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Les soldats syriens savourent leur victoire à Mleiha, ville fantôme

15/08/2014 01:36 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

Dans une maison à la façade éventrée, un soldat syrien gratte une guitare alors qu'un autre tapote sur un accordéon trouvé sur place entonnant un air populaire repris en choeur par des camarades qui savourent la prise de Mleiha aux insurgés.

Assis autour d'une table en sirotant du maté, cette infusion favorite des militaires, ils frappent des mains, chantant "mon pays tu es très beau et Dieu t'a fait magnifique même si le monde entier t'est hostile".

La mélodie joyeuse contraste avec la désolation qui règne dans les rues de la ville, à 10 km au sud-est de Damas, où les combats les ont opposé aux rebelles durant six mois.

Mleiha, qui comptait avant la guerre civile 25.000 habitants, a aujourd'hui un aspect spectral avec ses rues désertes remplies de gravats, les câbles électriques pendant d'immeubles en ruines, les magasins dévastés, les maisons démolies.

La plus importante usine de médicaments de Syrie Tameco, située dans la région, a été détruite quelques mois après le début de la crise.

- Guerre des tunnels -

Durant un an, cette localité stratégique, qui longe la route de l'aéroport international, a été assiégée et bombardée avant que l'armée ne donne l'assaut en avril. Dans cette ville, habitée auparavant par la classe moyenne, ce fut surtout une guerre des tunnels, avec selon un militaire, un réseau impressionnant.

Autre difficulté, pour l'armée, les régions arboricoles entourant la cité, dont la prise fut longue et laborieuse car c'était l'endroit idéal utilisé par les rebelles pour se cacher et mener une guérilla.

Les journalistes de l'AFP qui ont pu se rendre sur place vendredi avec l'armée ont vu cinq tracteurs retirant des gravats des rues tandis qu'au milieu gît un panneau où est inscrit "Place principale de Mleiha".

A 300 mètres du centre, une volute de fumée s'échappe. Selon les soldats, des unités de l'armée s'affairent à déminer des immeubles.

Trois chars sont stationnés alors que des pick-up passent rapidement dans la ville.

Un milicien pro-régime des Forces de la défense nationale, Jihad Defdaa, se dit "très content". Il affirme venir de Kafar Batna "à dix minutes à pied de Mleiha".

"J'espère que mon pays sera libéré et que je retournerai dans ma maison", sourit-il. Il affirme avoir pris les armes après la mort de ses deux frères, tués par les rebelles.

- 'Protéger Damas' des rebelles -

Alors que le gouvernement contrôle fermement Damas, les rebelles sont positionnés autour de la ville, tirant régulièrement des obus sur la capitale.

Pour le lieutenant Ahmad, Mleiha constitue donc "une localité stratégique qui donne accès à la Ghouta orientale, d'où les hommes armés agressent les citoyens dans la ville de Damas".

"Ils tiraient des obus et des roquettes, fabriqués dans cette localité, vers Damas touchant les citoyens vivant en paix", ajoute-t-il.

En prenant Mleiha, "l'armée syrienne anéantit les derniers espoirs des groupes terroristes de pénétrer dans Damas", affirme l'officier, en référence aux rebelles qualifiés ainsi par le régime.

Selon lui, les unités de l'armée "ont pénétré dans Mleiha depuis plusieurs axes, tué un grand nombre d'hommes armés et confisqué leurs armes. Ceux qui ont pu s'échapper, se sont retirés à l'intérieur de la Ghouta orientale".

La prise de Mleiha par l'armée appuyée par le Hezbollah libanais, coupe la Ghouta orientale de la Ghouta occidentale et du sud de Damas. L'armée pourrait par la suite contourner Jobar, un quartier stratégique dans l'est de Damas tenu par les insurgés, en attaquant les villages proches.

"Reprendre Mleiha permettrait au régime de protéger certaines zones de Damas des roquettes tirées par les rebelles", avait expliqué jeudi le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Un habitant de Jarmana, majoritairement chrétienne et druze, cible depuis des mois des obus des rebelles, assure que désormais la ville, jouxtant Mleiha, peut respirer.

"Hier soir, néanmoins, deux obus sont tombés près de ma maison, ils proviennent de Aïn Tarma", un village de la Ghouta orientale, dit-il.

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