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Rapport du BST sur Lac-Mégantic: Ottawa et la MMA passent au tordeur

19/08/2014 08:28 EDT | Actualisé 19/10/2014 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Ottawa a échoué à son mandat d'assurer la sécurité de la population canadienne en laissant une entreprise ferroviaire délinquante mener ses activités sans supervision adéquate sur son territoire, conclut le Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada.

L'organisme indépendant ne s'est pas montré tendre à l'endroit du gouvernement, qu'il a accusé d'avoir fait preuve de laxisme à l'endroit de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), la compagnie derrière le déraillement meurtrier survenu à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013.

«Qui était en position de vérifier ce qui se faisait au sein de la compagnie pour s'assurer que les normes de sécurité étaient respectées? Qui devait assurer la sécurité du public? C'est là le rôle du gouvernement», a reproché l'administrateur en chef des opérations du BST, Jean Laporte.

Le transport d'hydrocarbures par rail, une industrie en pleine expansion, n'était «essentiellement pas surveillé» au pays, a conclu l'organisme en dévoilant mardi un rapport très attendu sur cette catastrophe qui a fauché 47 vies lorsqu'un convoi bourré de pétrole brut a déraillé et explosé en plein coeur du centre-ville de la municipalité estrienne.

«Transports Canada savait que la MMA avait certains problèmes, mais il n'y avait toujours pas de suivi», a pour sa part signalé la présidente du BST, Wendy Tadros, en conférence de presse.

La compagnie avait effectivement de sérieux problèmes. À la MMA, il était jugé acceptable de faire le strict minimum et de tolérer les conditions dangereuses, puisqu'il régnait au sein de l'entreprise une «faible culture de la sécurité» et un souci de la qualité déficient, a résumé le BST.

Dans ce contexte, il n'est donc pas étonnant que huit mois avant la tragédie, l'entreprise ait décidé de privilégier une réparation «non standard» du moteur de la locomotive de tête du convoi.

«Compte tenu du temps et de l'argent nécessaires pour apporter une réparation standard, et de la nécessité pressante de remettre la locomotive en service, le moteur a été réparé à l'aide d'un matériau époxyde qui n'avait ni la résistance, ni la durabilité voulues», peut-on lire dans le document résumé de l'enquête menée par le BST.

On connaît la suite: la locomotive en question a pris feu alors qu'elle était stationnée à Nantes, tout en haut de la pente descendante qui mène à Lac-Mégantic.

Puis, en arrêtant le moteur de la locomotive pour combattre l'incendie, les intervenants ont permis à l'air qui maintenait les freins à main en place (il y en avait par ailleurs trop peu d'actionnés, soit sept, de s'échapper, à la suite de quoi le train a amorcé sa descente, sans personne aux commandes.

Dix-huit facteurs

Si Ottawa et la MMA ont leur part de responsabilité à assumer, celle-ci ne leur incombe cependant pas entièrement, a prévenu le BST.

Les lacunes soulevées du côté du gouvernement et de la compagnie figurent en fait parmi les 18 «facteurs contributifs» relevés par l'organisme indépendant, qui a refusé de les catégoriser par ordre d'importance.

Ainsi, les manquements d'ordre ponctuel directement en lien avec l'accident du 6 juillet — nombre insuffisant de freins à main actionnés, examen inadéquat de l'efficacité du système de freinage, etc. — sont tout aussi significatifs que le manque de vigilance des autorités et de l'entreprise, a tranché Jean Laporte, invoquant notamment le «mandat» du BST, qui n'est pas de distribuer les blâmes.

«Nous, ce qu'on dit, c'est que tous ces éléments-là combinés ont contribué à l'accident. Si on en enlève un seul, n'importe quel (facteur) de l'équation, cet accident-là ne se serait probablement pas produit ce soir-là», a-t-il plaidé lors de la conférence de presse.

À la lumière des conclusions finales de son enquête, le BST a formulé deux recommandations supplémentaires à l'intention de Transports Canada.

En premier lieu, l'organisme suggère au ministère d'effectuer des vérifications poussées et fréquentes des systèmes de gestion de la sécurité (SGS) auprès des entreprises ferroviaires plutôt que de simplement se contenter de l'existence de tels systèmes.

Transports Canada devrait aussi exiger des compagnies ferroviaires canadiennes qu'elles installent des dispositifs additionnels (mécanismes de calage des roues, technologies de freinage plus modernes), pour éviter que les trains ne partent à la dérive.

Le ministère a 90 jours pour donner suite à ces recommandations. Il vaudrait mieux ne pas tarder à mettre ces mesures en place, car il y a urgence d'agir, histoire d'éviter qu'une catastrophe comme celle de Lac-Mégantic ne se reproduise, a soutenu le BST.

La mairesse de la petite municipalité de 6000 âmes, Colette Roy Laroche, est bien évidemment du même avis.

Et celle qui, depuis maintenant plus d'un an, «demandait» courtoisement, s'est permise, mardi, d'«exiger» fermement.

«Nous exigeons (…) que les autorités gouvernementales prennent leurs responsabilités. (…) Nous exigeons également des changements profonds dans la culture de sécurité de Transports Canada et aussi de celle de l'industrie ferroviaire. Nous exigeons que ces changements soient immédiats», a-t-elle notamment martelé en conférence de presse, quelques heures après le dépôt du rapport.

Ce changement de ton n'est pas fortuit, a reconnu la première magistrate.

«Maintenant que nous avons en main tous les éléments nous indiquant les causes de cet accident tragique et des éléments qui nous permettent de croire (qu'il) aurait pu être évité, nous sommes rendus à l'étape d'exiger des changements», a-t-elle justifié.

Envisagerait-elle d'exiger des excuses officielles de la part du gouvernement fédéral, qui, selon le BST, a failli à son mandat d'assurer la sécurité de ses citoyens?

«On peut se questionner, a-t-elle hésité. Je vais y réfléchir, mais de façon spontanée, je dirais que si Transports Canada nous doit des excuses (à la Ville de Lac-Mégantic), il y a plusieurs intervenants qui nous en doivent aussi.»

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