POLITIQUE

Référendum et indépendance: Québec-Écosse, deux luttes, un même destin?

31/08/2014 08:23 EDT | Actualisé 31/08/2014 08:24 EDT
CARLO ALLEGRI via Getty Images
MONTREAL, CANADA: A car stopped at a street light in Montreal waves the flag of the province of Quebec the day of the referendum on Quebec separatism 30 October. Quebecers vote 30 October on whether they want to remain in Canada or form their own nation. AFP PHOTO (Photo credit should read CARLO ALLEGRI/AFP/Getty Images)

Les Écossais seront appelés sous peu à se prononcer sur leur avenir politique par voie référendaire. Une situation qui rappelle celle du Québec, la province s'étant prononcée à deux reprises sur son indépendance, en 1980 et en 1995. De la question mise au vote au contexte politique, comparons les deux cas.

Un texte de Bernard Leduc

1. La question mise au vote

La formulation de la question référendaire en Écosse est aux antipodes de celle au Québec en 1995 : 8 mots contre 40.

Québec

Le 30 octobre 1995, les Québécois ont été invités à répondre à cette question :

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995? »

— Question référendaire

Écosse

Le 18 septembre 2014, les Écossais devront répondre à cette question lors d'un référendum :

« L'Écosse devrait-elle être un pays indépendant? »

2. Le vote

Québec

Le 30 octobre 1995, le non a raflé 50,58 % des voix contre 49,42 % pour le oui. L'écart entre le oui et le non a été de 54 288 votes sur un total de 4,7 millions de voix exprimées. Le taux de participation a été de 93,52 %.

Des dix derniers sondages réalisés avant le vote du 30 octobre, huit accordaient une majorité de voix au oui.

Écosse

Les sondages faits depuis six mois donnent aux opposants à l'indépendance la majorité des voix, sans aucune exception. L'écart est chaque fois de plusieurs points de pourcentage.

Par ailleurs, les données récoltées par la firme IPSOS-MORI depuis 1979 indiquent que l'indépendance a toujours recueilli un minimum de 20 % des voix. L'appui à cette idée, depuis ce temps, s'est souvent maintenu au-dessus de la barre des 30 %, franchissant même 40 % lors du référendum de 1997 portant sur la dévolution, qui donna naissance au Parlement écossais.

3 . Les précédents référendums

Québec

Les Québécois s'étaient déjà prononcés une première fois sur le statut du Québec au sein du Canada, en 1980. La question posée était alors :

« Le gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l'utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada? »

— Question référendaire

Le non a alors récolté 59,56 % des voix contre 40,44 % pour le oui, avec un taux de participation de 85,61 %

Écosse

Les Écossais avaient déjà été conviés par deux fois, dans le passé, à se prononcer sur le statut de l'Écosse au sein du Royaume-Uni, en mars 1979 et en septembre 1997.

Lors du référendum de 1997, les Écossais se sont dits en faveur, par une forte majorité, de la création d'un Parlement écossais et de la dévolution par Londres, à cette nouvelle institution, de certaines compétences. C'est par une loi votée par le Parlement du Royaume-Uni, sous un gouvernement travailliste, que le tout est mis en œuvre, fin 1998.

Un premier référendum sur ces mêmes questions avait déjà eu lieu en 1979, mais le faible taux de participation, soit à peine le tiers des électeurs, n'avait pas permis de valider le résultat, favorable par un peu plus d'un point de pourcentage à la dévolution.

4. Les porteurs du projet

Québec

Le Parti québécois a été fondé en 1968. Il est depuis ce temps le principal véhicule politique du projet indépendantiste en termes de sièges et de voix obtenus. Il a plusieurs fois formé le gouvernement et tenu deux référendums, en 1980 et en 1995.

Écosse

Le SNP, le parti indépendantiste écossais, est dirigé par Alex Salmond, au pouvoir depuis 2007. Fondé en 1934, il a récolté quelques sièges, au fil des ans, au Parlement de Londres. La création d'un Parlement écossais en 1997 lui permet véritablement de prendre son envol.

James Bond contre Harry Potter

Différents artistes ont pris la parole dans le référendum écossais, avec des positions opposées.

Sean Connery : oui!

« La campagne du oui met l'accent sur une vision positive de l'Écosse. Elle s'articule autour des notions d'égalité et d'inclusion, et la conviction, profondément démocratique, que les Écossais sont les mieux à même de défendre leur propre avenir ».

JK Rowlings : non!

« Mon hésitation à embrasser la cause indépendantiste n'est pas une remise en cause du caractère remarquable de ce peuple et de ses accomplissements. La simple vérité est qu'en ce 21e siècle, l'Écosse fait face aux mêmes défis que le reste du monde et doit lutter dans une économie mondialisée, alors que sa propre économie me paraît encore fragile ».

Écosse: un référendum sur l'indépendance