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Thériault dévoile le résumé d'un rapport à propos d'une évasion héliportée

02/09/2014 01:56 EDT | Actualisé 02/11/2014 05:12 EST

QUÉBEC - La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a dévoilé mardi le résumé d'un rapport d'enquête administrative qui ne lui attribue aucune responsabilité dans les cafouillages entourant une évasion héliportée en juin dernier à Québec.

Mme Thériault, dont l'opposition a réclamé la démission en raison de sa gestion chaotique du dossier, a affirmé que seul ce résumé serait rendu public pour l'instant, par mesure de sécurité et afin de ne pas nuire au procès en cours des trois évadés, qui ont été repris par la suite.

Lors d'une conférence de presse où elle n'a pas répondu aux questions des journalistes, Mme Thériault a insisté sur un des rares passages du rapport d'enquête rendu public, où l'ancien sous-ministre à la Justice Michel Bouchard écrit que des informations «erronées, incomplètes ou imprécises» ont été transmises à son cabinet par la Sûreté du Québec, la direction des services correctionnels et des avocats du ministère de la Justice.

Le résumé de seulement deux pages indique également que les autorités carcérales québécoises estimaient peu probables que des détenus tentent de s'évader par hélicoptère, malgré une première tentative du genre à Saint-Jérôme en mars 2013. Par conséquent, les autorités avaient jugé inutile d'équiper les établissements de filets anti-évasion.

Selon le document, le personnel de l'établissement de détention de Québec n'était pas bien préparé à réagir à ce mode d'évasion, lorsque trois détenus, qui avaient bénéficié d'un assouplissement de leurs mesures d'incarcération, l'ont utilisé. Depuis 2003, les autorités carcérales québécoises avaient pourtant produit une analyse des moyens à prendre pour éviter une évasion par hélicoptère.

Yves Denis, Denis Lefebvre et Serge Pomerleau, qui subissent actuellement un procès pour trafic de drogue, ont été repris deux semaines après avoir été cueillis par un hélicoptère dans la cour de l'établissement de détention.

Devant les journalistes, la ministre, qui avait multiplié les propos contradictoires dans ce dossier en juin, s'est limitée à lire une déclaration écrite, mardi, avant de quitter la salle rapidement.

«Comme l'indiquait M. Bouchard (...), nous devons procéder avec beaucoup de prudence en ce qui a trait à la communication du contenu du rapport, afin de préserver l'intégrité des procédures judiciaires en cours ou à venir, a-t-elle dit. Vous comprendrez donc que, pour le moment, je ne peux répondre à aucune question.»

À la suggestion de M. Bouchard, le ministère de la Justice ainsi que le ministère de la Sécurité publique devront évaluer le rapport au cours des prochaines semaines afin de déterminer s'il pourrait être divulgué en totalité ou en partie éventuellement. Le juge responsable du procès des trois évadés, Louis Dionne, devra également se prononcer sur le sujet.

Un résumé du document, préparé par M. Bouchard, ne fait aucune mention de responsabilités qui pourraient être attribuées au cabinet de Mme Thériault concernant la confusion qui a mené le premier ministre Philippe Couillard à annoncer une enquête interne à peine quatre jours après l'évasion de trois détenus de la prison d'Orsainville.

Juste avant d'annoncer que M. Bouchard serait mandaté pour l'enquête interne, Mme Thériault avait soutenu que sa gestion du dossier avait été entravée par des menteurs dans la fonction publique, qui lui avaient fourni de fausses informations.

Avant de s'engager à ne plus faire de déclarations à propos des évasions, Mme Thériault avait affirmé que l'enquête interne permettrait d'en savoir plus sur ces mensonges.

Le résumé soumis mardi aux journalistes affirme que «la gestion de la crise au sein de la direction générale des services correctionnels, provoquée par l'évasion du 7 juin 2014, a été rendue plus difficile en raison de certaines informations erronées, incomplètes ou imprécises, touchant des aspects importants concernant cet événement, et qui ont été acheminées au cabinet de la ministre de la Sécurité publique dans les heures qui ont suivi l'évasion».

«Ces informations auraient dû faire l'objet d'une vérification plus poussée de la part de la Sûreté du Québec, de la direction générale des services correctionnels et des avocats du ministère de la Justice avant d'être transmis au personnel du cabinet de la ministre», indique le document.

Le résumé ne précise pas quelles sont ces informations.

Dans les jours qui ont suivi l'évasion, Mme Thériault a fait des déclarations contradictoires. Après avoir affirmé que les autorités disposaient de filets anti-évasion, elle s'était ravisée. Elle avait aussi indiqué qu'une décision du juge Dionne sur les conditions de détention des trois évadés était publique, alors qu'elle ne l'était pas.

Les autorités fédérales l'avaient également contredite concernant la mise en place d'espace d'exclusion aérien au-dessus des prisons québécoises.

Le député péquiste Pascal Bérubé, porte-parole en matière de sécurité publique, a affirmé mardi que la ministre Thériault peut dévoiler l'identité des personnes qui lui ont menti sans nuire au procès ou à la sécurité dans les prisons.

«Sur la question de qui lui a menti, je ne pense pas que M. Bouchard ait objection à ce qu'on connaisse l'identité de cette personne-là parce que c'est manifestement quelqu'un de haut niveau qui conseille la ministre», a-t-il dit.

Concernant les évasions par hélicoptère, M. Bouchard a constaté que la direction des services correctionnels ne s'attendait pas à revivre pareille situation après le cas survenu à la prison de Saint-Jérôme.

«Des personnes responsables de la sécurité dans les établissements de détention étaient d'avis que l'évasion du 17 mars constituait un cas unique ayant peu de chance de se reproduire», a-t-il écrit.

Selon le rapport, le niveau de sécurité entourant la détention des trois évadés avait été déterminé par la directrice de l'établissement de détention.

En juin, M. Couillard s'était engagé à rendre public le document, quitte à ce que cela se fasse par étapes.

«Une fois les enquêtes terminées, le procès terminé, tout ce qui n'aurait pas été rendu public initialement pour ces raisons le sera», a-t-il dit.

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