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Le crâne d'un chef rebelle de Nouvelle-Calédonie restitué par la France 135 ans après

28/08/2014 11:03 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

Le crâne d'un chef rebelle décapité en 1878, appelé Ataï, a été restitué jeudi, 135 ans après, par la France à ses descendants de Nouvelle-Calédonie, archipel du Pacifique Sud relevant de la souveraineté française depuis 1853.

Son crâne et celui de son compagnon "sorcier", tous deux appartenant au peuple autochtone kanak, étaient conservés à Paris au Muséum national d'Histoire naturelle, où la cérémonie a eu lieu en présence des autorités françaises et du Sénat coutumier kanak.

"J'ai attendu ce moment pendant de longues années, je commençais à désespérer", a lancé Bergé Kawa, descendant direct d'Ataï et grand chef du district de La Foa, sur la côte ouest de l'archipel, exprimant sa gratitude mais aussi son "malaise".

"Ces reliques nous renvoient à notre propre réalité: deux peuples, deux cultures qui n'ont jamais cessé de s'affronter et s'affrontent encore", a martelé le chef kanak, dans un long plaidoyer pour que l'État français "applique enfin" l'accord de Nouméa sur le transfert de compétences.

Signé en 1998 entre l'État, les anti-indépendantistes et les indépendantistes, l'accord de Nouméa organise la décolonisation par étapes de la Nouvelle-Calédonie, française depuis 1853, au travers notamment d'importants transferts de compétences à l'exécutif local.

"Le peuple kanak est non seulement désabusé mais sinistré dans son propre pays", a insisté Bergé Kawa. "Nous avons été spoliés par l'État français, par conséquent c'est l'État français qui doit nous rendre notre bien".

La ministre française des Outre-Mer, George Pau-Langevin, a quant à elle rappelé lors de la cérémonie que cet accord reconnaissait "le choc de la colonisation" et les traumatismes subis par la population kanak, souhaitant que la restitution d'Ataï puisse ouvrir une nouvelle voie vers la réconciliation.

"Nous devons trouver des solutions satisfaisantes pour tout un chacun, le peuple premier mais aussi ceux qui sont venus enrichir ce pays de leur travail, dans le respect de tout le monde, pour lutter contre les inégalités", a-t-elle dit à la presse.

Figure du combat indépendantiste, Ataï a longtemps été l'objet de dissensions locales, son meurtre ayant été commis par un auxiliaire kanak engagé aux côtés de l'armée française. Une réconciliation entre clans était donc nécessaire avant d'envisager le retour de cette relique.

En 1878, 25 ans après la prise de possession de l'archipel par la France, Ataï avait pris la tête d'une révolte dans la région de La Foa, pour protester contre les spoliations foncières de l'administration coloniale, doublées d'une autorisation donnée aux colons et bagnards affranchis de faire paître leur bétail sur les terres cultivées par les tribus, confinées dans des "réserves".

Pour mater la rébellion, qui fit plus d'un millier de morts kanak et quelque 200 Européens, l'armée s'était adjoint des supplétifs venus de Canala, dans l'est de l'île. Le 1er septembre 1878, l'un d'eux, dénommé Ségou, tuait Ataï, lui tranchant la tête et la main droite.

A l'époque, les scientifiques se passionnaient pour l'anthropologie. Le crâne du chef kanak fut donc placé dans un bocal d'alcool puis expédié à Paris pour y être étudié et classé au Musée d'ethnographie du Trocadéro.

Il y est resté, ainsi que celui du "Sorcier", jusqu'à son transfert dans les réserves du Muséum en 1951.

Il aura tout de même fallu, en 2011, une alerte lancée par l'écrivain Didier Daeninckx, auteur d'une fiction inspirée par Ataï et présent à cette cérémonie, pour amorcer le processus de restitution du fameux crâne.

Ses descendants doivent le rapatrier en Nouvelle-Calédonie le 2 septembre, avec celui du "Sorcier". Les reliquaires seront déposés à la tribu de Petit Couli, à Sarraméa, pendant un an, jusqu'à la tenue de nouvelles cérémonies pour la "levée de deuil".

La Nouvelle-Calédonie abrite un quart des ressources mondiales de nickel, indispensable à la fabrication d'acier inoxydable, et trois usines métallurgiques. Mme Pau-Langevin a qualifié récemment cette ressource "d'enjeu stratégique pour la France".

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