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Le gouvernement cubain sonne la fin de la récréation pour les consommateurs

01/09/2014 09:56 EDT | Actualisé 01/11/2014 05:12 EDT
Regis Vincent via Getty Images

HAVANE - Les Cubains et les Américains d'origine cubaine qui avaient pris l'habitude de rentrer à Cuba armés de pneus, de télévisions à écran plat, de jeans et de bouteilles de shampoing vont désormais être freinés dans leurs ardeurs.

Sur une île où les produits de consommation les plus banals ont tendance à être excessivement rares et chers, il était auparavant tentant pour de nombreuses personnes d'arriver sur place avec des valises surchargées de biens de toutes sortes, une tendance qui s'était accentuée depuis que les restrictions de circulation entre Cuba et les États-Unis avaient été allégées.

Les carrousels des aéroports cubains ressemblaient donc souvent à des succursales de grands magasins comme Walmart et Target.

Plusieurs familles allaient même jusqu'à louer des remorques pour pouvoir transporter les nombreux achats de leurs proches revenant d'un périple à l'extérieur du pays.

Or, le gouvernement cubain a décidé de mettre le holà à cette tradition en imposant dès lundi de nouvelles mesures destinées à restreindre l'appétit dévorant des consommateurs.

Il a entre autres indiqué qu'il limiterait sérieusement la quantité de produits qu'ils pourront rapporter dans leurs bagages ou se faire expédier par bateau.

Par exemple, en vertu de la nouvelle réglementation de 41 pages, à l'avenir, les voyageurs seront autorisés à revenir avec dix kilogrammes de détergent, avec 24 soutiens-gorge et avec un ensemble d'outils.

Par le passé, ils avaient le droit d'avoir le double de ces différents produits en leur possession au moment de se présenter devant les douaniers.

Les autorités cubaines ont soutenu que les restrictions visent à mettre un terme aux abus qui ont fini par transformer le trafic aérien en plate-forme de choix pour les receleurs désireux d'importer de la marchandise pour alimenter le marché noir, mais aussi pour les entreprises privées légales qui sont supposées garnir leur inventaire auprès de l'État.

Les nouvelles règles du jeu ont semé inquiétude et insatisfaction au sein d'une population qui se sent ainsi privée de sa seule méthode pour obtenir des biens de haute qualité.

Elles ne manqueront pas non plus d'avoir un lourd impact sur plusieurs commerces de Miami dont la vocation première est de vendre des produits aux Cubains et à la diaspora cubaine solidement implantée aux États-Unis.

Pour justifier le resserrement de sa réglementation, le gouvernement cubain a cité l'exemple de trafiquants particulièrement prolifiques.

Il a entre autres mentionné le cas d'un passager qui avait rapporté 41 écrans d'ordinateur et 66 téléviseurs à écran plat en l'espace de douze mois.

L'an dernier seulement, de la marchandise dont la valeur totale oscillerait entre 1,7 et 1,9 milliard $ US a été introduite à Cuba par des gens qui revenaient sur l'île en avion.

Selon un sondage de la firme Havana Consulting Group mené auprès de 1154 répondants en 2013, en moyenne, chaque personne revenait avec des biens estimés à 3551 $ US.

Le président de l'entreprise, Emilio Morales, a dit qu'avec les envois de fonds de l'étranger, il s'agissait de la plus importante source de revenus pour les Cubains.

M. Morales a précisé qu'environ 40 pour cent des items étaient écoulés sur le marché noir alors que le reste était destiné aux familles des voyageurs.