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Mine Jeffrey: Daoust accuse le PQ de ne pas avoir fermé le dossier

18/08/2014 03:42 EDT | Actualisé 18/10/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - L'ancien gouvernement péquiste a fait preuve de négligence en laissant en suspens le prêt de 58 millions $ consenti à la mine Jeffrey, à Asbestos, selon le ministre de l'Économie, Jacques Daoust.

Il reproche à l'administration Marois et à sa ministre Élaine Zakaïb d'avoir annoncé publiquement, en octobre 2012, la décision d'annuler ce prêt accordé à la mine Jeffrey quelques mois plus tôt, mais sans jamais avoir adopté le décret devant officialiser la chose.

Au moment de l'élection des libéraux le printemps dernier, la somme de 58 millions $ de fonds publics était donc en théorie toujours disponible dans les coffres du gouvernement pour relancer l'industrie de l'amiante à Asbestos.

C'est ce que dit avoir constaté avec stupeur le ministre Daoust en examinant les dossiers qui relevaient de sa responsabilité.

En entrevue à La Presse Canadienne, M. Daoust fait valoir que le gouvernement actuel a donc dû adopter un décret, la semaine dernière, pour officialiser l'annulation du prêt annoncée deux ans plus tôt par le gouvernement précédent.

«Cela a dû tomber entre deux chaises en quelque part», conclut le ministre, encore étonné de voir que le dossier, contrairement à ce qui avait été affirmé à l'époque, n'était pas clos.

«C'est clair que c'est le gouvernement péquiste qui n'a pas fait son travail», selon cet ancien président d'Investissement Québec, de 2006 à 2013.

Il rappelle que pour officialiser l'annulation d'un prêt, «il faut faire un décret et ce décret-là n'avait pas été fait».

Le ministre Daoust risque une explication, en faisant remarquer que l'ex-ministre responsable, Élaine Zakaïb, relevait du ministre des Finances, étant une ministre déléguée, donc sans portefeuille.

À l'époque, dit-il, «elle ne peut pas penser que son ministère va s'en occuper, elle n'a pas de ministère, pauvre femme!».

«La chose économique n'était pas vraiment une préoccupation pour le gouvernement», en conclut le ministre Daoust.

Dans la controverse, à la fin juin 2012 et peu avant le déclenchement d'élections générales, le gouvernement de Jean Charest avait décidé de relancer l'industrie de l'amiante au Québec en demandant à Investissement Québec de verser un prêt de 58 millions $ à la mine Jeffrey.

Asbestos devait extraire la fibre d'amiante à des fins d'exportation aux pays en voie de développement.

Le dossier était controversé, l'amiante, potentiellement cancérigène, étant un produit ayant fort mauvaise réputation à travers le monde.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois avait annulé le prêt, publiquement du moins.

Aujourd'hui, la porte-parole de l'opposition péquiste contredit la version de M. Daoust et assure que tout a été fait selon les règles. «C'était passé au conseil des ministres et il y avait eu un décret» pour annuler le prêt, a commenté lundi Antonine Yaccarini.

Or, il n'y a aucune trace d'un tel décret dans la Gazette officielle, encore moins dans les archives et les ordinateurs du gouvernement.

Pas de relance

Sur le fond, en deux ans, les libéraux ont changé radicalement d'attitude par rapport à l'amiante. En 2012, ils étaient prêts à injecter des fonds publics pour relancer cette industrie mal aimée, alors qu'en 2014, ils partagent les réserves des péquistes.

«On ne peut pas s'imaginer que demain matin le gouvernement va repartir une mine d'amiante», tranche M. Daoust. Cette fois, le dossier semble vraiment clos.

Il reste à savoir ce que va devenir le programme de diversification économique de la région, à hauteur de 50 millions $ sur cinq ans, qui avait été promis par le gouvernement précédent. Les résultats tardent à se manifester, selon celui qui dit vouloir accélérer les choses, car «il me semble que ça va pas vite».

Il semble impossible par ailleurs de savoir quel montant les contribuables devront acquitter pour clore ce dossier. Au lendemain de l'annulation du prêt, les promoteurs de la mine Jeffrey avaient exigé une forte compensation financière, incluant des «pertes possibles de profits».

M. Daoust dit qu'une «entente verbale» de nature confidentielle a été conclue depuis entre le gouvernement actuel et l'entreprise, qui a dû modérer ses attentes.

«Je suis un négociateur un peu dur», dit l'ancien banquier qui affirme ne pas avoir été impressionné par ces supposées pertes anticipées de profits.

«Entre ce qu'une entreprise peut demander et ce qu'elle obtient, il y a des écarts qui peuvent être considérables et ils sont dans ce cas-là considérables», résume le ministre, sans vouloir donner de chiffres.

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