NOUVELLES

Ebola: le monde perd la guerre, prévient Médecins sans frontières

02/09/2014 08:20 EDT | Actualisé 02/11/2014 05:12 EST

DAKAR, Sénégal - Médecins sans frontières croit que la planète «perd la bataille» contre le virus Ebola, et des responsables de l'ONU implorent tous les pays du monde d'accentuer leur réponse à l'épidémie.

La présidente de MSF, le docteur Joanne Liu, admet que son organisation est complètement dépassée par les soins requis par les patients dans quatre pays d'Afrique de l'Ouest.

MSF a appelé les pays disposant de capacités de réponse à une catastrophe d'origine biologique, et notamment de ressources médicales civiles et militaires, à les envoyer en Afrique de l'Ouest.

«Six mois après son début, le monde est en train de perdre la bataille contre la pire épidémie d'Ebola de l'histoire, a dit Mme Liu lors d'un forum de l'ONU sur le virus. Les centres de traitement de l'Ebola ne sont plus que des endroits où les gens vont mourir seuls, où on offre à peine plus que des soins palliatifs.»

La présidente de l'Organisation mondiale de la Santé, la docteure Margaret Chan, dit que l'ONU accélère sa réponse de manière urgente et appelle le monde à contribuer à cet effort. Le coordonnateur de la réponse onusienne, David Nabarro, ajoute que l'ONU «amène autant de travailleurs de la santé de l'extérieur qu'elle le peut».

«L'horloge tourne et le virus Ebola est en train de gagner, prévient le docteur Liu. Le temps des réunions et de la planification est fini. Il est maintenant temps d'agir. Chaque jour d'inaction entraîne plus de décès et le lent effondrement des pays touchés.»

Au Liberia, une organisation humanitaire a annoncé qu'un autre médecin américain avait été infecté. L'obstétricien n'a pas été identifié dans l'immédiat par le groupe Serving In Mission. Il ne travaillait pas dans une unité d'hospitalisation de patients infectés du virus Ebola.

Le groupe n'a pas précisé comment il avait lui-même été infecté, mais le virus peut se transmettre par les sécrétions vaginales.

Bruce Johnson, président du groupe, a affirmé que l'organisation «priait» pour lui et pour les collègues au Liberia qui continuent de combattre l'éclosion.

Le mois dernier, deux Américains, dont un oeuvrant pour Serving In Mission, avaient été rapatriés aux États-Unis pour des traitements après avoir été infectés au Liberia.

Des responsables américains de la santé ont annoncé mardi un contrat de 18 mois d'une valeur de 24,9 millions $ avec Mapp Biopharmaceutical pour accélérer le développement du traitement expérimental ZMapp. Mapp doit produire une petite quantité du médicament pour des premiers essais, tout en travaillant avec le département de la Santé et des services sociaux pour accélérer le processus de fabrication.

Le président américain Barack Obama a exhorté les gens en Afrique de l'Ouest, mardi, à porter des gants et des masques lors de l'administration de soins aux patients et lors de l'enfouissement de corps. Il a voulu décourager la pratique du contact direct avec les corps des victimes de l'Ebola, qui est une manière avec laquelle la maladie s'est propagée.

«Vous pouvez respecter vos traditions et honorer vos êtres chers sans mettre en danger les vivants», a dit M. Obama dans un bref message par vidéo.

Les aliments de plus en plus dispendieux

Par ailleurs, une agence onusienne a prévenu mardi que les aliments sont de plus en plus dispendieux et difficiles à obtenir dans les pays touchés par l'épidémie, puisque les fermiers sont incapables de faire leur travail.

L'épidémie a déjà fait quelque 1500 morts en Afrique de l'Ouest, et des villes entières ont été placées en quarantaine pour tenter de freiner la propagation de la maladie.

Les pays voisins ont fermé leurs frontières, plusieurs transporteurs aériens ont suspendu leurs vols et les ports maritimes des pays infectés sont moins achalandés.

Ces pays — la Guinée, le Sierra Leone et le Liberia — dépendent des céréales pour nourrir leur population, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Dans un marché du Liberia, le coût de la racine de manioc, un élément de base de l'alimentation en Afrique de l'Ouest, est en hausse de 150 pour cent.

Un porte-parole de la FAO a rappelé que même avant l'épidémie, plusieurs ménages consacraient jusqu'à 80 pour cent de leurs revenus à leur alimentation. La hausse soudaine des prix place plusieurs aliments hors de leur portée.

L'ONU estime que 1,3 million d'habitants de la Guinée, du Liberia et de la Sierra Leone auront besoin d'une aide alimentaire au cours des prochains mois.

La FAO croit que la situation ne fera que s'aggraver, puisque les restrictions imposées aux déplacements empêchent les ouvriers de se rendre jusqu'aux fermes, alors que les récoltes de maïs et de riz doivent débuter au cours des prochaines semaines.

L'Organisation mondiale de la Santé a demandé aux pays de rouvrir leurs frontières pour permettre d'envoyer de l'aide à ceux qui en ont besoin. La Côte d'Ivoire a décidé, lundi soir, de maintenir la fermeture de ses frontières avec la Guinée et le Liberia, tout en annonçant l'ouverture d'un couloir humanitaire.

PLUS:pc