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Le gouvernement Renzi fait sa rentrée, 1.000 jours pour changer l'Italie

28/08/2014 06:09 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

Le gouvernement italien fait sa rentrée vendredi à l'occasion d'un conseil des ministres censé inaugurer la période de 1.000 jours que Matteo Renzi s'est donné pour changer son pays.

"#ciaovacanze": le jeune président du Conseil italien âgé de 39 ans a résumé la situation à sa façon sur Twitter, outil de communication qu'il affectionne.

Arrivé au pouvoir en février à la faveur d'un "coup d'Etat" au sein de son parti, le Parti démocrate (gauche), l'ancien maire de Florence s'était initialement donné 100 jours pour lancer des réformes devant permettre, avait-il promis, d'envoyer "à la casse" la vieille Italie.

Ses détracteurs n'ont pas manqué de voir dans ces 900 jours supplémentaires qu'il s'est accordé une forme de renoncement alors que l'Italie est officiellement entrée à nouveau en récession en juillet.

Matteo Renzi s'en est défendu en affichant, toujours sur Twitter, le menu, qu'il dit copieux, du conseil de vendredi.

Après une réforme du sénat, adoptée en première lecture cet été, le bouillant chef du gouvernement italien entend désormais s'attaquer à la réforme de l'école et à celle de la justice. Sur le premier thème, il a promis une "surprise", que la presse italienne assure avoir dévoilé en annonçant la titularisation de 100.000 professeurs intérimaires. Sur la justice, Matteo Renzi entend surtout réduire les délais dans un pays où la justice bat des records de lenteur.

Sur le terrain économique, le chef du gouvernement veut aussi relancer plusieurs projets d'infrastructure, de la grande vitesse ferroviaire à la fibre optique.

Certains économistes se demandent toutefois comment financer de tels projets alors que l'économie italienne s'est contractée de 0,2% au second trimestre. Une hausse des impôts, évoquée par la presse italienne, a été démentie par le gouvernement, qui promet des économies et une réduction des dépenses publiques pour financer ses projets.

"Une hausse des impôts serait une mauvaise chose, à la fois pour les Italiens, mais aussi pour la capacité de Renzi à avancer sur le terrain des réformes", fait valoir Holger Schmeiding, économiste auprès de la banque allemande Berenberg.

Le ministre des Finances Pier Carlo Padoan a confirmé mercredi qu'il entendait bien réduire comme prévu la dépense publique mais rien de concret n'a encore été annoncé.

"Nous restons dans le cadre des chiffres annoncés en avril, mais nous entrons seulement dans la phase d'identification des mesures. De toutes façons, les objectifs de réduction des dépenses tiendront compte du cadre économique qui a empiré", a prévenu le ministre mercredi dans un entretien avec le Corriere della sera.

L'absence de réformes économiques d'envergure, comme celle du marché du travail, à l'agenda du conseil vendredi, commence à inquiéter les milieux d'affaires italiens, et au-delà en Europe.

Le Financial Times évoquait ainsi cette semaine le manque d'enthousiasme de l'Italie pour les privatisations, qui devaient pourtant rapporter quelque 10 à 12 milliards d'euros.

- Institutions solides pour dynamiser l'économie -

Selon le quotidien italien des affaires Il Sole 24 Ore, M. Padoan a convoqué mercredi un sommet d'urgence pour préparer d'ici octobre celles de l'Enel (électricité) et de l'Eni (énergie).

Plusieurs analystes font aussi valoir que les réformes politiques, sur lesquelles Matteo Renzi se concentre, sont aussi importantes vis-à-vis des investisseurs.

"La stratégie de Renzi a sa logique: l'économie ne peut pas fonctionner correctement s'il n'y a pas d'institutions solides", remarque ainsi Marco Valli, économiste en chef pour l'Italie auprès de la banque italienne Unicredit.

Mais, ajoute-t-il, "il est clair qu'il est temps maintenant de changer de braquet sur les réformes économiques".

M. Renzi compte sur la réussite de son programme de réformes pour mieux convaincre ses partenaires européens, à commencer par l'Allemagne, de la nécessité de faire preuve de flexibilité sur la réduction des déficits afin de relancer une croissance atone dans toute la zone euro.

Il est sur ce point en phase avec le président français François Hollande, qui doit le recevoir à Paris, avec d'autres dirigeants européens de gauche, samedi avant le sommet européen de Bruxelles.

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