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Le braconnage des éléphants peut-être pire qu'estimé

18/08/2014 03:00 EDT | Actualisé 18/10/2014 05:12 EDT

Le braconnage des éléphants d'Afrique, alimenté par une forte demande d'ivoire provenant notamment de Chine, pourrait être pire ces dernières années qu'estimé, selon de nouveaux chiffres alarmants qui accroissent les craintes pour la survie de l'espèce.

Le taux moyen annuel d'éléphants abattus illégalement de 2010 à 2012 par rapport à la population de ces animaux sur le continent africain a atteint 6,8%, ce qui correspond à 33.630 de ces mammifères tués chaque année durant cette période, soit plus de 100.000 abattus sur trois ans, estime cette recherche parue lundi dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

Même si ce taux a légèrement reculé de 2012 à 2013, il demeure à un niveau trop élevé qui entraîne un déclin des populations d'éléphants de 2 à 3% par an après avoir pris en compte le taux de reproduction.

Une estimation moins précise du nombre d'éléphants abattus par des braconniers en Afrique ces trois dernières années (2011-2013) publiée en juillet par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (CITES), faisait état de 67.000 de ces mammifères abattus sur ces trois ans.

L'Afrique centrale a été la plus touchée par le braconnage, précisent les auteurs de la dernière recherche. Dans cette région, les populations d'éléphants ont diminué de 63,7% de 2002 à 2012. Selon ces derniers chiffres pour cette région, les braconniers y ont tué 35.127 éléphants de 2010 à 2012.

Dans la savane de l'Afrique de l'Est et du Sud, le nombre des éléphants était resté relativement stable ou s'était même accru de 2002 à 2009 avant de commencer à diminuer avec l'augmentation du braconnage.

Ainsi en Afrique australe, les braconniers ont abattu 31.328 éléphants entre 2010 et 2012 et 24.791 en Afrique de l'Est sur la même période.

Au début du XXe siècle, il y avait 20 millions d'éléphants en Afrique. Leur nombre est tombé à 1,2 million en 1980 et tourne aujourd'hui autour de 500.000, bien que le commerce d'ivoire ait été interdit en 1989 dans le monde, selon la CITES.

- Campagne d'éducation -

"Nos analyses démontrent le prix élevé du commerce illégal de l'ivoire payé par les éléphants d'Afrique et suggère que le taux actuel d'abattage est supérieur à la capacité estimée de reproduction de l'espèce", insistent les auteurs de cette étude menée par George Wittemyer, un biologiste de l'Université du Colorado.

Cette étude montre que sur l'ensemble du continent africain 75% de toutes les populations d'éléphants diminuent à cause du braconnage, notamment en Afrique Centrale, en Tanzanie et au Mozambique.

Seul un quart des troupeaux sont stables ou voient leur nombre s'accroître, ajoutent ces scientifiques. C'est notamment le cas au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud.

Les braconniers se concentrent sur les animaux adultes les plus grands, aux défenses les plus développées, qui sont aussi les plus reproducteurs. En outre, la destruction d'un grand nombre de femelles adultes qui dans le système matriarcal des éléphants jouent un rôle clé, déstabilise des milliers de troupeaux, expliquent les auteurs.

"Nous avons constaté que l'accroissement du braconnage est étroitement lié au prix de l'ivoire sur le marché au noir local", précise George Wittemeyer.

Selon lui, quand ce prix dépasse les 30 dollars le kilogramme, le taux d'abattage illégal des éléphants commence à augmenter. "Il atteint actuellement environ 150 dollars et le braconnage devient vraiment un grand problème".

"Tant que le prix de l'ivoire sera élevé il y aura toujours des éléments criminels prêts à chasser les éléphants", dit cet expert qui note que le trafic a commencé à se concentrer principalement sur les ports chinois en 2008-2009.

Le prix du kilos d'ivoire a triplé de 2010 à 2014 en Chine, passant de 750 dollars à 2.100 dollars, selon l'ONG Save the Elephants (Sauvez les éléphants).

La situation actuelle rappelle celle des années 1970 et 1980 quand l'ivoire était très prisé, rappelle George Wittemeyer.

Il a fallu une énorme campagne d'éducation des utilisateurs pour les convaincre d'arrêter d'utiliser de l'ivoire, ce qui avait entraîné une chute des prix et de la tuerie des éléphants.

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