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Tentative de trafic d'une bactérie en Chine: un scientifique plaide coupable

13/08/2014 12:36 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Le cas mystérieux d'un expert canadien des maladies infectieuses qui a tenté d'introduire clandestinement une dangereuse bactérie en Chine approche de sa conclusion, le scientifique déchu ayant plaidé coupable, mercredi, aux 11 accusations portées contre lui.

Klaus Nielsen, 68 ans, qui était auparavant un chercheur réputé de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), reste en liberté sous caution en attendant de connaître sa peine, attendue plus tard cette année.

Un exposé des faits, approuvé par les avocats de M. Nielsen et de la Couronne, fournit de nouveaux détails sur la tentative ratée du scientifique de transporter en Chine des fioles de la bactérie Brucella dans ses bagages il y a deux ans.

Mais une question reste en suspens: pourquoi M. Nielsen a-t-il mis en péril ses 32 ans de carrière et sa réputation scientifique exemplaire?

Il n'y a aucune preuve montrant que M. Nielsen a effectivement profité de l'entreprise qu'il a mise sur pied avec une autre chercheuse de l'ACIA pour concevoir et commercialiser des trousses de dépistage de la brucellose, une maladie infectieuse causée par la bactérie Brucella.

Les humains peuvent contracter la maladie lors de contacts avec des animaux ou des produits d'origine animale infectés. Les animaux les plus souvent touchés sont les moutons, les bovins, les chèvres, les cochons et les chiens. Le Canada a éradiqué la brucellose dans les années 1980, mais des cas apparaissent régulièrement dans les pays en développement.

M. Nielsen était considéré comme un expert de la brucellose animale et a passé une partie de sa carrière à tenter d'éliminer le risque d'infection par la bactérie Brucella.

Il a écrit un livre sur le sujet, et en 2010, sa présumée complice Wei Ling Yu et lui ont publié un article scientifique sur les nouvelles méthodes de détection de la brucellose dans le Journal médical croate. Mme Yu a été embauchée par l'ACIA en 2011.

La même année, après avoir passé plus de 30 ans comme employé du gouvernement fédéral, M. Nielsen a été congédié par l'ACIA après qu'une enquête interne eut démontré que ses activités étaient «en contradiction directe avec ses responsabilités à l'ACIA et avec son statut de fonctionnaire du gouvernement du Canada», peut-on lire dans l'exposé des faits.

La police, prévenue des mois plus tôt par l'ACIA, avait placé Klaus Nielsen sous surveillance quand il a été arrêté alors qu'il se dirigeait vers l'aéroport d'Ottawa en vue d'un voyage en Chine. Sa femme était présente dans le véhicule.

Les policiers ont découvert dans sa valise 17 fioles de la bactérie Brucella vivante, placées dans un bloc de glace recouvert de film à bulles dans un sac à lunch pour enfant. M. Nielsen transportait aussi une quantité significative de sang de chèvre.

La Gendarmerie royale du Canada et le service des incendies d'Ottawa ont alors établi un périmètre contrôlé et le scientifique a été rapidement conduit vers une tente de décontamination, où il a été fouillé à nu et vaporisé avec une solution décontaminante.

Klaus Nielsen a plaidé coupable, mercredi devant la Cour supérieure de l'Ontario, à une accusation d'abus de confiance pour avoir tenté de commercialiser une propriété de l'ACIA, et à d'autres accusations de transport dangereux d'un agent pathogène.

Selon l'exposé des faits, M. Nielsen et Mme Yu avaient élaboré un plan complexe en 2005 en vue d'utiliser la bactérie Brucella pour «fabriquer à des fins commerciales des trousses de dépistage de la bactérie» par l'entremise de la société créée par les deux scientifiques, Peace River Biotechnology Company.

Mme Yu, qui utiliserait le pseudonyme de Lucy Zhang, serait en fuite en Chine. Klaus Nielsen est quant à lui passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison.

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