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La guerre à Gaza a fait des centaines d'orphelins

28/08/2014 05:55 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

En serrant sa petite soeur de quatre mois dans ses bras, Amir Hamad, 11 ans, lance avec vigueur: "elle m'appellera papa et maman": comme des centaines d'enfants, la guerre de Gaza a fait d'Amir et de ses quatre frères et soeurs des orphelins.

"Je préférerai être mort plutôt que de rester seul sans ma mère et mon père", poursuit le garçonnet. Il n'oubliera "jamais", dit-il, la journée de ramadan du 9 juillet. "Mes parents prenaient le café après la rupture du jeûne quand une bombe est tombée sur notre maison. Je les ai vus à terre et j'ai compris qu'ils étaient morts", se souvient-il.

Un peu plus loin, son frère Nour, six ans, gisait, "le visage en sang". "Deux secouristes l'ont emporté", poursuit Amir, en couvant du regard son petit frère désormais remis.

"Je vais m'occuper de mes frères et soeurs", promet-il, avant de lâcher: "mais j'ai peur maintenant que mes parents ne sont plus à mes côtés". Le raid de l'aviation israélienne, qui a détruit sa maison dans le nord de la bande de Gaza, a également emporté quatre autres membres de la famille Hamad.

Depuis la mort des parents, la fratrie vit chez la grand-mère maternelle, Afaf, 60 ans, elle-même déplacée depuis que la guerre a aussi touché sa maison. "Je n'abandonnerai jamais mes petits-enfants, je les élèverai comme j'ai élevé ma fille", dit-elle. Mais, avec son mari de 70 ans, elle ne voit pas comment elle pourra subvenir à leurs besoins: "comment faire pour payer leur éducation ?", lâche-t-elle, en larmes.

Plus de 2.000 Palestiniens, dont une majorité de civils, ont été tués dans la bande de Gaza en 50 jours de guerre avec Israël. Un cessez-le-feu est entré en vigueur mardi soir.

- 'Papa et maman au paradis' -

Bissane Daher, elle, a perdu ses deux parents et ses frères dans un raid. "Nous étions tous à la maison. Aucun de nous n'avait de bombe ou de choses comme ça, mais ils ont bombardé notre maison alors qu'on y était: maintenant, maman, papa et mes frères sont au paradis", dit-elle, le front bandé, stigmate de ce même raid sur la maison familiale dans le nord de la ville de Gaza.

"Je me suis réveillée les yeux pleins de sable (...). J'aimerai tellement revoir papa et maman", ajoute la fillette de huit ans, restée six heures sous les décombres avant d'être découverte par les secouristes.

C'est sa grande soeur, une jeune femme mariée de 28 ans, qui a recueilli Bissane. La fillette "est encore hantée par ces moments", raconte sa soeur. La nuit, "elle n'arrive pas à s'endormir: elle pleure et elle appelle notre père et notre père".

"On nous a dit qu'il faut absolument qu'elle voit un psychologue, mais nous n'avons pas réussi à l'emmener en voir un jusqu'ici à cause des bombardements", dit-elle.

Selon l'ONU, au moins 373.000 enfants devront être suivis psychologiquement après cette guerre, la troisième en six ans à Gaza.

Avec le conflit, l'orphelinat al-Amal, le seul de la bande de Gaza, a déjà enregistré "plus de 250 à 300 nouveaux orphelins", affirme à l'AFP son directeur Ayad al-Masri.

Avant la guerre, il hébergeait 120 enfants. Avec le début des bombardements, certains ont temporairement rejoint leur famille élargie. L'un d'eux, rapporte M. Masri, a été emporté dans un bombardement: Ali, 10 ans, a été tué par un raid sur une école de l'ONU qui accueillait des réfugiés.

Pour le moment, l'orphelinat ne compte que 31 chambres, mais, promet M. Masri, "nous allons construire un bâtiment supplémentaire pour accueillir les nouveaux orphelins". Ils seraient au moins 1.500 après la guerre, selon l'ONU.

Une promesse qui reste suspendue à l'allègement du blocus israélien qui asphyxie depuis 2006 1,8 million de Gazaouis, notamment à l'entrée à Gaza des matériaux de construction.

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