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France: des chrétiens d'Irak implorent à Lourdes la protection de la Vierge

15/08/2014 12:07 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

"Nous ne mendions pas de l'argent, nous implorons le monde de prier pour la paix en Irak", explique le père Boutros Chitou, venu avec d'autres chrétiens irakiens participer au pélerinage de l'Assomption au sanctuaire français de Lourdes, placé cette année sous le signe des chrétiens d'Orient.

Pour la première fois, la cité mariale du sud-ouest de la France a vécu au rythme de prières pour les chrétiens d'Orient: Syriens, Palestiniens, Libanais, Egyptiens mais surtout Irakiens.

La progression des jihadistes de l'Etat islamique (EI) menace actuellement des centaines de milliers d'Irakiens, dont de nombreux chrétiens et membres de la minorité kurdophone yazidie.

"Aujourd'hui des femmes et des hommes, des familles entières sont jetés sur les routes payant du prix de leur vie leur attachement à Jésus Christ" en Irak, a rappelé le principal récitant de la Prière du 15 août pour la France, devant quelque 30.000 pélerins.

Parmi eux, des chrétiens d'Orient mais aussi des Français portaient, sur un t-shirt ou une pancarte, le fameux "noune" (lettre N) dans un cercle rouge, marque discriminatoire que les jihadistes apposent sur les maisons chrétiennes d'Irak.

"Nous te prions Seigneur en particulier pour les chrétiens d'Orient et en particulier pour les chrétiens d'Irak, de Syrie, du Liban et d'Egypte, pour ceux qui subissent la répression au quotidien", avait déclaré l'évêque de Tarbes et Lourdes, Nicolas Brouwet lors de la grande messe de l'Assomption sur l'esplanade du sanctuaire à la mi-journée.

La veille au soir, il avait déjà évoqué durant la traditionnelle procession, ces chrétiens martyrs du XXIe siècle dans des propos traduits jusqu'en araméen, la langue du Christ encore parlée par les chaldéens d'Irak, une des plus vieilles communautés chrétiennes orientales.

- La France liée aux chrétiens d'Orient -

"Je pense que nous avons une tradition en France, une histoire avec l'Orient", déclarait récemment à la presse Mgr Brouwet. "La France est à la fois protectrice des lieux saints et d'une manière générale, elle a toujours été préoccupée par la présence des chrétiens dans cette région".

Elias, installé maintenant avec ses trois frères et leur famille en France, reste dubitatif, tout comme la vingtaine de compatriotes réfugiés en Europe venus à Lourdes. "Rien n'arrêtera les jihadistes en Irak", dit-il entre deux prières, en dépit des récentes frappes américaines.

Les jihadistes de l'EI, appuyés par une partie de la communauté sunnite, marginalisée par les chiites au pouvoir en Irak, se sont emparés début juin de la deuxième ville du pays, Mossoul.

Ils ont proclamé fin juin un califat sur les territoires conquis en Irak et en Syrie avant de prendre en août Qaraqosh, plus grande ville chrétienne d'Irak, poussant des dizaines de milliers de personnes à fuir.

"Ils ont donné quelques heures à ma belle-mère et sa fille pour quitter Qaraqosh", la plus grande ville chrétienne d'Irak, située non loin de Mossoul, dans le nord du pays. "En pleine nuit. En chemise de nuit", dit-il les larmes aux yeux.

Pour ce professeur de mathématiques de 51 ans, il n'y a plus rien à espérer de son pays. "Nous avons toujours été ballottés entre chiites et sunnites. Il vaut mieux que les chrétiens s'en aillent", dit ce père de quatre enfants, dont le dernier de neuf mois est né en France.

Le père Boutros, originaire de Qaraqosh également mais qui officie à Bagdad, n'est pas de cet avis. "Nous voulons rester chez nous", affirme-t-il, tout comme ce Palestinien de Bethléem, Youssef, accompagné de son épouse au pèlerinage.

"Nous ne partirons jamais. Nous mourrons là-bas, quoi qu'il arrive", dit-il en évoquant l'interminable guerre israélo-palestinienne.

En conclusion de cette journée à Lourdes, les chrétiens orientaux se sont retrouvés pour une messe en arabe pour la paix, célébrée en plein coeur du sanctuaire.

bmk/thm/mr

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