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Pakistan: la marche des opposants Khan et Qadri émaillée de heurts

15/08/2014 05:59 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

Des heurts entre partisans de l'opposition et du pouvoir ont émaillé vendredi la grande marche des opposants pakistanais Imran Khan et Tahir ul-Qadri vers la capitale Islamabad pour exiger la démission du gouvernement.

La "marche de la liberté", en référence à l'indépendance du Pakistan, qui célèbre cette semaine son 67e anniversaire, est partie jeudi de Lahore (est) et devait arriver le soir même à Islamabad, capitale située à plus de 300 kilomètres.

Mais vendredi en soirée (15H00 GMT), le cortège motorisé de M. Khan traversait Kharian, à 120 kilomètres d'Islamabad, et celui de Tahir ul-Qadri avait une soixantaine de kilomètres d'avance, les deux leaders espérant atteindre la capitale avant minuit.

Plus tôt dans la journée, à Gujranwala, près de Lahore, des partisans du Premier ministre Sharif avaient lancé des pierres sur la caravane blindée d'Imran Khan.

D'après la police et des témoins, des partisans de MM. Khan et Sharif se sont aussi affrontés dans cette ville. "Ils tirent sur nous à balle réelle... et la police ne fait rien", a soutenu M. Khan sur la chaîne locale ARY.

Mais un journaliste de l'AFP sur place n'a entendu aucune décharge. "Il n'y a eu aucun coup de feu", a confirmé une responsable de la police locale.

La porte-parole de la formation de M. Sharif, Marvi Memon, a qualifié de "regrettable" ces accrochages tout en accusant Imran Khan d'avoir monté en épingle ces faux tirs pour susciter la sympathie.

"La monarchie approche de sa fin... J'avais dit qu'un million de personnes allaient marcher sur Islamabad et elles seront au rendez-vous", a promis ce dernier, alors que les observateurs s'attendaient plutôt à une fourchette de 50.000 à 100.000 manifestants.

Islamabad avait des airs de ville en état de siège vendredi, les autorités ayant déployé 20.000 policiers et paramilitaires, et placé des conteneurs sur les axes routiers afin d'encadrer cette "marche de la liberté".

Les employés des ambassades et de l'ONU faisaient l'objet de mesure de confinement, par crainte de voir la marche tourner à une confrontation sanglante entre manifestants et forces de l'ordre.

- Un retour en arrière? -

Au coeur du différend entre les deux ténors de l'opposition et le gouvernement: le résultat des élections législatives de mai 2013 ayant porté au pouvoir Nawaz Sharif pour la troisième fois de l'histoire du pays.

La Ligue Musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif avait remporté une majorité lors de ces législatives saluées par les observateurs internationaux malgré des irrégularités dans certaines circonscriptions.

Le parti de la Justice (PTI) d'Imran Khan, qui était arrivé en troisième position lors de ce scrutin, dénonce de son côté des fraudes électorales massives.

Le chef politico-religieux Tahir ul-Qadri et son Mouvement du peuple du Pakistan (PAT) avaient quant à eux boycotté ces élections après avoir dirigé un vaste sit-in à Islamabad pour exiger des réformes électorales.

Qadri, qui vit depuis des années au Canada, était rentré au Pakistan en juin afin de lancer sa "révolution", mais son appel au changement aux côtés d'Imran Khan sème le doute.

Les deux hommes sont accusés par le gouvernement de jouer le jeu de l'armée, ou du moins d'une partie des puissants services de renseignement, dans ce pays abonné aux coups d'Etat.

Selon des analystes, l'armée chercherait à faire pression sur M. Sharif avec lequel elle a de nombreux différends, notamment concernant les procès pour "haute trahison" contre l'ex-général Pervez Musharraf, sans vouloir la chute du gouvernement.

La presse pakistanaise réserve quant à elle un accueil timoré, pour ne pas dire critique, à ces appels au "changement" et à la "révolution", quinze mois après la première vraie transition démocratique de l'histoire de ce pays dirigé pendant trois décennies par les militaires.

Le quotidien Dawn évoquait vendredi un "spectacle" alors que le Daily Times jugeait "irresponsable" l'attitude d'Imran Khan, invitant plutôt ce dernier à jouer son rôle d'opposant au parlement et à chercher une solution négociée à la crise.

Pendant que les manifestants convergeaient à pas de tortue vers la capitale, le pays était, lui, rattrapé par les violences islamistes avec l'attaque vendredi de deux bases aériennes au Baloutchistan (sud-ouest) par les talibans.

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