 à 12 (Pierre Houle a ensuite pris le relais), on a réellement l’impression de suivre, d’accompagner Béatrice dans ses activités quotidiennes.

Les soubresauts d’Au secours de Béatrice s’enchaînent doucement, à la façon du «battement d’ailes d’un papillon» comme l’a illustré le cinéaste; une action provoque une réaction, mais en finesse, sans revirement coup de poing ou phrases-chocs. Les textes, fluides, qui coulent comme de l’eau de source, sont de Francine Tougas, qui adapte ainsi son roman Les mardis de Béatrice, paru il y a 10 ans, à la télévision. Dans le livre, l’histoire n’était que faces à faces entre Béatrice et son psy; la série est beaucoup plus étoffée, avec un réel univers construit autour du rôle-titre.

Physique ou psychologique?

Mais revenons à cette Béatrice Clément de 48 ans, urgentologue de grand talent qui mène à bout de bras son département à l’Hôpital St-Hippolyte, et épaule de jeunes médecins résidents sans pour autant les materner, loin de là. L’un d’eux, Olivier-Luc (Pierre-Luc Brillant), admire énormément sa supérieure, pour ne pas dire qu’il en pince pour elle. Béatrice vit littéralement au rythme de l’urgence, des blessés et des victimes qui se succèdent devant elle et dont la réalité se reflètera dans sa propre évolution.

Béatrice se déplace d’un pas alerte, son frigo est toujours vide, elle grille avec délectation des cigarettes dans le stationnement de l’hôpital, elle n’a pas le temps de se faire masser et ne possède pas de cellulaire. Dans son cercle intime, on compte sa tante et grande amie Ginette, ou «Gin» (Linda Sorgini), qui ne veut surtout pas se faire appeler «ma tante», son ex, Benoît (Gabriel Sabourin), demeuré un très grand ami, et Zacharie (Levi Doré), un adorable petit voisin, auquel Béatrice s’attachera.

Au moment où débute l’intrigue, le personnage-pivot souffre de terribles problèmes digestifs, des maux qui l’empêchent de dormir et la font se tordre de douleur. Un soir où la souffrance est intolérable, on doit transporter Béatrice en ambulance. Et elle se retrouve entre les mains d’un collègue médecin qui, ô surprise, ne lui prescrit pas de médicaments, mais lui refile plutôt le numéro d’un psychologue. La superwoman n’en fait pas un plat… Jusqu’à ce qu’un malade imaginaire abouti à ses soins lui fasse réaliser qu’effectivement, les tourments de l’esprit sont parfois générateurs de séquelles physiques.

Voilà donc le chemin qui mènera Béatrice devant Monsieur P. (Gabriel Arcand), son psychologue, docteur de l’âme qui saura identifier tout ce qu’elle vit sans s’en rendre compte pour l’amener à tracer des liens entre événements et émotions.Au fil des discussions, des regards et des silences, de lourds secrets du passé remonteront à la surface. L’un d’eux surgira dans un sanglot étouffé à la fin du premier épisode. Puis, un autre, avant le générique de fin du deuxième. Et ainsi de suite.

Presque chaque semaine, un petit punch conclura les dernières minutes des séances de thérapie, et Béatrice cheminera un peu plus dans sa quête d’elle-même. Sans trop en dévoiler, on peut mentionner que la famille de Béatrice, dont son père, Christophe (Robert Lalonde), est impliquée de très près dans ses souvenirs refoulés. Encore aujourd’hui, les relations avec son géniteur paraissent tendues, et la conjointe de ce dernier, Isabelle (Marie-France Lambert), directrice générale de St-Hippolyte, n’est pas étrangère aux discordes.

Psy parfait

Autre bijou d’Au secours de Béatrice: Gabriel Arcand, qui compose un psychologue qui sied parfaitement à notre Béa. L’homme a toujours le mot exact pour confronter sa patiente et la déstabiliser, ce qui, bien sûr, ne fait pas l’affaire de cette dernière, mais provoque néanmoins des réflexions. «Joutes verbales», a utilisé l’auteure, Francine Tougas, comme expression pour décrire les échanges entre les deux spécialistes de la santé. Elle n’aurait su mieux dire. Et, si les tranches de vie de Béatrice à l’hôpital et avec son petit monde sont intéressantes, ses visites chez le psy demeurent les moments les plus captivants d’Au secours de Béatrice. Au début de la série, du moins.

Comme toujours formidable, Gabriel Arcand incarne juste ce qu’il faut d’écoute, de compassion et d’honnêteté pour qu’on espère tous, un jour ou l’autre, s’arrêter à son cabinet pour qu’il décortique nos petits tracas.

Au secours de Béatrice sera en ondes à l’automne et à l’hiver à TVA, le temps de 24 chapitres d’une heure, et une deuxième saison est déjà en écriture pour l’automne 2015. Il aura fallu sept ans avant que la fiction, d’abord pensée pour être déclinée en demi-heures, ne voie le jour dans nos petits écrans; entre-temps, le projet a failli être propulsé à Radio-Canada, mais est revenu à TVA. Une réédition du roman Les mardis de Béatrice sera publiée le 1er octobre, avec une nouvelle couverture.

Au secours de Béatrice, le mercredi, à 20h, dès le 10 septembre.

Au secours de Béatrice - TVA