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Islamabad sur le qui-vive après les menaces de l'opposant Imran Khan

19/08/2014 10:16 EDT | Actualisé 19/10/2014 05:12 EDT

La capitale pakistanaise était sur le qui-vive mardi avec la menace de l'opposant Imran Khan de marcher avec ses partisans sur la "zone rouge", siège du gouvernement, dans un coup de poker pour chasser du pouvoir le Premier ministre Nawaz Sharif.

Ex-star du cricket au look de playboy rebelle, le chef du Parti de la justice (PTI) Imran Khan multiplie les coups d'éclat depuis une semaine dans une sorte de crescendo pour devenir calife à la place du calife.

Et cette ascension pourrait bien culminer mardi. Après avoir réuni avec le religieux Tahir ul-Qadri des milliers de partisans pour un sit-in dans la capitale, appelé à la désobéissance civile, annoncé la démission en bloc de ses députés au Parlement, Imran Khan a proposé de "marcher" mardi dans la "zone rouge" d'Islamabad.

Ce secteur hyper-sécurisé niché au centre de la capitale, abrite le Parlement, la résidence du Premier ministre, la Cour suprême, et les grandes ambassades, dont celles de France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.

Il est normalement patrouillé par la police, mais à l'issue d'un entretien entre le Premier ministre et le chef de la puissante armée Raheel Sharif, le gouvernement a annoncé mardi le transfert de son contrôle à l'armée.

"Les militaires seront déployés sur toutes les installations stratégiques et les édifices importants", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Chaudhry Nisar, sans épiloguer davantage.

Cette décision n'a pas empêché Tahir ul-Qadri de demander à ses partisans réunis en soirée pour une "assemblée populaire" s'ils voulaient pousser les manifestations devant le parlement, au coeur de la "zone rouge".

"L'assemblée populaire a décidé de déplacer le sit-in devant le parlement", a tranché Qadri après avoir demandé à la foule de répondre par "oui" ou par "non" à une série de questions, tout en demandant que ce rassemblement demeure "pacifique".

Imran Khan, lui, a promis de franchir plus tard en soirée le périmètre de la "zone rouge". "C'est un moment déterminant pour le Pakistan", a-t-il encore écrit mardi sur son compte Twitter en appelant à une marche "non-violente".

Les deux opposants accusent M. Sharif d'avoir bénéficié de fraudes massives lors des législatives de mai 2013 l'ayant porté à la tête d'un gouvernement majoritaire, même si le scrutin a été validé par des observateurs internationaux.

- Sortie de crise ? -

Le gouvernement maintenait mardi soir son offre de dialogue avec les deux opposants dont la volonté de poursuivre la contestation posait de nombreuses questions.

Khan et Qadri tentent-ils de faire monter les enchères en vue de négociations ou bien sont-ils prisonniers d'un "jusqu'au boutisme" qui risque de provoquer des affrontements au coeur même de la capitale ?

Voire, sont-ils téléguidés par l'armée, ou une partie des services de renseignement, pour faire pression sur le Premier ministre Sharif dans un pays à l'histoire jalonnée de coups d'Etat où l'équilibre entre civils et militaire demeure fragile ?

Chose certaine, leur mayonnaise révolutionnaire n'a pas pris comme ils le souhaitaient.

Les deux hommes avaient promis un million de manifestants pour leur sit-in, mais mardi ils n'étaient que quelques milliers, quoique très remontés, encore réunis dans le coeur de la capitale.

Et l'appel à la désobéissance civile semble avoir isolé M. Khan, la classe politique, y compris les autres formations d'opposition, ayant dénoncé cette stratégie aussi fustigée par la communauté d'affaires.

La marche sur la "zone rouge", n'est qu'un "acte de désespoir, cela ne va pas accroître la pression sur le gouvernement qui a déjà survécu au sit-in", pense l'analyste Rahimullah Yusufzai.

Mais en pénétrant dans cette zone sécurisée avec ses milliers de partisans, Khan risque de provoquer la police qui devra réagir avec doigté pour éviter de donner des "martyrs" à sa cause, souligne une source diplomatique occidentale.

Après tout, Imran Khan souhaite peut-être sa propre arrestation "devant les caméras" et des heurts diffusés en direct à la télévision pour terminer ce sit-in "sur ce qu'il considère une note positive", s'interroge le quotidien Dawn.

"Nous attendons le signal d'Imran", assure Habibullah Nawaz, un ingénieur en informatique de 30 ans qui campe avec des milliers d'autres manifestants pro-Khan dans le centre d'Islamabad.

"S'il nous demande de marcher sur le parlement, nous le ferons, même s'il y a un risque de violences, ou de morts. Nous n'avons pas peur".

bur-gl/ml

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