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Irak: Maliki cède le pouvoir sous la pression internationale

15/08/2014 01:24 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre irakien sortant Nouri al-Maliki a finalement accepté de céder le pouvoir, sous la pression d'une communauté internationale soucieuse de voir la mise en place d'un gouvernement capable de contrer l'offensive jihadiste.

Des dizaines de milliers de personnes, appartenant notamment aux minorités chrétienne et yazidie, ont été déplacées début août par l'avancée des jihadistes sunnites de l'Etat islamique (EI) qui se sont emparés de plusieurs villes près du Kurdistan autonome, dans le nord du pays.

La progression fulgurante de l'EI suscite de plus en plus d'inquiétude au sein de la communauté internationale.

Réunis en urgence vendredi sous la pression de la France, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se sont mis d'accord à Bruxelles sur la livraison d'armes aux forces kurdes qui combattent l'EI.

"Nous avons trouvé une position commune qui (...) dit la chose suivante: +l'UE salue le fait que certains pays vont répondre favorablement à la demande des forces de sécurité kurdes+", a annoncé le ministre allemand, Frank-Walter Steinmeier.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait, pour sa part, voter des mesures visant à couper les vivres en hommes et en argent aux jihadistes en Irak et en Syrie voisine, en proie à la guerre civile et où l'EI occupe également plusieurs régions.

Jeudi soir, après avoir quatre jours durant contesté la nomination de Haïdar al-Abadi, M. Maliki, lâché par ses alliés américain et iranien, des membres de son propre bloc chiite et de la plus haute autorité religieuse chiite du pays, a renoncé à un 3e mandat.

Ses détracteurs l'accusent d'avoir alimenté le chaos, surtout la montée en force des jihadistes, en menant une politique autoritaire excluant la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite.

La décision de M. Maliki a été qualifiée de "grand pas en avant" par les Etats-Unis et de "pas historique" par l'ONU.

Elle a été aussi saluée en Irak, même si les Irakiens restent sceptiques.

- Tribus sunnites contre l'EI -

Son départ est "un pas positif pour mettre fin à la crise", a déclaré Salah Abou al-Qassem, un habitant de Bagdad, avant d'ajouter que M. Maliki et le Premier ministre désigné Haïdar al-Abadi étaient "tous deux de la même école".

Les divisions n'ont fait que s'accentuer sous Maliki, offrant un terrain propice aux jihadistes, qui ont réussi à s'emparer de secteurs importants parfois avec le soutien d'éléments radicalisés de la communauté sunnite, au pouvoir du temps de Saddam Hussein.

Mais vendredi, au lendemain du départ du départ du Premier ministre sortant, d'importantes tribus sunnites ont pris les armes dans la province d'Al-Anbar frontalière de la Syrie (ouest) contre les insurgés, a affirmé cheikh Abdeljabbar Abouricha, un chef tribal.

Le général Ahmed Saddak, de la police d'al-Anbar, a fait état du soutien des forces de sécurité gouvernementales à ce mouvement, affirmant: "Nous n'arrêterons pas avant la libération d'al-Anbar", où les insurgés contrôlent plusieurs secteurs depuis janvier.

Depuis le 9 juin, l'EI s'est également emparé de pans entiers du territoire au nord de Bagdad rencontrant quasiment aucune résistance des forces armées. Fort de ses succès en Irak et en Syrie, il a proclamé un califat à cheval entre les deux pays sur les zones qu'il contrôle et où il est accusé de persécution des minorités, d'exécutions sommaires et de viols.

Encore vendredi, des jihadistes ont fait exploser un lieu de culte chiite et exécuté publiquement un muezzin de Jalawla, au nord de la capitale, selon des témoins et le chef de la police régionale.

- 'Aidez-nous!' -

Il y a une dizaine de jours, ce groupe extrémiste a avancé vers la région autonome relativement calme du Kurdistan (nord) chassant des dizaines de milliers de membres des minorités chrétienne et yazidie (kurdophone et non musulmane) de leurs villes.

Les forces kurdes dépassées tentent, non sans grande peine, de les freiner.

Pour leur venir en aide ainsi qu'aux déplacés yazidis assiégés par les jihadistes, les Etats-Unis, dans leur premier engagement militaire en Irak depuis le retrait de leurs troupes fin 2011, ont lancé le 8 août des frappes aériennes quotidiennes dans le Nord. Ils ont aussi envoyé des armes aux combattants kurdes.

A la faveur des raids, le président Barack Obama a annoncé jeudi que le "siège de l'EI a été brisé" dans les monts Sinjar, où avaient trouvé refuge des dizaines de milliers de Yazidis. Il n'y en aurait aujourd'hui plus qu'entre 4.000 et 5.000, selon le Pentagone. Mais les frappes se poursuivront.

Des milliers de déplacés sont installés désormais dans des conditions très dures dans des camps au Kurdistan ou à la frontière syrienne, sans espoir d'un retour rapide chez eux.

"Je suis peut être en sûreté maintenant, mais j'ai perdu mon âme dans cette fuite", raconte Juno Khalaf, un Yazidi réfugié dans un camp en Syrie. "Quelqu'un, s'il vous plaît, aidez-nous".

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