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75 ans après le début de la 2e guerre mondiale, l'inquiétude revient en Pologne

29/08/2014 08:56 EDT | Actualisé 29/10/2014 05:12 EDT

Une multitude de cérémonies vont marquer lundi en Pologne le 75e anniversaire de l'agression de l'Allemagne nazie qui déclencha la Deuxième guerre mondiale, avec, en toile de fond, les craintes que suscite aujourd'hui chez les Polonais l'intervention de la Russie chez leurs voisins ukrainiens.

Des célébrations officielles auront ainsi lieu à Westerplatte, près de Gdansk (nord), en présence des présidents polonais et allemand, Bronislaw Komorowski et Joachim Gauck.

C'est en effet par les premiers coups de canon tirés le 1er septembre 1939 du cuirassé allemand Schleswig-Holstein sur la base polonaise de Westerplatte qu'a commencé le conflit le plus sanglant dans l'histoire de l'humanité.

En six ans, la guerre a embrasé à la majeure partie du globe, entraînant la mort d'environ 60 millions de personnes, avec les horreurs de l'Holocauste, les nombreux massacres ayant visé d'autres populations que les Juifs et les destructions massives, jusqu'à la bombe atomique américaine larguée sur Hiroshima.

"La petite ville de Wielun, à 21 km de l'ancienne frontière polono-allemande, fut détruite dès les premières minutes de la guerre" et quelque 1.200 de ses habitants ont été tués dans ces premiers bombardements, rappelle à l'AFP Jan Szkudlinski, historien du Musée de l'Histoire de la Deuxième guerre mondiale à Gdansk.

"Ce fut un avant-goût de ce à quoi allait ressembler cette guerre : le plus sanglant, le plus terrifiant des conflits dans l'histoire de l'humanité. Un conflit qui, contrairement à la guerre de 14-18, a fait bien plus de victimes civiles que militaires", souligne-t-il.

- Blietzkrieg -

Barbara Rybeczko-Tarnowiecka avait neuf ans en 1939 et vivait avec ses parents à Varsovie.

"Je me souviens toujours du bruit des bombes et de celui, effroyable, des vitres qui, d'un coup, ont toutes volé en éclats", raconte-t-elle à l'AFP.

"Et je garde en mémoire l'image de cette colonne de soldats allemands qui passaient devant chez nous, chantant à tue-tête 'Heidi, Heido, Heida'. Tassés derrière les barreaux de la porte cochère de l'immeuble, on était tout une bande de gosses à les observer marcher dans notre rue".

L'Allemagne a testé en Pologne sa nouvelle doctrine militaire, le Blietzkrieg, c'est-à-dire la "guerre-éclair" fondée sur le concept de pénétration rapide et de destruction du territoire ennemi par ses blindés et ses avions.

"En Pologne, les pilotes allemands ont attaqué en même temps une multitude de cibles militaires et civiles. Ils pouvaient déjà compter sur leur allié soviétique et donc utiliser ses systèmes de navigation", rappelle M. Szkudlinski.

En effet, le 23 août 1939, le ministre soviétique des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov et son homologue allemand Joachim von Ribbentrop signèrent un pacte de non agression. Ce document contenait une clause secrète prévoyant le partage de l'Europe de l'Est entre les deux signataires.

Le 17 septembre 1939, les troupes soviétiques pénétrèrent à leur tour en Pologne, dans l'est cette fois.

Puis l'Allemagne attaqua l'URSS, en 1941.

- Les souvenirs renaissent -

La Deuxième guerre mondiale reste très présente dans les mémoires en Pologne. Près de six millions de Polonais, soit quelque 17% de la population, dont environ trois millions de Juifs, ont trouvé la mort pendant ce conflit.

Cette année, les souvenirs ressurgissent avec une force particulière après le rattachement, en mars, de la Crimée à la Russie et l'engagement de Moscou dans les combats actuels dans l'est de l'Ukraine.

"Recourir à la force armée contre ses voisins, annexer leur territoire, les empêcher de choisir librement leur politique internationale, cela rappelle de manière inquiétante les mauvais chapitres de l'histoire européenne du XXe siècle", écrivait vendredi le président polonais Bronislaw Komorowski dans le quotidien Rzeczpospolita.

Pour Andrzej Friszke, historien de l'Académie polonaise des sciences, "on voit ressurgir en Europe l'esprit de la conférence de Munich", quand l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie se mirent d'accord de 1938 pour autoriser Hitler d'annexer les régions peuplées d'Allemands en Tchécoslovaquie. "On essaie de sacrifier les uns pour acheter une illusion de paix pour les autres", regrette l'historien.

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