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Afrique du Sud: deux ans après, les veuves de Marikana attendent toujours des réponses

15/08/2014 05:50 EDT | Actualisé 15/10/2014 05:12 EDT

Deux ans après la mort de 34 grévistes abattus par la police sud-africaine à la mine de platine de Marikana, dans le nord, les veuves des victimes attendent toujours des réponses: comment, et pourquoi, sont morts leurs maris?

Le massacre du 16 août 2012, qui avait été précédé de violents affrontements --faisant dix morts-- entre grévistes, vigiles de la mine et policiers les jours précédents, a souvent été comparé aux atrocités du régime raciste de l'apartheid. Mais ce sont des policiers essentiellement noirs, oeuvrant pour un gouvernement démocratiquement élu, qui ont ouvert le feu sur des mineurs, noirs eux aussi.

Le président Jacob Zuma a lancé une commission d'enquête, dont les interminables audiences ont pour l'instant soulevé plus de questions qu'elles n'ont apporté de réponses claires.

Qui a donné l'ordre de tirer? Qui a laissé les policiers poursuivre les fuyards dans les rochers de Marikana? Des responsables politiques ont-ils poussé la police à agir? Les mineurs --qui étaient armés de lances et de machettes-- avaient-ils l'intention d'attaquer?

"Nous voulons juste savoir la vérité, savoir comment nos maris ont été tués, et pourquoi", dit Nolundi Tukuza, 39 ans, mère de cinq enfants, entre deux sanglots. "Nous ne savons pas encore si nous allons obtenir des réponses, parce qu'il semble par moments qu'on cache des choses."

Comme bien d'autres parents de victimes, Nolundi a le sentiment que le gouvernement et la police protègent leurs propres intérêts. La commission elle-même a accusé la police d'avoir dissimulé et falsifié des documents et carrément de mentir.

Il a fallu beaucoup de persuasion pour que les veuves acceptent de parler aux médias et leurs réponses sont souvent restées brèves.

"Je suis devenue veuve à l'âge de 18 ans", soupire Phumeza Mabiya, évitant le contact du regard.

Son mari Mafolisi a été tué alors qu'elle était enceinte de seulement un mois. Elle a nommé leur fille Precious ("précieuse").

- 21 euros par orphelin -

Beaucoup de veuves sont encore trop bouleversées pour témoigner directement devant la commission, qui siège dans la banlieue de Pretoria. Elles s'expriment par avocats interposés.

Elles assistent généralement aux audiences, même si l'épreuve est parfois rude. Une femme s'est encore évanouie cette semaine et a dû être hospitalisée.

Les veuves viennent souvent de loin, la plupart du Cap oriental, la province de Nelson Mandela à près de 1.000 km de Pretoria. Certaines y ont laissé des enfants qui doivent aller à l'école, tandis qu'elles séjournent dans un hôtel de la capitale où le gouvernement les a logées.

Financièrement, elles ont du mal à joindre les deux bouts.

Le gouvernement leur verse 300 rands (21 euros) par enfant chaque mois, mais elles disent que ce n'est pas assez. D'autant qu'il y a souvent aussi des membres de la famille élargie à prendre en charge.

"Nous supplions le gouvernement et Lonmin (la compagnie britannique qui exploite la mine, ndlr) de prendre soin de nous et de nos enfants", implore Zameka Nungu-Lehupa, mère de six enfants.

"Nous allons faire tout notre possible, sur le long terme, pour tenter de réduire la douleur", a assuré cette semaine le ministre des Mines Ngoako Ramatlhodi.

Mais certaines familles vivent encore dans la peur.

Le mari d'Aisha Fundi, 43 ans, était l'un des gardes de sécurité sauvagement tués par des grévistes avant la fusillade du 16 août 2012. Elle a dû quitter Marikana pour s'installer à Rustenburg, la grande ville voisine.

Enseignante, elle a pris un congé sans solde pour suivre les travaux de la commission d'enquête.

"Les gens font de la politique avec nos sentiments. Je veux juste que tout cela prenne fin", se désespère-t-elle, alors que l'opposition de gauche se déchaîne contre le gouvernement.

La commission --qui devait initialement rendre ses conclusions début 2013-- devrait achever ses auditions fin septembre, selon son président Ian Farlam. Il lui faudra ensuite compiler son rapport pour déterminer les responsabilités des uns et des autres.

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