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Saccage à l'hôtel de ville: flopée d'accusations criminelles et de suspensions

29/08/2014 12:02 EDT | Actualisé 29/10/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le saccage de l'hôtel de ville de Montréal aura eu de lourdes conséquences pour des dizaines d'employés municipaux. Après que le SPVM eut confirmé le dépôt d'accusations contre 44 personnes, le maire Denis Coderre a annoncé que 39 des 63 employés faisant l'objet d'une enquête étaient suspendues sans salaire.

«C'est inacceptable ce qui s'est passé cette journée-là. On a empêché la démocratie, on a empêché une assemblée de se tenir», a tonné le premier magistrat en conférence de presse, vendredi.

Les pompiers sont les plus nombreux à être visés par des enquêtes administratives: sur les 63 dossiers ouverts, 52 concernent des sapeurs, contre quatre pour les cols blancs et sept du côté des cols bleus.

Les sanctions auxquelles s'exposent tous les manifestants vont jusqu'au congédiement.

Mais en attendant les résultats des enquêtes, 39 employés municipaux — 30 pompiers, quatre cols blancs et cinq cols bleus — ont été suspendus sans solde, sur-le-champ, en raison de «la gravité des gestes» qu'ils ont posés le 18 août dernier, a expliqué M. Coderre.

Ce bilan pourrait être appelé à s'alourdir. Et malgré ces dizaines de suspensions, les Montréalais peuvent dormir sur leurs deux oreilles: les employés municipaux veillent toujours au grain, a mentionné le maire.

«La sécurité de la population est totale. Tant du côté des pompiers que des policiers, nous nous sommes assurés qu'en aucun temps, la sécurité des gens ne serait entachée», a plaidé Denis Coderre.

Peu avant la conférence de presse du maire, le directeur du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, annonçait le dépôt de 44 accusations criminelles contre des employés municipaux qui ont pris part au grabuge.

Aucun policier du SPVM ne figure parmi les employés municipaux qui font face à des accusations, mais une douzaine d'agents et de cadres ont été rencontrés et s'exposent à des mesures disciplinaires pouvant aller du simple avertissement au congédiement.

Les 44 individus visés font principalement face à des accusations d'attroupement illégal et de méfait. Quelques-uns devront répondre à des accusations de voies de fait, a indiqué Marc Parent en conférence de presse au quartier général du SPVM.

Le chef de police a précisé que l'enquête n'était pas encore bouclée. Et il estime que celle-ci se fait en toute impartialité.

En début de semaine, la Fraternité des policiers a demandé que l'investigation soit transférée à la Sûreté du Québec (SQ) dans la foulée d'une déclaration-choc de la vice-présidente du comité exécutif à la Ville de Montréal, Anie Samson. Celle-ci avait déclaré au quotidien La Presse qu'«il y a des gens qui ont perdu leur job et qui ne le savent pas encore».

Mais Marc Parent a assuré qu'il n'a fait l'objet d'«aucune pression», qu'il n'a «jamais eu à rendre des comptes» et que l'enquête a été menée en toute indépendance.

«Nous sommes habiletés à pouvoir faire ce genre d'enquête-là, a-t-il assuré. Les résultats le démontrent aujourd'hui: les enquêteurs ont été en mesure de faire leur travail de façon impartiale, neutre, et avec beaucoup de rigueur.»

Le soir du 18 août, quelque 250 employés municipaux opposés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite s'étaient invités à la séance du conseil municipal avant d'y perturber ses activités.

Ils avaient inondé la salle de papiers, lancé des verres d'eau, brisé des vitres et forcé le maire Coderre à battre en retraite dans son bureau — le tout, sous l'oeil de certains policiers en devoir.

L'inaction des agents du SPVM en a choqué plusieurs.

Le décalage entre leur réaction, ce soir-là, et les interventions effectuées lors des manifestations et occupations survenues pendant le conflit étudiant de 2012 a été dénoncé par des observateurs, qui y ont vu une illustration de l'existence de «deux poids, deux mesures» au SPVM.

Marc Parent a dit en être conscient. Et tout en réitérant sa confiance à l'endroit de ses policiers, il a servi une mise en garde à ses agents et aux autres employés municipaux, qui ont promis au gouvernement un «automne chaud» depuis le dépôt du projet de loi 3.

«Personne n'est au-dessus de la loi. On doit se soumettre aux règlements et aux lois en fonction de notre démocratie, et (les accusations) établissent encore une fois qu'on ne peut pas transgresser cela», a-t-il plaidé.

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