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La Zambie s'interroge sur la santé de son président

28/08/2014 10:24 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

Le président zambien Michael Sata, 77 ans, est-il malade, voire mourant? Officiellement non, mais son absence de la scène publique depuis deux mois alimente toutes les rumeurs et, en coulisses, la bataille de succession a commencé.

Selon les autorités zambiennes, il n'y a rien à signaler et Michael Sata accomplit son travail de président tout à fait normalement.

Mais, début août, il n'a pas assisté au sommet USA-Afrique à Washington. La semaine dernière, il était absent d'un sommet régional organisé juste de l'autre côté de la frontière, au Zimbabwe. Et même lors de la récente inauguration d'un pont portant son nom, personne ne l'a vu.

Sa dernière apparition publique remonte au 19 juin quand il a reçu le vice-président chinois Li Yuanchao.

La prochaine élection présidentielle n'est pas prévue avant 2016, mais en cas de décès ou de départ de M. Sata, un scrutin devrait être organisé dans les 90 jours.

"Il y a une lutte de pouvoir parce que ses proches savent qu'il n'est plus assez vaillant pour vivre encore longtemps, et ils placent leurs pions pour les élections" qui désigneront son successeur, explique le politologue Neo Simutanyi.

La Constitution interdit à l'actuel vice-président Guy Scott de succéder à M. Sata et même d'assurer son intérim parce qu'il est d'origine écossaise et que ses parents ne sont pas nés en Zambie.

Pour l'heure, l'état de santé de M. Sata attise les rivalités au sein de son parti, le Front patriotique (PF), divisé en deux camps, selon le politologue.

Le premier camp regroupe principalement des Bembas (le principal groupe ethnique zambien, ndlr) autour du ministre des Finances Alexander Chikwanda, de l'ex-ministre de la Défense Geoffrey Mwanba et du propre fils de M. Sata, Mulenga, qui est le maire de la capitale Lusaka.

C'est actuellement Alexander Chikwanda qui joue le rôle de président quand Michael Sata est absent du pays.

Le second groupe comprend notamment Guy Scott et Wynter Kabimba, qui était secrétaire général du parti et ministre de la Justice jusqu'à jeudi mais dont la présidence a brutalement annoncé le limogeage.

"Le président a révoqué avec effet immédiat les fonctions de Wynter Kabimba au poste de ministre de la Justice et de secrétaire général du parti", a brusquement annoncé jeudi le porte-parole à la présidence George Chellah.

Quarante-huit heures auparavant, le ministre des Finances avait dénoncé des manoeuvres en sous-main de ses adversaires pour prendre le pouvoir, estimant notamment que le quotidien The Post faisait trop de publicité à M. Kabimba.

- 'Qui nous dirige vraiment?'

Les autorités zambiennes ont récemment poursuivi des opposants et des journalistes ayant évoqué la maladie supposée du président Sata et suggéré que ses fréquents "voyages de travail" à l'étranger cachaient des séjours à l'hôpital.

Selon le journal israélien Haaretz, M. Sata aurait ainsi été hospitalisé au Sheba Medical Center, près de Tel-Aviv, lors de "vacances de travail" en Israël, fin juin.

Les appels à la démission pour raison de santé ne cessent pas, et depuis plusieurs semaines des députés insistent pour rencontrer le président en chair et en os. En vain.

"Qui nous dirige vraiment?", lance Nason Msoni, président d'un petit parti d'opposition dénommé All People's Congress.

"On est en pilotage automatique, il n'y a rien qui bouge dans le pays et Sata est payé à ne rien faire!", dit-il à l'AFP. "Cela ne peut pas continuer. Cet homme n'est pas capable de gouverner. Qu'il démissionne!"

Pour lui, "il y a une sérieuse vacance du pouvoir, le gouvernement ne s'est pas réuni depuis longtemps. Ce qui sauve ce pays, c'est que les Zambiens sont des gens pacifiques".

Christine Sata, l'épouse du président et elle-même médecin, assure pour sa part qu'il va bien, tout comme le vice-président Guy Scott.

Réponse du militant des droits de l'homme Brebner Changala: "Des Saint-Thomas comme moi veulent le voir".

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