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Secte polygame en C.-B.: l'une des épouses défend sa liberté de religion

14/08/2014 06:59 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

VANCOUVER - L'une des femmes d'un chef de secte polygame en Colombie-Britannique estime que les accusations de polygamie portées contre les dirigeants de la communauté de Bountiful violent la liberté de religion.

Marsha Chatwin, dont le nom apparaît dans la liste des 24 épouses alléguées de Winston Blackmore, juge que les accusations criminelles annoncées cette semaine sont «ridicules».

«Cela semble ridicule qu'on puisse avoir des relations avec des gens, mais qu'on ne puisse pas si cela se fait au nom de la religion», a déclaré la femme à La Presse Canadienne, jeudi. «La liberté, ce n'est pas ça.»

Winston Blackmore et James Oler, chefs de deux factions de la secte mormone de Bountiful, sont accusés de polygamie. M. Oler est accusé d'avoir épousé quatre femmes. Ce dernier est aussi accusé d'avoir emmené illégalement un enfant hors du Canada dans le but d'avoir des contacts sexuels ou d'inciter à des contacts sexuels.

Ces allégations n'ont pas été prouvées en cour.

Environ 1000 personnes vivent dans la communauté de Bountiful, le nom informel d'un secteur de la petite localité de Lister, qui se trouve à environ 480 kilomètres à l'est de Vancouver, près de la frontière américaine. Les membres de la communauté sont adeptes d'une interprétation fondamentaliste de la religion mormone qui, contrairement au courant principal, autorise toujours la polygamie.

La communauté s'est séparée en deux factions il y a plus d'une décennie, Winston Blackmore et James Oler dirigeant chacun leur groupe. M. Oler est connu pour ses liens avec le polygame américain Warren Jeffs, aujourd'hui détenu. Mme Chatwin affirme toutefois que M. Oler n'est plus le chef de son groupe depuis un certain temps.

Winston Blackmore, qui n'a pas retourné les appels de La Presse Canadienne, avait admis en 2012 avoir épousé 22 femmes et eu 67 enfants. Mme Chatwin a affirmé avoir eu six enfants avec M. Blackmore.

La communauté a fait l'objet de plusieurs enquêtes depuis le début des années 1990 en lien avec des allégations de polygamie, d'abus sexuel et de traite d'enfants.

Les deux chefs de la secte ont déjà fait l'objet d'accusations de polygamie en 2009. Les accusations ont toutefois été abandonnées, poussant le gouvernement provincial à soumettre une question de référence constitutionnelle. Un juge a finalement déterminé que la loi sur la polygamie ne viole pas les droits garantis par la Charte canadienne des droits et libertés.

L'affaire constitutionnelle avait mené à la saisie de documents auprès d'une église mormone fondamentaliste aux États-Unis, qui détaillaient les 13 cas présumés dans lesquels des filles mineures de Bountiful auraient été emmenées de l'autre côté de la frontière pour épouser des hommes plus âgés. Les 13 cas en question semblaient être liés à la faction dirigée par M. Oler.

Interrogée sur le fait que des jeunes filles de la communauté aient pu être emmenées aux États-Unis pour se marier, Marsha Chatwin a répondu: «Je ne suis pas au courant de ces histoires. Je suis contre les mariages de personnes mineures».

Mme Chatwin assure qu'elle ne se sent pas persécutée ni opprimée dans sa communauté. Même si Bountiful est généralement décrite comme une communauté isolée, elle rejette cette idée.

«Nous connaissons des gens de l'extérieur d'ici et nous n'avons pas de clôtures autour de notre communauté», a-t-elle affirmé. «Nous sommes ouverts. En fait, nous sommes plus ouverts que nous ne l'avons jamais été.»

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