NOUVELLES

Le convoi humanitaire russe place l'Ukraine devant une décision difficile (VIDÉO)

14/08/2014 12:41 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Le convoi humanitaire russe destiné à l'Est séparatiste de l'Ukraine met Kiev face à un choix cornélien: le refus de cette aide, mais aussi son acheminement par le territoire rebelle, peuvent offrir à Moscou les prétextes à une éventuelle intervention militaire en Ukraine, estiment jeudi des analystes.

Exigeant d'abord que la cargaison des quelque 300 camions soit rechargée dans la région de Kharkiv dans des véhicules affrétés par la Croix-Rouge, puis refusant le passage du convoi par cette région pourtant sous son contrôle, le gouvernement ukrainien a paru chercher la réponse adéquate, avant de finalement accepter le passage de la colonne russe, telle quelle, via le territoire dans l'Est rebelle qu'il ne contrôle pas.

"A dire la vérité, beaucoup de pays nous conseillent maintenant de trouver un moyen pour ne pas tomber dans un piège", a souligné jeudi le chef adjoint de la présidence ukrainien Valéri Tchaly.

Si l'Ukraine refuse l'aide aux populations russophones de l'Est, dont la situation ne cesse de se détériorer en raison des combats entre forces régulières ukrainiennes et insurgés prorusses, qui ont fait plus de 2.000 morts en quatre mois selon l'ONU, cette aide "entrera alors avec de prétendues forces (russes) de maintien de la paix et une escorte armée", a déclaré M. Tchaly, en laissant entendre que les partenaires occidentaux avaient déconseillé à Kiev d'aller jusque là.

"L'Ukraine a dû accepter un compromis sous la pression des Européens. Les leaders occidentaux tentent de donner au président (russe Vladimir) Poutine une chance de corriger la situation", estime Olexiï Melnyk, analyste du centre indépendant Razoumkov.

La crise ukrainienne a provoqué la pire dégradation des relations entre la Russie et l'Ouest depuis la fin de la Guerre froide. Cette crise s'est encore aggravée après la destruction en vol le 17 juillet d'un Boeing malaisien avec 298 personnes à bord, qui s'est écrasé dans la zone contrôlée par les séparatistes dans l'est de l'Ukraine. Kiev et les Occidentaux accusent les rebelles d'avoir abattu l'appareil avec un missile fourni par la Russie, tandis que Moscou et les insurgés montrent Kiev du doigt.

- minimiser les risques-

Pour l'analyste ukrainien Volodymyr Fessenko, l'envoi du convoi russe a été conçu "pour faire apparaître Vladimir Poutine comme un homme de paix, et l'Ukraine comme un pays qui refuse l'aide humanitaire" pour son propre peuple.

L'Ukraine a envoyé en grande pompe jeudi son propre convoi humanitaire à Lougansk, mais moins important que les Russes et avec deux jours de retard.

"La tactique choisie par le gouvernement ukrainien d'envoyer le convoi (russe) par une zone séparatiste permet de minimiser les risques du scénario Poutine. Ce sera certainement une opération de com' pour la Russie, mais cela évitera l'extension du conflit" au-delà des régions de Donetsk et de Lougansk, en proie à une insurrection armée prorusse depuis plus de quatre mois, estime M. Fessenko.

"Des chars et autres armes lourdes traversent de toute façon déjà la frontière russo-ukrainienne par les secteurs contrôlés par les rebelles", affirme-t-il.

Selon Olexandre Souchko, directeur scientifique de l'Institut de la coopération euroatlantique à Kiev, "il y a très peu de chances que la Russie livre des armes sous couvert d'aide humanitaire".

"Elle pourrait toutefois livrer des équipements à usage double comme des générateurs électriques dont ont besoin les rebelles", souligne-t-il.

- casus belli? -

Mais l'acheminement du convoi, même sous l'égide de la Croix-Rouge, n'efface pas pour autant le risque d'une intervention russe.

"Cela met l'Ukraine dans une situation encore plus difficile", estime Olexiï Melnyk, pour qui la progression de ce convoi "rappelle davantage des manoeuvres militaires qu'une livraison d'aide humanitaire".

Une fois en Ukraine, et si les actions des Russes ne correspondent pas aux objectifs humanitaires affichés, "l'armée ukrainienne devra soit tirer sur eux, soit les laisser faire", anticipe-t-il.

"Personne ne peut non plus garantir la sécurité de ces camions. Toute attaque contre ces véhicules serait interprétée comme une attaque contre les Russes en charge d'une mission humanitaire. Cela peut servir d'argument pour une intervention russe", analyse Olexandre Souchko.

L'Ukraine et l'Otan ont dénoncé ces derniers jours des manoeuvres à la frontière avec l'Ukraine, où la présence russe a presque doublé en trois semaines, atteignant 20.000 soldats selon l'Alliance atlantique, 45.000 selon Kiev.

Pour l'analyste militaire indépendant russe Pavel Felgenhauer, l'envoi du convoi pourrait avoir deux objectifs: soit "montrer à l'opinion que Poutine agit", soit "provoquer un +casus belli+" alors que "le temps presse" à l'approche de l'automne et du mauvais temps et que l'armée ukrainienne attaque les rebelles tous azimuts.

Si Vladimir Poutine décide de lancer une intervention, "il faut le faire en août", résume-t-il.

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?

INOLTRE SU HUFFPOST

Chronologie de la crise en Ukraine