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Le Canada pourrait s'engager davantage dans la brigade d'intervention de l'OTAN

31/08/2014 01:17 EDT | Actualisé 31/10/2014 05:12 EDT
CP

OTTAWA - Le Canada enverra des troupes, des avions et des navires de guerre dans le cadre d'un vaste entraînement de l'OTAN l'an prochain, un déploiement qui pourrait être la première étape d'une implication plus importante dans la stratégie à long terme de l'alliance afin de contrecarrer les menaces posées par la Russie.

Des unités canadiennes participeront à un test de la brigade d'intervention d'urgence de l'OTAN en temps de crise, a appris La Presse Canadienne.

L'exercice, baptisé «Trident Juncture 2015», aura lieu en Italie, en Espagne et au Portugal pendant plusieurs mois et se concentrera sur un scénario dans lequel l'OTAN répond à une attaque contre un pays membre.

«Nous prévoyons déployer des forces tactiques, maritimes, aériennes et terrestres dans le cadre de cet exercice de tir réel», a déclaré le lieutenant-général Stuart Beare, commandant des opérations interarmées du Canada, lors d'une récente entrevue avec La Presse Canadienne.

Cela représente une décision significative pour le Canada, puisque l'alliance militaire fait pression en coulisse pour accroître la taille de sa force de réaction rapide. L'OTAN a déjà annoncé la semaine dernière qu'elle envisageait de déployer des soldats en Europe de l'Est pour rassurer ses alliés nerveux face à la Russie.

La brigade d'intervention d'urgence — qui compte déjà 13 000 soldats prêts à réagir très rapidement, un quartier général et des réservistes — fonctionne en rotation, les pays membres engageant des forces à tour de rôle pour une période d'un an.

La participation du Canada à l'exercice de l'an prochain ne signifie pas que les forces canadiennes seront désormais incluses dans la rotation, mais pourrait en être le prélude.

«Ce sont des décisions stratégiques et politiques, a affirmé M. Beare. Je ne peux répondre à la question spécifiquement, mais je peux vous dire que nous agissons dans un sens où, si nous y allons, nous serons très très bons.»

Participer à l'exercice permettra aux Forces canadiennes de se familiariser de nouveau avec la façon dont l'OTAN fonctionne sur son territoire, des habitudes perdues après que la garnison canadienne de la guerre froide se fut retirée de l'Europe dans les années 1990.

À l'approche du prochain sommet de l'OTAN au pays de Galles, cette semaine, on ne sait toutefois pas si le gouvernement Harper est prêt à assumer le coût d'une participation régulière à la brigade d'intervention rapide. Selon les États-Unis, les principaux éléments de la brigade seraient déployés dans le centre de la Pologne, autour d'une base qui a accueilli un exercice de l'alliance cet été.

Deux rotations de troupes canadiennes comprenant environ 150 membres ont participé à ce récent exercice.

Faire partie de la force d'intervention rapide vient avec des responsabilités bien différentes, notamment celle d'être prêt à ouvrir le feu si un pays membre de l'OTAN est attaqué.

Ce détachement est relativement nouveau au sein de l'alliance et n'a été envisagé sérieusement qu'à partir de février 2013, dans la foulée du retrait d'Afghanistan des troupes alliées.

Steve Saideman, un expert de l'OTAN, est sceptique quant au fonctionnement de la force d'intervention rapide compte tenu des précédentes missions, lors desquelles les pays alliés ont insisté pour garder le contrôle de leurs troupes et imposé des restrictions sur ce qu'elles pouvaient faire.

Ce fut notamment le cas en Libye, où certains pays ont refusé de participer à des attaques air-sol risquées, et en Afghanistan, où une poignée de pays comme le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et le Danemark ont assumé la quasi-totalité des combats.

«J'ai du mal à imaginer comment une force d'intervention rapide pourrait vraiment être rapide», souligne M. Saideman, qui dirige l'école d'affaires internationales Paterson à l'université Carleton d'Ottawa.

«Je ne suis pas persuadé qu'ils (les pays membres) seront capables de surmonter les problèmes qui existent et qui couvent au sein de l'OTAN.»

M. Saideman n'est pas non plus convaincu que le gouvernement Harper soit prêt à débourser l'argent nécessaire pour un engagement militaire à long terme après le retrait d'Afghanistan. Les conservateurs comptent présenter un budget équilibré en vue des élections générales de l'an prochain et envisagent probablement d'annoncer des dépenses populaires au sein de l'électorat, a-t-il ajouté.

«Cela coûte de l'argent de déployer des troupes à l'étranger pendant un certain temps», a rappelé M. Saideman.

Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a indiqué que la brigade d'intervention rapide de l'alliance serait l'un des principaux sujets abordés à l'occasion du sommet de cette semaine.

«Nous adopterons ce que nous appelons un plan de réactivité, dans l'objectif de pouvoir réagir rapidement dans cet environnement sécuritaire complètement nouveau en Europe», a-t-il déclaré.