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Géopolitique et faible croissance poussent le taux d'emprunt de l'Allemagne sous 1%

14/08/2014 11:35 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Les tensions internationales et les mauvaises nouvelles économiques poussent plus que jamais les investisseurs à se réfugier vers les titres de dettes de l'Allemagne et de la France, permettant à ces deux pays de se refinancer à des taux historiquement bas.

Le rendement offert par l'emprunt à 10 ans de l'Allemagne, valeur de référence en zone euro, est passé brièvement jeudi sous les 1% pour la première fois de son histoire, pour tomber à 0,998%.

"C'est historique et c'est la preuve que certains investisseurs achètent encore des obligations allemandes sur un scénario" mélangeant faible croissance et déflation, remarque Aymeric Diday, directeur de la gestion sous mandat chez SPGP.

Si la baisse des taux est tout à la fois spectaculaire et symbolique, elle n'est pas vraiment surprenante de l'avis des observateurs.

"Les investisseurs s'y attendaient", relève René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

"Le marché ne prend plus de risque compte tenu des tensions géopolitiques très importantes qui créent de la volatilité et de l'absence de croissance dans certains pays", selon lui.

La crise en Ukraine incite les marchés à la plus grande prudence et a déjà permis à la dette allemande, mais aussi française, de battre des records ces derniers jours.

S'ajoutent à ce contexte des mauvaises nouvelles économiques qui conduisent les investisseurs à prendre le moins de risques possibles et à se tourner vers les dettes les plus sûres de la zone euro.

Plus les investisseurs achètent ces titres, qui offrent un taux fixe de rémunération, et plus le rendement net de ces derniers diminuent. Dans un contexte économique incertain, les acheteurs de titre de dette privilégient donc la sécurité et renoncent à des rendements élevés.

- L'Allemagne n'est pas à l'abri -

La publication des chiffres de la croissance pour le deuxième trimestre jeudi matin a confirmé la fragilité de l'activité en zone euro.

Le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,2% en Allemagne au deuxième trimestre tandis qu'il a fait du surplace en France, des chiffres décevants au regard des attentes des économistes.

"L'Allemagne n'est pas du tout immunisée contre la géopolitique et ce qui se passe ailleurs dans la zone euro. La France est quant à elle très loin d'avoir résolu ses problèmes", selon M. Defossez.

Vers 12H00 (10H00 GMT), les rendements allemands remontaient un peu à 1,016% contre 1,027% mercredi à la clôture, sur le marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise.

Dans leur sillage, le taux de la France avait atteint un nouveau plus bas historique à 1,390%, avant de s'établir à 1,410% en fin de matinée (contre 1,426% la veille au soir).

- Décalage -

Le paradoxe veut que les investisseurs achètent des dettes de pays comme l'Allemagne où la croissance cale et la France, alors même que le pays va avoir du mal à tenir ses objectifs de déficit budgétaire, très regardés par les marchés et les autres pays européens.

Plusieurs raisons expliquent ce décalage, notamment des raisons techniques.

"Les investisseurs institutionnels ont des ratios réglementaires qui les contraignent à placer des liquidités dans des titres bien notés quand bien même cela ne rapporte pratiquement rien", rappelle M. Diday.

La France reste un des pays les mieux notés de la zone euro et n'a pas de problème de solvabilité, ce qui rend sa dette sûre. L'Allemagne fait quant à elle figure de bonne élève sur le plan budgétaire.

Sans compter que "pour l'instant le marché regarde peu les déficits parce qu'il a le sentiment que la Banque centrale européenne fera tout ce qu'il faut" en cas de dégradation supplémentaire de la situation en zone euro, explique M. Defossez.

"Le risque de déflation fait peur au marché. Il est faible mais existe, notamment dans certains pays", note M. Defossez.

Un geste de la BCE, voire pour certains investisseurs un programme de rachat d'actifs, serait alors bénéfique pour l'ensemble du marché obligataire, au moment où la Réserve fédérale américaine (Fed) réfléchit à un resserrement monétaire.

Il permettrait de faire baisser les taux d'emprunt, qui profitent déjà depuis des mois des politiques monétaires très généreuses des grandes banques centrales.

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