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Cour martiale: l'accusé rejette toute la faute sur la présumée victime

14/08/2014 01:22 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - L'adjudant André Gagnon a succombé aux charmes de l'ex-caporale Stéphanie Raymond mais ne l'a pas agressée sexuellement, a plaidé la défense, jeudi.

Gagnon, qui subit son procès pour agression sexuelle en cour martiale générale à Québec, a rejeté toute la faute sur la présumée victime lors de son témoignage devant le juge militaire Mario Dutil et le comité formé de cinq militaires _ tous des hommes _ chargés de décider de son sort.

Interrogé par son avocat Philippe-Luc Boutin, Gagnon a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait posé aucun geste répréhensible à l'endroit de l'ex-réserviste, le 15 décembre 2011, au manège militaire de Lévis.

La version de Gagnon est aux antipodes de celle de la plaignante. Mme Raymond allègue avoir été violée par l'adjudant au manège de Lévis où les deux s'étaient rendus à la suite d'un dîner de Noël bien arrosé au centre-ville. Elle affirme que Gagnon lui a intimé l'ordre de monter à l'étage de l'édifice où il s'est livré à des attouchements et des relations orales non consentis avant de tenter une relation sexuelle complète.

Gagnon réfute ces allégations. Il prétend qu'il est monté à l'étage uniquement pour «relaxer et dégriser» jusqu'à ce qu'il puisse retourner chercher sa voiture au centre-ville et revenir chez lui. Selon ses dires, c'est la jeune femme elle-même qui a pris l'initiative de la suite des choses en venant s'asseoir sur lui à califourchon.

Une discussion sur les relations de couple a suivi, puis des baisers et des caresses tout ce qu'il y a de plus consensuels, selon la défense.

«Elle ne s'est jamais objectée», a insisté Gagnon alors qu'il décrivait une séance de «cunnilingus» sur la jeune femme.

Il soutient s'être comporté «délicatement» avec l'ex-soldate et que jamais il n'a senti «qu'elle voulait se sauver». Bien au contraire, elle aurait laissé Gagnon la coucher lentement sur le sol et l'aurait aidé à la dévêtir.

D'après le récit de Gagnon, Mme Raymond semblait tout à fait à l'aise avec la situation jusqu'à ce qu'il tente «de la prendre par derrière».

«Quand je suis venu pour la pénétrer, elle a dit: non, on arrête ça là», a raconté l'accusé.

C'est la seule fois que Mme Raymond aurait protesté pendant tout l'épisode. Gagnon affirme avoir aussitôt abandonné la partie.

«On s'est relevé, habillé et ça a été terminé», a soulevé le militaire comptant près de 20 ans de service dans les forces canadiennes.

Le couple aurait alors tout bonnement quitté le manège et marché jusqu'au restaurant du centre-ville où se trouvaient leurs véhicules respectifs.

Au quatrième jour du procès, le procureur de la défense Philippe-Luc Boutin a mis en doute la sincérité et les motivations de la plaignante dans cette affaire.

Contre-interrogée par la défense, l'ex-soldate a déclaré qu'elle avait envoyé un courriel à une amie à son retour à la maison, le soir du 15 décembre 2011, après avoir été supposément agressée par Gagnon quelques heures plus tôt.

Son texte était explicite: «le cul mène le monde, pas à peu près».

L'avocat de Gagnon s'est empressé de spéculer sur la véritable signification du message. En écrivant «le cul mène le monde», l'ex-caporale voulait dire «mon cul mène le monde», a soutenu le procureur, faisant allusion aux attributs physiques de la femme de 30 ans.

D'un seul trait, la plaignante a répliqué: «pas du tout maître».

Le procureur a aussi tenté de faire admettre à la plaignante qu'elle avait cherché à tirer profit de sa mésaventure en s'affichant en victime auprès des médias. Mme Raymond a reconnu qu'elle avait reçu un cachet de 300 $, plus les frais de stationnement, pour participer à l'émission «Tout le monde en parle» diffusée le 27 avril 2014.

L'adjudant Gagnon sera contre-interrogé par la poursuite vendredi.

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