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Un idéologue du "monde russe" à la tête de l'Église orthodoxe d'Ukraine en plein conflit séparatiste

13/08/2014 12:45 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

Un conservateur ouvertement prorusse Onoufriï a été élu mercredi nouveau dirigeant de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine subordonnée au Patriarcat de Moscou qui devra la positionner face au séparatisme dans l'Est et la montée des sentiments antirusses dans le reste du pays.

L'élection du métropolite de Tchernivtsi et Boukovina Onoufriï par 48 des 74 évêques a été célébrée par le son de cloches de la Laure Kievo-Petcherska, célèbre monastère du XIè siècle dans le centre de Kiev.

Ce conservateur qui s'oppose à l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne a devancé Antoniï, 46 ans, métropolite de Brovary, plus moderne et libéral, et Siméon, métropolite de Vinnitsa, 51 ans, considéré comme un proche du président Petro Porochenko et soutenant les soldats ukrainiens qui luttent contre les séparatistes dans l'Est.

Première communauté religieuse du pays, revendiquant onze mille paroisses, loin devant le patriarcat orthodoxe de Kiev créé en 1992 après l'indépendance de l'Ukraine, cette Église dépend du patriarcat de Moscou et entretient des liens étroits avec la Russie.

L'Église orthodoxe du patriarcat de Kiev a aussitôt dénoncé dans un communiqué le choix "de la doctrine du monde russe qui a servi de base idéologique à l'agression du Kremlin contre l'Ukraine, de l'occupation de la Crimée et de la terreur dans le Donbass".

- Prière pour la paix dans l'Est -

Dans de premières déclarations après son élection bénie par le patriarche de Moscou Kirill, Onoufriï a dit que son Église priait "pour la paix" et pour que "les gens qui font aujourd'hui la guerre comprennent que s'entretuer n'est pas un commandement de Dieu".

Une prise de position qui contraste avec celle des autres Eglises en Ukraine qui soutiennent le "combat pour défendre la patrie", l'Église orthodoxe du Patriarcat de Kiev appelant même à combattre "le mal" c'est à dire "l'agression de Poutine" contre l'Ukraine.

Contrairement à son prédécesseur Mgr Volodymyr, qui avait réussi à suivre une voie médiane, sans s'aligner complètement sur le Patriarcat de Moscou, traditionnellement proche du pouvoir russe, le nouveau chef de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine, subordonnée au Patriarcat de Moscou, est davantage tourné vers la Russie.

"Ses prises de position ont toujours été ouvertement pro-Moscou", souligne Taras Antochevski, directeur du Service d'information sur les religions, un organisme indépendant.

Après le "libéralisme" de Volodymyr qui a dirigé l'Eglise pendant 22 ans, Onoufriï "va préserver la tradition. On sait qu'il considère la grande famine (des années 1930) comme la punition des Ukrainiens pour leurs péchés et il n'a pas condamné l'agression russe", ajoute Lioudmila Fylypovytch, vice-présidente de l'association ukrainienne des chercheurs spécialistes des questions religieuses.

Dans un message adressé mercredi à l'épiscopat, le président ukrainien a pourtant souligné l'importance du "potentiel patriotique" de l'Eglise alors que Kiev est engagé depuis quatre mois dans des combats meurtriers avec les insurgés prorusses.

"Le sang coule, nous souffrons de l'agression extérieure" russe, a souligné M. Porochenko.

Onoufriï devra se déterminer par rapport au séparatisme prorusse, ouvertement appuyé dans l'Est par bon nombre de prêtres de son Église et faire face à la fronde antirusse de certains prêtres, et de nombreux paroissiens après l'annexion en mars de la Crimée et le conflit dans l'Est.

"S'il défend ouvertement les positions de Moscou, cela ne passera pas et il y a un risque de fuite massive de prêtres vers le Patriarcat de Kiev. Il va chercher à préserver l'équilibre", souligne Mme Fylypovytch.

- "A bas le pope de Moscou" -

Devant l'entrée à la Laure, une dizaine de nationalistes ont manifesté dans la matinée en brandissant des affiches antirusses sur lesquelles on pouvait lire "Interdire l'Eglise du Patriarcat de Moscou en tant qu'organisation terroriste", "A bas le pope de Moscou" ou encore "les Ukrainiens sont contre l'occupation spirituelle".

Auparavant très actif en Ukraine, le patriarche de Moscou Kirill a gardé ces derniers mois profil bas et avait choisi de ne pas assister aux obsèques solennelles du métropolite Volodymyr "pour éviter des provocations".

"L'élection du métropolite de Kiev est une affaire intérieure de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine", a souligné mercredi le métropolite Illarion, responsable des affaires étrangères du Patriarcat de Moscou.

L'enjeu est pourtant de taille, 43% des paroisses de l'Eglise orthodoxe russe se trouvant en Ukraine.

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