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Jeune Noir tué au Missouri: la militarisation de la police fait débat

15/08/2014 08:14 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

WASHINGTON - Le service de police du Missouri au coeur de la controverse entourant la mort par balle d'un adolescent noir non armé a acquis gratuitement deux véhicules blindés Humvee et d'autre équipement de l'armée américaine dans le cadre d'un programme du Pentagone qui, de l'avis de ses détracteurs, est responsable de la «militarisation des rues citoyennes» et de la dégradation des relations entre la police et les manifestants aux États-Unis.

La police de Ferguson, dans le Missouri, a reçu les deux Humvees, ainsi qu'un générateur et une camionnette à plateau, en vertu du programme de surplus d'équipement de l'Agence de logistique de la Défense, responsable d'acheminer de l'équipement en tout genre pour l'armée.

Des extraits vidéo et des photos des policiers en tenue de camouflage affrontant les manifestants de Ferguson — une banlieue majoritairement noire de Saint-Louis avec des effectifs policiers majoritairement blancs — ont donné de nouveaux arguments à ceux qui tentent de restreindre le programme du Pentagone. Celui-ci permet de fournir des armes d'assaut et d'autre équipement en surplus aux services de police de partout aux États-Unis.

Le sénateur démocrate Carl Levin, qui préside le comité sénatorial des forces armées, affirme que son comité examinera le programme pour déterminer si les surplus de la Défense sont correctement utilisés.

Ce programme a débuté en 1990 comme une façon d'aider les autorités étatiques et municipales à combattre les crimes liés à la drogue. Le programme a pris de l'ampleur au milieu des années 1990.

«Le Congrès a mis ce programme sur pied par crainte que les autorités locales soient incapables de tenir tête aux groupes criminels, a dit M. Levin dans un communiqué publié vendredi. Nous voulions que cet équipement permette de protéger les policiers et les communautés contre les groupes criminels lourdement armés et les incidents terroristes.»

De son côté, le représentant démocrate Hank Johnson prévoit déposer un projet de loi, lorsque les travaux parlementaires reprendront en septembre, pour restreindre ce qu'il décrit comme la militarisation croissante des services de police à travers le pays.

«Nos rues devraient servir aux affaires, à la famille et à la détente, et non pas aux chars d'assaut et aux M16, a lancé le représentant dans un communiqué. La militarisation de l'Amérique n'améliorera pas notre sécurité, mais nous rendra seulement plus effrayés et plus réticents.»

Une porte-parole de l'Agence de logistique de la Défense a précisé que l'organisation avait distribué pour environ 450 millions $ US d'équipement l'an dernier, allant des couvertures et des ordinateurs aux véhicules blindés, en passant par les armes d'assaut. Environ 8000 services de police et agences ont participé au programme.

Selon la porte-parole Michelle McCaskill, les armes ne représentent que cinq pour cent de l'équipement distribué.

Le comté de Saint-Louis, qui inclut Ferguson, a reçu une dizaine de fusils 5,56 mm, une demi-dizaine de pistolets .45, des lunettes de vision nocturne et un robot démineur au cours des dernières années, a mentionné l'agence.

Ce programme s'ajoute à plusieurs initiatives fédérales du même genre qui permettent de fournir de l'équipement de style militaire à la police. La département de la Sécurité intérieure offre ainsi des bourses pour l'achat de véhicules blindés et d'autre équipement, tandis que le département de la Justice finance les balles en caoutchouc, le gaz lacrymogène et d'autre équipement servant au contrôle des foules.

Impossible de savoir, vendredi, si la police de Ferguson avait reçu de telles bourses, bien que le comté ait été l'un des bénéficiaires du programme du département de la Justice.

Pour Kara Dansky, avocate pour l'Union américaine des libertés civiles (ACLU), la réponse de la police à Ferguson n'est que le plus récent exemple de ce qu'elle appelle la militarisation excessive des forces policières. Des équipes d'intervention tactique entrent par la force dans des résidences partout au pays, souvent sans grande justification, a-t-elle dénoncé.

«Les quartiers ne sont pas des zones de guerre et nos policiers ne devraient pas nous traiter comme des ennemis», a-t-elle affirmé. Mme Dansky a d'ailleurs rédigé un rapport sur la question en juin.

La militarisation encourage les policiers à adopter une «mentalité du guerrier» et à croire que les citoyens qu'ils doivent servir sont des adversaires, a-t-elle poursuivi. Le rapport de l'ACLU invoque une série d'exemple de transferts d'équipement qui, de l'avis de l'organisation, soulèvent des inquiétudes; parmi ceux-ci, on trouve des armes automatiques et semi-automatiques, ou encore des robots pouvant être armés. La plupart de ces armes sont ensuite disparues.

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